Skip to main content

Full text of "Procès en diffamation: M. Delamarche contre le "Cri du peuple"."

See other formats


Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 



!*- 



ï 



PROCÈS 



#! 



EN 



DIFFAMATION 



M. DELAMARCHE contre le '' CRI DU PEOPLE " 



■JT 



:^ 



-:\, 



Sr 



î* 



•v* 



•*.. 



'l 



COUR D'ASSISES DE LA SEINE 



J«X»» fc 



PROCÈS 



EN 



DIFFAMATION 



1. DELÂIÂRCIE GOBtre le " CRI DU PEUPLE 



71 



'^"'••'X" 



Application de la loi sur la Presse 
du 29 Juillet 1881 



>••>•«•• 



Se trouve chez Léon VANIER, Liui dire-Éditeur 

^ Quai Saint-Michel, 19 



k.rs». 



PARIS 

IMPRIMERIE E. DESGRANDCHAMPS 

45, Avenue d'Orléans, 45 

1886 



ÉPIGRAPHE 



BAZILE 

Ji 

La calomnie, Monsieur ? vous ne savez guère ce que vous 
dédaignez . J'ai vu les plus honnêtes gens prêts d*en être acca- 
blés, croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté^ pas d'hor- 
reurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse colporter aux 
oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien; et nous avons 
ici des gens d'une adresse!..,. D'abord, un bruit léger, ra- 
sant le sol comme l'hirondelle avant l'orage, pianissimo, 
murmure et file et sème en courant le trait empoisonné. 
Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en 
l'oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe^ il 
chemine et rinforzando, de bouche en bouche il va le diable; 
puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez calomnie se 
dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil. Elle s'élance, 
étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, éclate et - 
tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo 
public, un chorus universel de haine et de proscription. Qttl 
diable y résisterait ? 

Le Barbier de Sévillê, acte ii, scène xiii 

BEAUMARCHAIS 

Calomniez, calomniez : il en restera toujours 'quelque 
chose. 

Le Même. 



PRÉFACE 

Les écrivains qui ont raconté, dans les journaux 
ou dans les livres, les événements insurrectionnels de 
1871, se sont généralement attachés à mettre en 
lumière, suivant leurs opinions politiques, les excès 
commis par chacun des deux partis en présence. Aussi 
ont-ils glorifié chez leurs amis ce qu'ils blâment chez 
leurs adversaires, sacrifiant ainsi trop souvent à la 
passion la justice et la vérité. 

Outre que cette méthode a le grand tort de fausser 
l'histoire, elle inflige un grand dommage à la paix 
sociale en entretenant des haines funestes. 

Les débats qui se sont déroulés, le 5 décembre 1883, 
devant le jury de la Seine (affaire Delamarche contre 
le journal le Cri du Peuple) ont nettement établi que 
des faits, tout à l'honneur de ceux qui les ont accom- 
plis, ont été travestis et dénaturés par passion politique, 
au point de revêtir le caractère le plus odieux. 

Ainsi, il est prouvé qu'au cours de cette terrible 
semaine de mai 1871, qui restera dans l'histoire sous le 
nom de semaine sanglante, il se trouva des citoyens 
qui n'hésitèrent pas à user de l'autorité dont ils 
étaient investis pour faire prévaloir, dans ces tristes 
circonstances, les sentiments d'humanité et atténuer, 
autant qu'il dépendait d'eux, les abus inévitables de la 
force. 

1. 



— o 



de la presse. Ce n'est pas sur le principe même de 1^ 
loi* que porteront nos critiques, mais sur certaines do 
ses dispositions qui, combinées avec divers articles d^ 
nos codes, rendent souvent illusoires les garantie^ 
édictées par elle au profit des citoyens insultés oi:»- 
diffamés par la voie des journaux. 

Disons d'abord que toute personne ayant des rela — 
tions dans un journal qui consent à se faire l'écho et 
rhême le champion de rancunes privées, ce qui arrive 
quelquefois, peut aller très loin dans la voie des 
persécutions contre ses ennemis, sans tomber sous l'ap- 
plication de la- loi; car, la diffamation, an sens juri- 
dique^ n'est pas ce que le public pense généralement. . 

11 faut, en effet, pour que l'autorisation de pour- 
suivre soit accordée au plaignant, que l'attaque soit 
non seulement violente et repose sur des faits inexacts, 
mais que, de plus, elle soit précise, circonstanciée et 
qu'elle porte directement « atteinte à l'honifeur et à la 
considération ». Ce qu'on doit entendre par ces mots, 
au sens juridique ^ n'est pas non plus ce que le public 
s'imagine. 

Prenons pour exemple le procès dont nous repro- 
duisons les débats fidèles. * 

M'^Lagi ERRE reprochait à M. Dei.amarche de n'avoir 
pas poursuivi divers journaux qui l'avaient attaqué 
avant le Cri du Reuple; M® Alphonse Ledru, avocat 
de M.DELAMARCHE,a répliqué, avec beaucoup de raison, 
qu'aucune poursuite n'était possible, parce qu'aucune 
des attaqires dont son client avait été précédemment 



l'objet ne constituant le délit de ditïamation iiit sc/n 
juridique^ M. Delamarche avait dû se borner à une 
simple demande de rectification. 

On voit donc que, si un écrivain ne sait pas résister 
aux suggestions, soit de ses sentiments personnels, 
soit de Taihitié, soit même quelquefois d'un calcul 
intéressé, il peut, sans encourir de poursuites, faire 
le plus grand mal à de très honnêtes gens, par des 
insinuations ou des accusations vagues, qui, la nature 
de Tesprit humain étant donnée, trouvent toujours 
dans le public une oreille complaisante. 

Lorsqu'enfin il dépasse la mesure permise, déjà si 
large, lorsque la poursuite est autorisée, la tâche est- 
eile rendue facile au plaignant insulté, diffamé, ca- 
lomnié ? 
Eh bien, nous devons répondre: non! 
A Texclamation de Lamennais, qui voyait une injus- 
tice flagrante darus l'obligation du cautionnement pour 
fonder un journal: Silence aux pauvres! il faut substi- 
tuer celle-ci: Point de justice possible pour les 
P<t^uvres^ s'ils sont diffamés par un journal. 

En effet, si le diffamé a quelques ressources, il faut 
Slvi'il constitue avoué, qu'il trouve un avocat, qu'il 
s'engage dans des frais s'élevant quelquefois à plusieurs 
Hiilliers de francs, s'il veut soutenir la lutte. De plus, 
il doit perdre un temps considérable. 

S'il est pauvre, il a, direz-vous, la ressource de l'as- 
sistance judiciaire. Soit, mais il ne faut pas oublier que, 
d'après la loi de 1881, les délits ou les crimes commis 



— 10 — 

par la voie de la presse se prescrivent par trois moi 
Or, au bout de trois mois, le citoyen diffamé aura-t- 
obtenu l'assistance judiciaire, entourée, comme o 
sait, de formalités nombreuses, et aura-t-il eu 1 
temps de faire tous les actes de procédure qui doivet 
précéder la poursuite? 

Nous croyons donc être autorisé à dire que 1 
citoyen victime d'une diffamation doit être aise 
sinon riche, s'il veut tenter d'obtenir justice. Et voye 
combien la situation est inégale entre les deux parties 
Tandis que le diffamé se voit attaquer dans sa réputa 
tion, dans son honneur, ruiné dans son crédit, menac 
de perdre un emploi, dont il vit, le journal diffama 
teur transforme le procès en scandale, il ameute '. 
foule contre son adversaire et profite de Tincidei 
pour augmenter son tirage et remplir sa caisse. 

Un grave abus résulte aussi, selon nous, de ce qu 
les délits de diffamation, commis par la voie de \ 
presse, ne sont pas instruits comme les délits de dro 
commun; c'est-à-dire, qu'il n'y a point d'enquêt 
judiciaire, point de juge d'instruction qui fasse compa 
raître devant lui, pour les interroger, plaignant, diffa 
mateur et témoins. 

Il résulte de ce défaut d'instruction préalable qu'a 
jour de l'audience on peut assister aux incidents les pk 
inattendus; par exemple, à l'intervention de témoin 
introduits dans les débats, bien qu'ils soient étrangers 
la cause, dans le but de faire plaider à côté^ comme o 
dit au palais, pour transformer un procès privé en procè 



- 11 — 

politique et, finalement, tâcher d'embrouiller Taffaire 
aûn d'essayer de se tirer d'embarras au détriment de 
l'honnête homme calomnié. 

Il est évident que l'absence de toute instruction 
préalable laisse beaucoup trop de place à l'habileté et 
enlève aux débats les garanties nécessaires de sincérité. 
Elle est, par cela même, très préjudiciable au plai- 
gnant; car tout le monde sait que, sur le terrain de 
l'habileté, de l'imprévu, l'avantage est du côté du 
journal, qui dispose de tout un personnel d'informa- 
teurs, d'amis politiques de toutes classes, d'hommes 
disposés à soutenir l'organe de leur parti contre un 
adversaire, simple citoyen, qui reste avec des moyens 
isolés et ne peut compter que sur la bonté de sa cause 
pour obtenir justice. 

Un abus que nous avons déjà signalé, et qui est 
aussi très grave, résulte des dispositions de l'article 65 
de la loi, qui fixe au délai dérisoire de trois mois, la 
prescription des délits et des crimes commis par la voie 
des journaux. 

Ainsi, un ennemi peut faire lancer contre un citoyen 
honorable, par un journal à scandales, les accusations 
les plus abominables; si ce citoyen est empêché, 
absent, malade, en voyage, si l'article calomnieux lui 
échappe momentanément, au bout de trois mois, le 
tour est joué: la prescription est acquise au calom- 
niateur, et sa victime, n'ayant plus le droit de se justifier, 
devra rester sous le coup des infamies débitées sur 
son compte. 



— 12 — 

Nous demandons humblement à nos législateurs s'il- 
y avait vraiment nécessité Ae créer une prescription 
spéciale si courte pour le délit de diffamation, tout à 
l'avantage des journalistes et si contraire aux intérêts 
les plus sacrés des citoyens. 

A un point de vue plus général, disons que, de l'avis 
des hommes qui, au Palais, s'occupent le plus de ces 
questions, la loi sur la presse est difficile à manier, et 
que cette difficulté, jointe à la brièv^eté du délai de 
prescription, a fait échouer jusqu'à présent un grand 
nombre d'instances dirigées contre des journalistes 
diffamateurs. 

Un autre inconvénient, non moins sérieux, de cette 
loi, c'est que si le citoyen diffamé n'est ni fonction- 
naire, ni directeur d'un établissement fmancier ou 
industriel, il devra déférer l'affaire au tribunal correc- 
tionnel; or, la preuve des faits diffamatoires n'y étant 
pas admise, il ne pourra pas de son côté faire la 
preuve contraire; de sorte qu'une fois condamné, le 
diffamateur pourra toujours dire qu'il lui a été interdit 
de faire la preuve des faits avancés, ce qui laissera^ en 
tout état de cause, planer un doute sur l'honorabilité 
du plaignant. 

Allons plus loin; alors même que le diffamé, s'il a 
été attaqué à l'occasion de ses fonctions, déférerait à 
la Cour d'assises son calomniateur, celui-ci pourra, s'il 
le veut, se soustraire au débat contradictoire, et 
voici comment : 

L'article s 12 de la loi prescrit au diffamateur de 



-. 13 — 

signifier, dans lés cinq jours qui suivront la citation, les 
moyens qu'il compte employer pour faire la preuve 
de ses accusations: témoins, documents, etc. Or, s'il 
n'a ni témoins, ni documents à fournir, c'est-à-dire, s'il 
est dans l'impuissance de justifier aucune de ses alléga- 
tions, le diffamé, lui aussi, est privé du droit de faire 
entendre lies témoins qui pourraient le laver des 
calomnies dont il a été l'objet. 

Le procès se borne alors à un échange de plaidoiries, 
à une lutte oratoire entre les deux avocats. 

Bizarre anomalie de la loi ! Le journaliste diffama- 
teur tire un avantage de ce fait, qu'il est absolument 
impuissant à faire même un semblant de preuve. 

Le plus souvent, il fait défaut pour gagner du temps, 
prolonger le scandale, ou même se soustraire au 
débat contradictoire. 

Dans ce cas, le diffamé est non seulement privé du 
droit de se justifier par témoins, mais il lui est interdit 
de faire lire par son avocat les attestations qu'il a pu 
obtenir d'eux; car, s'il agissait ainsi, il perdrait égale- 
ment le droit de les faire entendre, le jour où le diffa- 
mateur, se ravisant, en appellerait du jugement par 
défaut et accepterait enfin le débat contradictoire. 

Ces dispositions de la loi laissent au diffamateur 
journaliste toutes sortes de moyens pour échapper, 
sinon entièrement à la responsabilité encourue, du 
moins au débat public, auquel il peut toujours se déro- 
ber, enlevant ainsi à sa victime la possibilité d'opposer 
la preuve contraire aux allégations diffamatoires. 

2 



- 14 - 

Lorsqu'enfin, après deux ou trois mois dépensés ea 
pénibles démarches, le plaignant parvient à amener son 
adversaire devant le jury, de nouvelles anomalies se 
produisent: le citoyen traîné sur la claie, insulté, mis 
au pilori de Topinion, que Ton a soulevée contre lui? 
se trouve, par une transformation singulière, rédai^ 
en quelque sorte au rôle d'accusé, sans jouir de- 
avantages accordés à tout accusé, quel qïi'il soit. 

C'est ainsi que le diffamateur a le droit de récusation 
sur le jury, droit dont il use largement et habilement ; 
car un journal avec ses moyens d'informations, est î 
même de se renseigner sur les opinions des jurés. 

Or, ce droit de récusation n'existe pas pour le 
plaignant. 

On conçoit que, dans les procès où la diffamation 
est mêlée à la politique, le choix des jurés est chose 
fort importante. C'est ainsi que, dans une affaire de 
cette nature, on a entendu récemment le défenseur 
d'un journal diffamateur, à la sortie de la chambre où se 
fait le tirage du jury, dire à ses clients : Tout va bien, 
le jury est excellent, j'ai récusé tout ce qui était 
douteux. 

Ce n'est pas tout: le diffamateur a encore le droit de 
fournir personnellement des explications, de sou- 
mettre des observations, de faire des déclarations à la 
Cour et au jury, alors que ce droit peut être dénié au 
diffamé, partie civile. 

Ajoutons que d'après l'article 63 de la loi sur la 
presse, la récidive n'est pas une circonstance aggra- 



- 15 - 

vante; de sorte que le diffamateur, devenu calom- 
niateur, après sa condamnation, n'est point retenu 
par la crainte d'une peine plus forte, et qu'il peut, 
sans trop risquer, continuer sa coupable besogne, 
qui est quelquefois toute une industrie. 

Il résulte de ce qui précède que l'honnête homme, 
pris à partie par un journal habitué des salles d'au- 
dience, habile à se servir des ressources que lui offre 
Ja loi, a une peine extrême à se faire rendre justice. 

Enfin, lorsqu'il y est parvenu, lorsque le Giboyer 
Calomniateur sort de l'audience condamné et couvert 
de confusion, à la suite de débats qui ont prouvé la 
fausseté de ses accusations et fait éclater l'honorabilité 
de sa victime, il semble que tout soit fini et que le jour- 
nal soit tenu de reproduire exactement ce qui s'est dit 
et passé à l'audience. 

Eh bien, cette opinion, si répandue dans le public, 
doit encore être abandonnée ; car, le journal condamnée 
pourra, ce qu'il manque rarement de faire, donner un 
compte-rendu absolument inexact des débats. 

Avec la dernière des impudences,, il supprimera, par 
exemple, les dépositions des témoins qui le gênent, 
il en arrangera d'autres pour en dénaturer le sens et la 
portée et il les accompagnera de commentaires qui lais- 
seront croire à ses candides lecteurs que la condam- 
nation prononcée pourrait bien provenir d'un déni de 
justice. 

Partant de ce compte-rendu fantaisiste, le journal 
diffamateur, après avoir gardé le silence pendant quel- 



-• 16 - 

que temps, pour laisser s'éteindre dans la presse les 
appréciations contraires à ses vues intéressées et ne plus 
entendre Técho de sa propre infamie, reviendra indi- 
rectement sur Taffaire, si cela lui plaît ; il insérera de 
nouvelles insinuations contre son adversaire, et, bieti 
que convaincu de mensonge, bien que condamné, il 
continuera à poursuivre de ses traits empoisonnés la 
victime qu'il a choisie. 

Nous sommes d'avis, pour conclure, qu'il faut main- 
tenir intacte la liberté de la presse ; mais nous décla- 
rons non moins énergiquement qu'il est urgent de 
créer une responsabilité sérieuse aux journalistes, peu 
dignes de ce nom et heureusement fort rares, qui abu- 
sent de cette liberté pour persécuter les citoyens 
qui n'ont pas le don de leur plaire, ou même des in- 
connus autour desquels ils croient pouvoir, dans un 
but de spéculation inavouable, provoquer des scandales 
et ameuter l'opinion. 

Nous soumettons ces quelques réflexions au public 
en lui indiquant les moyens que, suivant nous, il con- 
viendrait d'employer pour faire cesser des abus qui 
créent, au profit de quelques-uns, un véritable privilège 
au détriment de l'ensemble des citoyens. 

Nous avons la certitude que, dans cette revendication 
légitime, nous aurons l'appui de l'immense majorité des 
journalistes dont les convic1,ions et la probité profes- 
sionnelle ne sont suspectées par. personne. Us nous 
aideront dans cette campagne, afin de débarrasser la 



- 17 — 

presse de la tourbe des diffamateurs, qui n'honorent 
pas plus le journalisme que les pornographes n'hono- 
rent la littérature. 

Voici, pour atteindre ce but, les réformes que nous 
proposons : 

1° Que les plaintes en diffamation contre un journal 
soient suivies comme les crimes et délits ordinaires et 
instruites par un juge d'instruction. 

2® Que ces crimes et délits ne soient prescrits qu'a- 
près un délai d'un an. 

3® Que les citoyens sans fortune puissent obtenir l'as- 
sistance judiciaire dans le plus bref délai possible. 

4** Que les citoyens diffamés et se considérant comme 
calomniés aient, dans tous les cas, le droit de faire 
la preuve contraire et de se justifier des imputa- 
tions calomnieuses dirigées contre eux : qu'ils soient 
simples particuliers ou fonctionnaires, que l'affaire se 
juge en police correctionnelle ou devant le jury, que 
les diffamateurs produisent ou non des témoins et des 
pièces, qu'ils fassent défaut ou se présentent à l'au- 
dience. 

y Que le droit de récusation soit accordé aux diffa- 
més comme aux diffamateurs et qu'ils aient, comme 
ces derniers, le droit de présenter personnellement 
leurs observations à l'audience. 

6** Que le journal condamné soit dans l'obligation 
de reproduire le compte-rendu fidèle et intégral des 
débats, d'après le texte même qui lui sera fourni par le 



greffe du Tribunal, moyennant un droit d'expédition 
qui viendra s'ajouter aux dép^eiis. 

Les considérations que nous venons de développer 
nous paraissent dignes de l'attention de nos législa- 
teurs, qui, en édictaat la loi du 29 juillet 1881, ont 
voulu donner aux écrivains la liberté de discuter toutes 
les opinions, toutes les doctrines, mais n'ont certaine- 
ment pas eu rifltcntion de créer un monopole au profit 
des entrepreneurs de diffamation. Ils peuvent être 
assurés que la réforme tutélaire que nous proposons 
serait également bien accueillie de la presse et des 
particuliers. 



D. J. Daniel ARNOULT. 



Paris, 20 Août 1886. 



INTRODUCTION AU PROCÈS 



REQUETE 

Adressée à H. le Président de la Cour d'assises, 
comprenant dans son texte l'article incriminé 

M. Delamarche (Étienne-Paul), receveur de l'oc- 
troi de Paris, capitaine adjudant-major au 31* régi- 
ment territorial d'infanterie, chevalier de la Légion 
d'honneur, etc., demeurant à Paris, rue Brézin, n° 13, 
ayant M* Thiriaux pour avoué, a l'honneur de vous 
exposer: 

Que, ancien soldat de Crimée .et d'Italie, il a, pen- 
dant le siège de Paris, été chargé par la municipa- 
lité du XIV* arrondissement, d'organiser le bataillon 
des volontaires de la garde nationale de l'arrondisse- 
ment et qu'il a été élu chef dudit bataillon qui a pris 
le nom de bataillon des volontaires de Montrouge; 
que, par décret du 27 décembre 1870, il a été nommé 
par le gouvernement de la Défense nationale, lieute- 
nant-colonel commandant le ^y régiment de Paris 
(garde nationale); que, par décret du 29 janvier 1 87 1 , il a 
été nommé chevalier de la Légion d'honneur; qu'à la 
date du 18 mars 1871, ayant refusé de servir le pouvoir 
insurrectionnel de la Commune de Paris, et voyant sa 
liberté et sa vie menacées, il quitta Paris et se rendit à 
Versailles, dans la famille de sa femme ; qu'à la date du 
27 avril 1871, il fut nommé par le chef d'état-major gé- 
néral de là garde nationale de la Seine, commandant 



— 2U -- 

supérieur des gardes nationales du XIV* arrondisse- 
ment, et qu'il reçut, à cet effet, un ordre de service 
fixant ses fonctions, lors de la rentrée des troupes à 
Paris ; que ses fonctions consistaient à rentrer à Paris 
en groupant autour de lui les officiers et gardes natio- 
naux du XIV* arrondissement restés fidèles au gou- 
vernement national, dès que l'armée occuperait mili- 
tairement un quartier de la ville, à réorganiser les 
fractions de bataillons de l'arrondissement restés fidèles, 
à constituer avec eux une sorte de régiment dont il 
prendrait le commandement et à se joindre avec eux, 
à l'armée, étant bien entendu que dans cette circons- 
tance, le rôle de la garde nationale serait celui d'un 
instrument puissant, par l'effet moral plutôt que par 
une action purement militaire, et que les hommes 
égarés seraient accueillis avec une indulgence entière; 
qu'il remplît sa mission avec honneur, ainsi que le 
constate une lettre à lui adressée le 8 juin 1871, par le 
chef d'état-major de la garde nationale du département 
de la Seine, pour lui annoncer que, par suite du licen- 
ciement de la garde nationale et de la prise du com- 
mandement des arrondissements de Paris par l'autorité 
militaire, ses fonctions avaient pris fin, et pour le re- 
mercier du zèle et du dévouement avec lesquels il 
avait accompli la tâche difficile qui lui avait été confiée; 
que, par une lettre du 24 juin 1871, le maire du XIV* 
arrondissement a également témoigné à l'exposant 
toute sa gratitude pour le concours qu'il lui avait prêté 
et grâce auquel il avait pu très-rapidement pacifier les 
esprits et rétablir les services administratifs de son ar- 
rondissement; que l'exposant a exercé les fonctions et 
le pouvoir dont il avait été investi avec la plus grande 



- 21 - 

modération, ne se préoccupant que de sauvegarder les 
droits de rhumanité, et de réconcilier, avec le pouvoir 
national, ceux de ses concitoyens qui avaient servi la 
Commune; qu'il n'exerça aucun pouvoir les 22 et 23 
mai 1 87 1 , n'ayant encore pu, à cette date, pénétrer 
dans son arrondissement; que pendant ces deux jour- 
nées des 22 et 23 mai, il n'usa de son influence auprès 
des chefs de l'armée, que pour solliciter et obtenir la 
mise en liberté de plusieurs citoyens de son arrondis- 
sement, arrêtés par la troupe ; qu'il n'est arrivé sur le 
territoire du XIV* arrondissement que le 24 mai au 
matin ; qu'il s'est installé aussitôt à la mairie et qu'il a 
exercé.son commandement dans toutes les parties de 
l'arrondissement évacuées par les troupes; qu'il n'y a 
pas eu de prévôté au X IV'' arrondissement et, par suite 
pas d'exécutions à partir de la prise du commandement 
de l'exposant; que durant cette période, il n'y a pas 
eu d'arrestations opérées par les troupes sur lesquelles 
l'exposant avait autorité; que les dénonciateurs ont été 
jetés à la porte et lès dénonciations au feu ; que des 
secours ont été distribués aux hommes de la garde 
nationale en attendant la reprise du travail ; que cer- 
tains édifices préparés pour l'incendie ont été préser- 
véJ5 de la destruction ; qu'en un mot, au lieu d'user de 
son pouvoir pour faire de la réaction, M. Delam arche 
est directement intervenu entre les belligérants, usant 
de son autorité pour sauvegarder les droits de l'huma- 
nité et tendre la main aux victimes de la guerre civile; 
que jamais l'exposant n'a exercé les fonctioils de pré- 
vôt et que jamais non plus il n'a présidé de Cour mar- 
tiale; que ces faits sont de notoriété publique dans le 
XI V*^ arrondissement que M, Delam arche n'a pas 



- 22 — 



cessé d'habiter depuis les événements, où il jouit de 
l'estime de ses concitoyens et où il exerce ïes fonotioiïs 
gratuites de délégué cantonal, de vice-président de la 
caisse des écoles et de secrétaire de la commission 
chargée de protéger les enfants employés dans 4es 
ateliers et manufactures; que malgré cette conduite 
toute de modération, d'indulgence et de zèle pouf le 
bien public, M. Delamarche a été, depuis l'année 1879, 
l'objet d'une série d'injures et de diffamations concff- 
nant le commandement par lui exercé dans le X|V* 
arrondissement en qualité de lieutenant-colonel- com- 
mandant supérieur des gardes nationales dudit arron- 
dissement; qu'il a usé, chaque fois qu'une injure ou 
une diffamation s'est produite, par la voie de la preste, 
du droit de réponse conféré par l'article- 12 de la loi 4u 
29 juillet 1881 à tout dépositaire de l'autorité publique, 
diffamé ou injurié par la voie de la presse au sujet des 
actes de ses fonctions inexactement rapportés; qu'gu- 
jourd'hui le journal le Cri du Peuple publie un romsn 
feuilleton intitulé les Vmincus dé i8yi ; que -dans le 
n" 653 de ce journal, portant la date du i^.août 1885, 
à la cinquième ligne de la cinquième colorine du ro- 
man-feuilleton ci-dessus énoncé, on lit: 

Depuis le lundi 22, vers midi, une Cour martiale était 
installée et fonctionnait dan» Timprlmerie ou nous étions.. 
Cette Cour martiale était présidée par un certain Pela- 
MAROHE, commandant les volontaires de Montrougf pen- 
dant le siège. 

Cet homme après le 18 mars, s'était empressé (jf fuir à 
Versailles, offrir ses services à qui de droit. On rayait em- 
ployé et fait colonel; et c'était avec ce grade qu'il était 
rentré dans Paris, le 21 mai, à la tète d'une fracfion de 
l'armée régulière. Peu soucieux des grands comliAts et des 



- 23 



ta 



mêlées d'où l'on ne revient pas, le nommé Dçlamarche 
avait fait sentir les services qu^ii pourrait rendre à la cause 
de l'ordre dans un quartier qu'il connaissait parfaitement, 
et avait été nommé président de la Cour martiale du boule- 
vard des Fourneaux qui, depuis deux jours qu'elle fonc- 
tionnait, s'était acquittée 'avec férocité de sa sanguinaire 
mission (1). 

Je ne saurais rien vous dire de plus de cette Cour mar- 
tiale et d%son président. Je n'eus pas l'honneur de compa- 
raître devant eux. 

Voici du reste comment les choses se passaient devant 
cette juridiction provisoire. 

Si on arrivait boulevard des Fourneaux en l'absence de 
Delamarcbe, qui, fort heureusement, n'était pas la ponc- 
tualité en personne, on vous jetait dans les sous-sols jus- 
qu'au jo^|; de l'évacuation de cet établissement privé. 

Si, au contraire, Delamarche, à votre arrivée, était là 
pour vous recevoir, il interrogeait sommairement et un par 
fv' un tous les prisonniers du détachement, consultait ses 
souvenirs d'habitant de la localité, auscultait ses petites 
haines et ses grandes rancunes, et faisait son choix, arbi- 
trairement, selon 'ce que lui conseillait sa mémoire ou son 
intérêt 

Puis si les classés — ciMsés, synonyme de bons à fusiller 
— ne lui paraissaient pas assez nombreux, il en grossissait le 
chiffre en ajo^tàtat ceux dont les visages lui déplaisaient ou 
eeux qu'il savait avoir eu des opinions politiques sous l'empire. 
Il appelait fort plaisamment cette opération de compléter 
un chiffre de victimes: « mettre des queues aux zéros ». 

Quand le triage était ainsi fait, on profitait du passage 
de la première troupe de ligne pour la mettre en réquisi- 
tion. Et cette troupe, à la galope, « comme par-dessous la 



(1) En 1877, ce Delamarche, à Montrouge, jouait du républicain exalté, 
mais conservateur, çt à Taide de fonds dont j'ignore la provenance, avuit 
fondé un asile pour les enfants des victimes de Tinsurrection. De sorte que, 
dans le but probable d'arriver à la vie publique par le prolétariat, il se 
posait en bienfaiteur des orphelins de ceux qu'il avait fait fusiller !.. 



- 24 - 

jamba » disait DsLAMiOiCHE, fusillait les classés. Quant aux 
autres, on les jetait dans les sous- sols. 

Tout cela était vraiment très simple. Point n'él ait besoin 
de connaître son droit romain et les trente-six codes pour 
rendre la justice de cette façon. Il est juste d'ajouter aus^ 
que plus d'un galérien, même au prix de sa liberté, n'eût 
pas voulu remplir la mission sollicitée et acceptée par M. 
Delamarche. 

Cependant, le dépôt provisoire du boulevard des Four- 
neaux avait un bon coté. 

Du lundi au mardi, Delamarche avait laissé ses prison- 
niers sans manger, mais leur avait fait donner de Teau 
tant qu'ils en avaient demandé. 

Le mardi, jour de mon arrestation, j'eusse été conduit de 
suite rue des Fourneaux, que j'y eusse été assassiné. 
C'était le jour de la bataille du cimetière Montparaasse, que 
l'armée, suivant la ligne des boulevards extérieurs, n'avait 
pu prendre qu'en essuyant des pertes sérieuses et secon- 
dée par les divisions qui tournaient Paris par le chemin de 
ronde des fortifications. 

Ce jour-là, Delamarche était à son poste et avait des 
ordres. 11 faisait fusiller tout le monde. 

Au reste, il est certain qu'à ce moment, on ne lui amena 
guère que des hommes pris les armes à la main et ayant 
fait le coup de feu. 

Toujours est-il qu'il emplit de cadavres la vaste cour de 
l'imprimerie, située en face du dépôt des Pompes funèbres. 

Vers le soir, Delamarche pourtant s'humanisa et gracia 
quelques hommes, entre autres un ex-sergent-major ayant 
servi dans son ancien bataillon des volontaires de Mont- 
rouge. 

L*individu ne manque pas d'habileté. Plus tard, il affir- 
mera qu'il a sauvé des milliers de malheureux, et que 
c'est grâce à lui que le sang n'a pas été plus abondamment 
versé . 

Le lendemain, Delamarche prétendit que la suée était 
passée. Plusieurs d'entre nous qui le connaissaient lui de- 
mandèrent à manger, et à force d'appels obtinrent de lui 
une assez singulière concession. 



— 25 — 

— A manger ! leur, dit-il, où diable voulez-vous que j'en 
prenne? Faire comme la Commune, des bons de réquisi- 
tion.... Ce ne serait pas la peine d'être du parti de l'ordre. 
Je vais vous trouver des commissionnaires pour acheter 
des vivres. . . 

Ce S2rvice s installa à peu pr^s. Les familles accoururent, 
Delamarche jouait du bonhomme devant elles et les ras- 
surait sur notre compte. Les vivres vinrent aussi... 

Ce fut à cet ambitieux féroce que je dus de voir et d'em- 
brasser ma femme avant de quitter Paris. Elle m'apporta 
des provisions, du linge blanc, du tabac et un peu d'argent. 
Je pas enfin me changer et me restaurer. 

La journée du mercredi se passa ainsi plus rapidement 
que les autres. Mais le soir, quelques camarades et moi, 
Dous fûmes pris d'une indicible tristesse. Nous avions appris 
que l'Hôtel de ville avait été abandonné par li^ommune 
qui s'était retirée dans le onzième arrondissement. 

Une autre nouvelle nous tenaillait encore. 

Des personnes qui étaient venues nous voir nous avaient 
dit que Paris flambait, c'est l'expression dont elles s'étaient 
servies. Que le faubourg Saint-Honoré, les Ministères, les 
Tuileries, le Louvre, l'Hôtel de ville, le Palais-Royal 
étaient en flammes. Que la rue de Rivoli, tout entière, dis- 
paraissait dans un rideau de feu et de fumée. Que deve- 
nait l'insurrection, que devenaient les nôtres à travers ce 
désastre ? 

Enfin la nuit se passa et une partie de la journée du 
lendemain. J'ai hâte d'arriver au Luxembourg. J'abrège les 
détails. 

Le jeudi vers cinq heures, M. Delamarche nous fit 
prévenir de nous tenir prêts à partir de suite pour une 
destination inconnue, que l'imprimerie restait un dépôt de 
passage, dans lequel on ne séjournerait pas désormais plus 
de trois ou quatre heures. Une destination inconnue ! Beau- 
coup parmi nous parlaient déjà de Versailles: ils se trom- 
paient. Entre Versailles et nous il y avait le Luxembourg. 

Quand Delamarche nous disait « pour partir de suite », 
l'escorte était déjà dans la cour. Nous fûmes bientôt prêts, 
quelques-uns joyeux d'un changement qui ne pouvait que 

3 



— 26 - 

nous être funeste. Car DelamarchB était de Paris, di 
quartier, où il était très connu, et, datift une certaine me 
sure, il se trouvait forcé de garder des ménagements 
Enfin, entre lui et les prévôts que nous allions rencontrei 
il y avait une différence. 

Que la publication de ce roman-feuilleton, qi 
pourrait être édité en volume séparé et recevoir aini 
la plus grande publicité, constitue le délit d'injures < 
de diffamation à Tégard de M. Delamarche; que c 
délit tombe sous l'application de la loi du 29 juilli 
1881, articles 29, 31, 30 et 33; que l'exposant ayant éi 
diffamé et injurié en sa qualité de lieutenant-colon* 
et de co^^nandant supérieur des gardes nationales d 
XI V*' arrondissement, il est en droit de se porter part 
civile et de citer devant la Cour d'assises du départe 
ment de la Seine: i** le sieur Mivielle, gérant du joui 
nal le Cri du Peuple, auteur principal; 2** le sieur Jul 
BouLABERT, auteur du roman feuilleton Les Vaincus t 
2871 y complice; et 3" le D^ Guébhard, propriétaire c 
journal le Cri du Peuple, responsable des condamn: 
lions pécuniaires à intervenir contre lesdits sieu 
Mivielle et Jules Boulabert, conformément aux di: 
positions des articles 29, 30, 31, ^^, 42, 43, 44, 45, 4 
S 3, et articles 6 et 49, §§ 3 et 4 de la loi du 29 juill 
1881, etc. 



PROCÈS 



PRÉLIMINAIRES 

La requête reproduite plus haut ayant été 
accueillie, M. Delamarche assigna devant la 
Cour d'assises de la Seine : i° M. Mivielle, 
gérant du journal le Cri du Peuple; 2° M. Jules 
BouLABERT, publiciste; 3°le docteur Guébhard, 
propriétaire du journal. 

Cette affaire vint àTaudience du 7 novembre 
1885. Les prévenus firent défaut. 

La partie civile, représentée par M* Alphonse 
Ledru, demanda à la Cour de prononcer la 
nullité de sa propre citation, par le motif que 
l'article 30 de la loi de 1881, qui édicté la peine 
à prononcer en cas de diffamation, n'avait pas 
été visé. 

La Cour, sur les conclusions de M. Favocat 
général Banaston, fit droit à cette demande et 
annula la citation. 

L'affaire fut renvoyée au s décembre i88s 
sur nouvelle citation. 



28 - 



Audience du 5 Décembre 1885 

Présidence de M. GAULTIER 

Ce jour, à onze heures et demie, la Cour 
entre en séance. 

M. Delamarche, partie civile, prend place 
entre son avocat. M* Alphonse Ledru, et son 
avoué. M' Thiriaux. 

M. Le Président fait Fappel des prévenus. 

MM. MiviELLE et Boulabert se présentent, 
et après avoir répondu aux questions d'usage, 
prennent place au banc des prévenus libres. 

A rappel du nom du docteur Guébhard, 
M* Laguerre, avocat des prévenus, prend des 
conclusions tendant à le faire mettre hors de 
cause comme n'étant ni gérant, ni rédacteur, 
ni propriétaire du journal. 

M'' A. Ledru, avocat de la partie civile, prend 
des conclusions contraires tendant à retenir le 
docteur Guébhard, comme le vrai propriétaire 
de la feuille incriminée. 

La Cour joint l'incident au fond et remet à 
statuer ultérieurement. 

Après rappel des jurés et le tirage au sort 
de ceux qui doivent siéger, les jurés désignés 



— 29 - 

prennent leur place et prêtent, Tun après 
l'autre, le serment d'usage. 

Le greffier donne ensuite lecture de Tassi- 
gnation lancée contre les prévenus. 

Après cette lecture, M' Alphonse Ledru, 
avocat de M. Delam arche, prend la parole : 

Messieurs de la Cour, 
Messieurs les Jurés, 

Vous venez d'entendre la lecture de la citation qui 
vous a été faite par M. le greffier. Cette lecture doit être 
complétée par celles des passages incriminés du Cri du 
Peuple, 

11 s'agit d'un feuilleton de M. Jules Boulabert, in- 
titulé les Vaincus de i8ji ; Tauteur s'est mis en scène, 
il raconte les événements qu'il a traversés comme com- 
battant de la Commune. 

M" Laguerre. — Permettez-moi, mon cher confrère, 
de rectifier une erreur. En vous reportant aux feuille- 
tons qui précèdent ceux rappelés dans votre requête, 
vous pourriez constater que M. Jules Boulabert ne 
s'est pas mis en scène ; il a fait parler un de ses com- 
pagnons de captivité, nommé Belot, mort sur les pon- 
tons. M. Jules Boulabert s'expliquera à ce sujet dans 
un instant. 

M' A. Ledru donne lecture des feuilletons 
incriminés, reproduits dans la requête que nous 
avons donnée ci-dessus. 



- 30 ~ 

Messieurs les jurés, ajoute-t-il, nous prétendons 
que ce récit est non seulement diffamatoire, mais 
inexact. Il ne contient pas un mot de vrai. La loi de 
1881 sur la presse autorise le diffamateur, lorsqu'il 
s'attaque à un fonctionnaire public, à faire la preuve 
des faits allégués, M. Delamarche est attaqué comme 
lieutenant-colonel de la garde nationale, investi d'une 
fonction publique; le Cri du Peuple est donc autorisé 
à prouver, s'il le peut, l'exactitude de son récit. >Jous 
entendons faire la preuve contraire. 

Vous allez entendre successivement les témoins cités 
à la requête du Cri du Peuple et ceux cités à notre 
requête. 

M. le Président donne la parole à M. Jules 
BouLABERT, qui fait la déclaration suivante : 

DÉCLARATION DE M. BOULABERT 

Le récit dont vient de parler l'avocat de la partie 
civile n'est pas de moi, il est du citoyen Belot, qui 
était délégué au comité d'artillerie du XV*" arrondisse- 
ment, et dans la bouche duquel mon feuilleton met 
tout cet épisode. Celui-ci lui-même, — ainsi qu'en fait 
foi une phrase du feuilleton, — ne faisait que répéter 
les bruits qui avaient cours parmi les prisonniers avec 
lesquels il s'était rencontré aux Fourneaux. 

C'est lui qui m'a raconté les faits. Le citoyen Belot 
est mort. Mais son récit m'a été confirmé par le citoyen 
Garnier, que vous allez tout à l'heure entendre comme 
témoin. Je n'ai jamais cofinu M. Delamarche, et c'est 
la première fois que je le vois. La raison en est 



- 31 - 

simple. Je ne me suis pas battu sur la rive gauche pen- 
dant la semaine sanglante; je ne me suis battu que 
sur la rive droite, habitant alors avenue Wagram. Pen- 
dant toute la durée de la Commune, je n'ai pas passé 
la Seine une seule fois. Je ne me suis donc pas mis en 
scène, comme le disait il n'y a qu'un instant l'avocat 
de la partie civile. Cela, je l'ai fait chaque fois que j'ai 
eu à racconter des souvenirs personnels. Mais je n'ai 
pas cru devoir me borner à ceux-ci. 

J'ai pensé que c'était un devoirpour moide recueillir 
le plus de témoignages possibles pour pouvoir écrire 
l'histoire de 1871. Sur les pontons, j'ai vu défiler plus 
de 10,000 prisonniers. J'ai questionné tous ceux qui 
avaient joué un rôle sérieux pendant la Commune. 
J'ai négligé les racontars qui ne me paraissaient pas 
suffisamment établis. Mais chaque fois qu'un même fait 
m'a été raconté par deux ou trois personnes dignes de 
foi, je l'ai relaté dans les Vaincus. C'est ainsi que j'en 
ai usé à Tégard de M. Delam arche (i). 



(Il Pour apprécier la déclaration de M. Boil.vbert, voir les dépositions 
des témoins, anciens détenus aux prévôtés, à Versailles, sur les pontons ou 
en Calédonie, cités au nombre de douze, tant par le Cri du Peuple que par 
M. Delanarchk. Tous ont déclaré ne pas avoir entendu parler de M. Dela- 
MARCHE pendant leur détention ou n'en avoir entendu dire que du bien. Garnier 
cité dans la déclaration de M. Boulabert a dit dans sa déposition n'àtre 
pas allé aux Fourneaux. Voir aussi, sur Torigine des calomnies dont il a été 
l'objet, la déclaration de M. Delamarche, page 137. 



~ 32 - 

AUDITION DES TÉMOINS 
Témoins cités par le « Cri du Peuple » 

M. le Président annonce qu'il va être procédé 
à l'audition des témoins cités par les prévenus. 

Sur dix-neuf témoins signifiés par eux, sept 
ne se présentent pas: ce sont MM. Longuet, 
Raoul Canivet, hommes de lettres; Perrin, 
Schneider, mécanicien, Pénard, cocher-ba- 
layeur, Grosjean, sculpteur; et M'"® Wolff, 
artiste-peintre. 

Les douze témoins qui ont répondu viennent 
déposer dans Tordre suivant (i). 



(1) Parmi les témoins cités par le Cri du l*etiph\ il en est qui sont allés 
à la prévôté du boulevard des Fourneaux ; ceux-là ont fait des dépositions 
nettes et précises sur ce qu'ils avaient vu; il n'y a aucun commentaire à 
ajouter à ces témoignages. 

Mais il en est d'autres, cités sans doute par le Cri du Peuple pour ce 
qu'il a .appelé « Le Protts général coHtrelarépremouVerfiaillaise.in Or, aucun 
de ces témoins n'est allé à la prévôté des Fourneaux ; la plupart igno- 
raient ce qui s'est passé au XIV' arrondissement en 1871 et ne connais- 
saient môme pas M. Dklamarchr avant le proc(?s.. L'un d'eux, l'honorable 
M. Camille Pellktan, a môme déclaré avoir entendu prononcer le nom 
de M. DiiLAMAiicHK pour la première fois ù l'audience. Comme ces té- 
moins n'ont pu apporter à raudienco que des généralités sans valeur 
juridique dans ce procès, des on-dit, des racontars étrangers à lu cause 
ou ne s'y rattachant que très indirectement, nous avons cru indis- 
pensable pour éclairer ces dépositions, de les faire suivre, chaque fois que 
cela nous a paru nécessaire, de notes explicatives ou de renvois à d'autres 
dépositions ou aux documents justificatifs pour rétablir, soit la vérité histo- 
rique, soit' la vérité sur le rôle de M. Dklamarchk au cours des événe- 
ments. 



33 



Garnier, voyageur de commerce, ancien déporté. 

Après les questions et les formalités d'usage, 
M. le Président invite Garnier à dire ce qu'il 
sait sur la prévôté du boulevard des Fourneaux 
et sur le rôle quy aurait joué M. Delamarche. 

Garnier. — Je n'ai pas passé par la Cour martiale 
du boulevard des Fourneaux, sans quoi je ne serais pas 
ici. 

Je me suis trouvé de service à la barricade des Quatre- 
Chemins, lemardi23 mai, vers trois heures(i),deuxhom- 
mes, un sergent-major et un fourrier que j'avais envoyés 
pour la solde, sont venus me raconter qu'ayant été 
arrêtés et conduits à une imprimerie de la rue des 
Fourneaux, ils y avaient été fouillés et que le com- 
mandant des volontaires de Montrouge, M. Dfla- 
MARCHE, leur avait dit : « je vais vous faire mettre en 
liberté; dites aux habitants de mettre bas les armes, de 
se recommander de moi et qu'il ne leur arrivera rien 
de fâcheux ». 

J'ai dû expulser ces deux hommes qui débauchaient 
les combattants (2). 

M" Laguerre. — Je désire que des questions soient 
posées sur les Cours martiales et sur le rôle de M. De- 
lamarche pendant toute la Commune. 

M. LE Président. — Je ne puis laisser poser de 
questions que sur les faits énoncés dans la requête, 



(I) Voir déposition Roicn, page 75; à trois heures les barricades de l'ave- 
nue d'Orléans étaient au pouvoir de l'armée. 

(?) Voir la confronlalion de (îarxikr avec le témoin Ro<;f.K\, page QO. 



- 34 — 

c'est-à-dire sur les journées des 22, ^3, 24 mai et 
jours suivants. 

M" A. Ledru. — J'insiste, M. le Président, pour que 
les témoins soient entendus sur le rôle de M. Dela- 
MARCHE au 18 mars et à Versailles. Il en est question 
dans le feuilleton incriminé. 

M. LE Président. — S'il en est ainsi, vous pourrez 
poser des questions au témoin sur tout ce qu'a fait 
M. Delam arche pendant la Commune et sur la Cour 
martiale des Fourneaux. 

Le Témoin. — Le 18 mars entre une et deux heures 
de l'après-midi, étant de service à la mairie de Mont- 
rouge, j'entendis la sonnerie du bataillon des volon- 
taires. Leur commandant M. Delamarche a fait faire 
le cercle, je m'approchai, et je l'entendis insister au- 
près du bataillon pour l'emmener a Versailles, mena- 
çant Paris d'un siège beaucoup plus terrible que le 
premier (1), M. Delamarche n'a pas été menacé (2). 

Je dirai maintenant que le 17 juin je me suis cons- 
titué prisonnier au poste de la mairie. Je vis entrer 
deux individus que l'on maltraitait, ils se récla- 
mèrent du colonel Delamarche. 

Le brigadier de police leur dit : c'est le colonel qui 
a donné l'ordre de vous arrêter (3). 



(1) La réunion du bataillon des Volontaires, place de la Mairie, n'a pas 
eu lieu le 18, mais le 13; il ne pouvait ôlre à cette date question d*un 
siège que personne ne prévoyait. (Voir lettredc Ganivet, page 102). Dépo- 
sition des témoins Skbolrqi e, Collix, Rouffiac, etc. et confrontation de 
(Iarxier avec le témoin Rogcex. 

(2) Voir lettre Ganivet et déposition IIélicon. 

2) Voir confrontation de Garmer avec le témoin Rog<.e\, l'un cks deux 
prisonniers dont il est question. 



— 3^- 

M. LE Président. — Connaissez-vous le nom du 
brigadier du poste ? 
Le Témoin. — Pas du tout. 

Kayly architecte, ancien déporté. 

Le témoin est d'abord très hésitant; il dit: 

Dans Montrouge on répand le bruit que je suis la 
cause du procès; je dois déclarer d'abord que je n'y 
suis pour rien, que je ne connaissais personne au Cri 
du Peuple avant le procès. 

Je suis entré aux volontaires de Montrouge et j'ai 
été d'abord très enthousiaste de M. Delamarche, leur 
organisateur, mais j'ai dû bientôt en rabattre; il a 
nommé de son autorité privée, sans passer par l'élec- 
tion, M. Harant, capitaine d'armement (i). 

M. le Président. — Arrivez aux faits, dites ce que 
vous savez du boulevard des Fourneaux eî du rôle de 
M. Delamarche à cette occasion? 

Le Témoin. — Je ne sais rien à ce sujet. 

M^ Laguerre. — Je demande que le témoin soit in- 
terrogé sur le rôle de M. Delamarche au 18 mars, et 
sur son expulsion du cercle républicain du XIV® arron- 
dissement? 

M. le Président. — La question a-t-elle trait au 
procès? 

M* Laguerre. — Certainement. J'en ferai de sem- 
lîlables à tous les témoins. 



iX) C'est inexact. Les offlcicrs d'adminislration de la garde nationale 
( jfficiers-payeurs, capitaines d'armement, etc.), n'étaient pas soumis h 
rélection; ils étaient nommés par l'état-major, sur la proposition des chefs 
de corps. C'est ce qui a été fait pour M. Haraxt. 



reproché à M. Cu, r '^^"'^^ 'l" cerc k ^'^• 
^f":^^- ayant trouvé i'^ ""''-^^^on Ùj '''°}'^ ^té 

'•" w """"''''■ f-e „ „p;^'^7«c«, ,„, 

, ^" moment de I. ^'*-^'- 

raconiez des fo „ ^^" nous ,,„„ 

«es faits précis. ""Portent Jes bruits, 

* «ac-Jfahon •,.^''*"'«' d'avoir é^f m '*"""« '•appor,,, . „ 

«'■"«p-.m.quJ'*" wai. ainsi ou!:,'''.'',''*««''ï et non W '''' ■"«'•«ehaj 
'éehai de iT, « '"' P^^^aUi, „„.„'",'' «''«« &rit Z! "'' " •'«mandé à 

ires du cercle ,i! x^''«. «• DeiI """"'«■ ''^•■•v.i«c„„ 

<^'aent dans un 



f* 



\ 



M* Lagu£R&e. *^ N'est-il pas à votre connaissance 
qu'un amnistié aurait refusé de serrer la main à 
M. Delamarche ? 

Le Témoin. — Oui, il aurait dit: je ne serre pas la 
main d'un homme qui est venu m'interroger sur les 
pontons. 

M' Laguerre (interrompant), -r- C'est une erreur, 
il est certain que M. Delamarche n'est jamais allé sur 
les pontons. On a confondu M. Delamarche avec un 
nommé Lamarche, agent de la sûreté, qui en effet est 
allé interroger les prisonniers sur les por^tons (i). C'est 
à Versailles que serait allé M. Delamarche pour voir 
les prisonniers (2). 

M* A. Ledru. — N'avez-vous pas demandé à 
M. Delamarche, étant prisonnier, un certificat dans 
l'intérêt de votre défense, et ne vous l'a-t-il pas 
accordé ? 

Kayl. — Oui, j'ai demandé un certificat à M. Dela- 
marche qui ne pouvait me le refuser (3) ! 

M* A. Ledru. — N'avez-vous pas reproché à 
M. Delamarche de ne vous avoir pas fait décorer? 
Kayl. — Non, j'ai écrit une lettre à M. Delamarche, 



(i) Que devient rallégation de Kayl devant la déclaration de M' La- 

Gt'ERKE? 

C'est pourtant sur ce voyage imaginaire de M. Dklamarche aux pontons, 
inventé contre toute évidence, soutenu après de nombreux démentis par 
quelques ennemis personnels, que reposent les calomnies dont il a été 
l'objet. Personne d'ailleurs n'a refusé de serrer la main k M. Delamarche. 
Voir page 90, sur l'incident du cercle, le procès-verbal dressé à cette occa- 
sion. 

(2) Pour visite aux prisonniers à Versailles. Voir déposition de M. Sé- 
BouRQCE et de M"' Mettau. Voir aussi aux pièces justificatives, page 222. 

(3) Voir dépositions des témoins Pocyet et Collin. 

4 



- 38 - 

qui doit l'avoir, cal il conserve les petits papiers, dan^ 
laquelle je disais qu'il avait fait décorer des gens quine 
le méritaient pas, comme M. Harant, conseiller mu- 
nicipal, pour s'en servir après (i); et qu'il n'en avait 
pas fait décorer d'autres qui le méritaient. 

Rolland, concierge. 

M. LE Président. — Dites ce que vous savez de la 
Cour martiale du boulevard des Fourneaux et de 
M. Delamarche? 

Le Témoin. — Je ne connais pas M. Delamarche, 
j'ai été employé pour enlever et enterrer les hommes 
fusillés, au nombre de quarante-et-un. Il y avait une 
Cour martiale. 

Je ne sais rien sur M. Delamarche. 

M"* Émlon^ maîtresse d'hôtel. 

J'ai perdu mon fils, il n'était pas fédéré. 

Mon fils n'a jamais reparu chez moi. Deux per- 
sonnes m'ont dit que mon fils devait être fusillé par la 
Cour martiale, mais je n'ai rien su de positif. 

Quant à M. Delamarche, je n'ai jamais entendu rien 
dire sur lui, je ne le connais même p^s. 

M'' Laguerre. — Ne teniez-vous pas un débit de 
vin ? 



(1) L'honorable M. Harant, décédé maintenant, a été élu conseiller muni- 
cipal en 1872 seulement. La conduite de M. Harant, pendant les événe- 
ments de 1870-71 a été digne d'éloges ; la mémoire de ce ferme patriote, de 
ce vieux républicain, ancien président du Conseil municipal de Paris, qui, 
couché dans la tombe, n'est plus là pour se défendre, ne saurait être 
atteinte par la déclaration de M. Katl. 



— 39 - 

Le Témoin. — Oui, Monsieur. 

M*^ Laguerre. — Quelle a été votre recette avec 
les soldats rien que dans la journée du 23 mai? 
R. — 1 ,400 francs. 
M'^ Laguerre. — Rien qu'en vin ? 
R. — Oui, Monsieur. 

M* Laguerre. — Les soldats ne vous payaient-ils 
pas avec de l'or ? 
R. — Oui, Monsieur, avec des pièces de 20 francs (1). 

Ghampetier, cordonnier. 

J'ai été arrêté le 23 mai et emmené aux Fourneaux 
par cinq soldats dont quatre voulaient m'étrangler. 

Je n'ai pas vu M. Delamarche que je ne connais pas; 
je n'ai vu qu'un maréchal-des-logis de gendarmerie. 

M* Laguerre. — Comment la Cour martiale fonc- 
tionnait-elle? 

R. — Oh! le plus sommairement possible. 

Daiinei% cordonnier. 

Ce témoin s'exprime d'une voix si faible 
qu'on l'entend à peine; il dit: 

(1) Cette déposition pourrait laisser croire que les soldats étaient gorgés 
d'or et de vin. Voici la vérité sur le fait rappelé que nous tenons d'un 
témoin oculaire, ancien militaire, en état, par conséquent de l'apprécier. 

Le 23 mai au matin, la division LevassOr-Sorval, 8 à 10,000 hommes, 
était massée sur le boulevard, bivouaquée ou logée au dépôt des omnibus 
ou des pompes funèbres. A l'heure du repas, les fourriers, les chefs d'es- 
couade, sont allés s'approvisionner chez les débitants du voisinage, dans un 
rayon très court. Il n'est pas extraordinaire qu'un petit débit comme celui 
do M"' Emion ait fait, dans ces circonstances, 1,400 francs do recette, que 
les soldats aient payé avec de l'or provenant des fonds des compagnies. La 
distribution faite, chaque homme a dû avoir sa ration de campagne ; soit un 
quart de litre, soit peut-être un demi-litre de vin au plus. 



— 40 — 

J'ai été arrêté le 23 mai au matin et conduit à la 
prévôté des Fourneaux. Vers troisheures, j'ai vu arriver 
M. Delam ARCHE suivi de plusieurs personnes, pour 
faire sortir deux prisonniers, MM. Roggen père et fils, 
qui étaient à côté de moi. J'ai dit à Roggen: pensez à 
moi? 

M'^ Laguerre. — M. Delamarche était-il porteur 
d'un ordre?» 

R. — Je le suppose, il n'aurait pu faire sortir les 
prisonniers de lui-même (i). Conduit le soir à l'École 
militaire, j'ai assisté à des fusillades. 

M. Gamélinat, directeur de la Monnaie sous la 
Commune, député, 

M. le Président. — Dites ce que vous savez sur la 

prévôté des Fourneaux et sur le rôle qui aurait joué 
M. Delamarche? 

Le Témoin. — Sur l'existence d'une Cour martiale 
rue des Fourneaux, il me serait difficile de dire quel- 
que chose. 

Si j'y étais allé, je ne serais pas ici. 

J'ai entendu, en Angleterre, le vicomte d'ARMAiLLÉ, 
attaché à l'état-major versaillais, me dire qu'il regret- 
tait de ne pas m'avoir rencontré à Paris, qu'il m'aurait 
fait fusiller. 

Il ajoutait qu'en rentrant à Paris, les troupes de 

(1) Voir plaidoirie de M* A. Ledru, page 111, Tordre d'élargissement obte- 
nu du général Levassor-Sorval par M. Delamarche, sous sa responsabilité 
personnelle, pour faire sortir Roggen père et fils. 

Voir aussi aux documents, page 233, l'attestation envoyée spontanément 
à M. Delamarche par le témoin Danner, dès le 20 octobre 1885. 



- 41 - 

Versailles étaient accompagnées par des hommes de 
chaque quartier, munis d'un brassard, qui dénonçaient 
leurs concitoyens (i) qui avaient fait partie de la Com- 
mune. 

Mon frère a été arrêté par deux officiers à brassards; 
ma femme et mon enfant ont été arrêtés en Bourgogne 
et maltraités. 

M. LE Président. — Ces faits sont assurément regret- 
tables, mais est-ce que vous supposez que M. Dela- 
MARCHE soit pour quelque chose dans ces arrestations. 

Le Témoin. — C'est probable. 

(Ces derniers mots soulèvent de violentes rumeurs 
dans V auditoire,) 

M. le Président. — J'invite à faire silence ou je 
ferai évacuer la salle. 

Le Témoin. — ; J'ai entendu dire que M. Delamarche 
avait présidé une Cour martiale. 

M* Laguerre. — La déposition de M. Camélinat 
établit que des officiers à brassards arrêtaient ceux qui 
avaient servi la Commune. 

M" A. Ledru. — Le témoin prétend avoir entendu 
dire que M. Delamarche avait présidé une Cour mar- 
tiale. Je lui demande où, quand et par qui? 

Le Témoin. — Je l'ai entendu dire avant et depuis le 



(i) U y avait en effet avec les troupes des hommes on civil munis de 
brassards appartenant à la police. Les gardes nationaux étaient en uniforme 
et leur mission, au moins dans le XI V* arrondissement, était toute de paci- 
fication et de clémence.. Voir page 106, Tordre de service de M. Delamarche. 

Voir aussi, à ce sujet, note à l'occasion de la déposition de M. C. Pelle- 
tan. 



- 42 - 

procès par M. Kern, ingénieur civil (i), et par Gar— 
NIER. Pas celui qui est témoin (2). 

M. Camille Pelletan, député. 

M° Laguerre. — M. G. Pelletan a été le premier 
qui ait parlé des faits de la semaine de mai. Je vais 
prier M. G. Pelletan de faire connaître aux jurés ce 
qu'il sait des Gours martiales et de celle de la rue des 
Fourneaux. 

Le Témoin. — Je ne désire à aucun degré, en ce 
moment, juger les événements de 1871, je ne suis pas 
là pour cela, mais d'un autre côté, si je dois me borner 
aux faits de la rue des Fourneaux, ce que je puis dire, 
c'est que c'est une des nombreuses Gours martiales ou 
prévôtales dont on a constaté l'existence. J'ai fait des 
recherches, non pas dans un but politique, mais dans 
un but d'apaisement et pour amener la grande mesure 
de l'amnistie. Ce qui m'a beaucoup frappé dans ces 
recherches, ce sont ces sortes de tribunaux, de Gours 
martiales, de Gours prévôtales qui sont installéesd'une 
façon improvisée sur tous les points de Paris. Il y avait 
un grand nombre d'exécutions sommaires; on en est 
venu, plus tard, à faire une espèce de triage des prison- 
niers pour savoir ceux qu'il fallait fusiller et ceux qu'on 
enverrait à Versailles. Ça a été l'œuvre de ce qu'on a 



(i) M. Kkrn, ingénieur civil, consulte par M. Dklamarche a affirmé n'avoir 
jamais tenu ce propos. 11 lui aurait été difficile de parler du rôle de 
M. Dëlamarchë pendant la Commune, attendu quMl a quitté Paris aussitôt 
après la guerre. 

(2) De quel G ARMER s'agit-il alors? 



- 43 - 

appelé les Cours martiales. Il y avait un grand nombre 
d'arrestations pour des causes politiques. 

Il y en avait aussi, comme en tout temps de révolu- 
tion, pour des motifs privés et des haines. Bien des 
gens cherchaient à se débarrasser des personnes qui 
les gênaient. Tous ces prisonniers étaient amenés 
devant un seul juge. Le plus grand nombre furent cer- 
tainement fusillés à bref délai, dans un endroit peu 
éloigné. Je n'ai jamais pu savoir, et cela paraît être 
important dans le cas actuel, si ces sortes de tribunaux 
qui ont disposé si longtemps de la vie des citoyens 
avaient un caractère officiel à un degré quelconque. Je 
crois pourtant que oui, mais d'une façon inavouée. Il 
n'est pas douteux que ces Cours martiales ont été ins- 
tituées par le commandement militaire (i). D'autre 
part, les agents de la préfecture de police envoyaient 
certaines personnes à ces Cours martiales. Ce qui est 
certain, c'est que jamais elles n'ont été officiellement 
avouées parce, qu'elles n'étaient pas officiellement 
avouables. J'ai eu l'occasion de voir beaucoup de per- 
sonnes qui avaient eu un des leurs frappé par une de 
ces Cours martiales. Celle de la rue des Fourneaux 
était dans le cas de toutes les autres. 

M^ Laguerre. — Est-ce M. le docteur Robinet qui 
vous a renseigné? 

(1) M. le général Levassor-Sorval, prié de faire connaître qui comman- 
dait la Cour martiale du boulevard des Fourneaux, ressortissant de son 
commandement, a fait la déclaration suivante: 

Aix, le 20 octobre 1885. 

« Ma divLHon avait la prévôté réglementaire, Vofftcier de gendarmerie. » 

« Général Le Vassor-Sorval. 



- Vi - 

Le Témoin. — Mes souvenirs sont bien loin, j'avais 
tous mes dossiers mais il me serait très difficile de re- 
trouver ces témoignages. Je crois qu'il y a eu un rôle 
joué par deux éléments: l'armée arrivant du champ de 
bataille, et puis une certaine classe d'hommes qui a 
figuré dans cette période et qui ont toujours été triste- 
ment appréciés par tous les partis, par toute la presse 
de toutes les nuances et même par la presse étrangère, 
le Times ^ entre autres. Je veux parler de ceux qu'on a 
appelés les gardes nationaux à brassards, c'est-à-dire 
de ceux qui ont reconstitué une sorte d'état-major de 
la garde nationale à Versailles. 

M. LE Président. — Vous admettez bien que si on 
peut quelquefois conclure de faits particuliers au gé- 
néral, on ne peut jamais conclure du général au par- 
ticulier? 

Le Témoin. — Parfaitement, et je dois déclarer que 
je ne connais rien de la conduite de M. Delamarche, 
dont j'ignorais même le nom avant d'entrer dans cette 
salle d'audience (i). 



(I) La déposition de M. C. Pem-etan ne pouvait avoir aucune valeur ju- 
ridique dans le litige, puisque l'honorable député a déelaré avoir entendu 
prononcer le nom de M. Delamarche pour la première fois en entrant à l'au- 
dieiwe. Mais, nar sa généralité même, elle touche à une question histo- 
rique qu'il est intéressant d'élucider ici, celle des personnes munies de 
brassards lors de la rentrée de l'armée, ce que nous allons essayer de faire 
en complétant les renseignements fournis à ce sujet par M. C. Pelletan. 

Tout d'abord il n'y avait pas, à la rentrée des troupes dans Paris, qu'un 
seul élément muni de brassards, ainsi que cela paraîtrait ressortir del la 
déposition de l'honorable député, mais bien deux. 

D'une part, les officiers ou gardes nationaux qui, au 18 mars, avaient 
refusé do s'associer au mouvement insurrectionnel et qui, pour ce motif, 
avaient dû quitter Paris. Parmi eux se trouvaient presque tous les officiers 
supérieurs de la garde nationale pendant le sii*ge et un certain nombre 
d'officiers subalternes, tous nommés à l'élection par un vote légal. 

Ce sont ces officiers qui, investis d'un mandat régulier, furent désignés, 
vers la fin d'avril, par le gouvernement national, pour reconstituer la partie 
essentielle des cadres de la garde nationale. 

La suppression de cette garde civique n'entrait pas, en ce moment, dans 



- 45 - 

Goullé, réfugié à Londres après la Commune, 
rédacteur da-Cri du Peuple (i). 

M. LE. Président. — Voulez- vous nous faire con- 
naître ce que vous savez sur l'existence de la Cour 



les mes du chef du pouvoir exécuUf, M. Thiers, qui tenait beaucoup à cette 

institution. On sait en effet que ce n'est qu'après la bâtai lie des liuit jours, sur 

les instances des généraux et après un rapport fait à l'Assemblée nationale 

par le général Chanzy, que la garde nationale fut supprimée le 8 juin 1871. 
Ces gardes nationaux étalent pour la plupart, d^anciens militaires, ils 

appartenaient, sauf de rares exceptions, à l'opinion républicaine ; c'était le 
cas, notamment, des officiers du X.1V* arrondissement. Portant le même 
uniforme que les fédérés, ils furent munis d'un brassard au timbre de Vélat- 
mëjûr, afin d*éyiter des malentendus et des conflits avec la troupe. 

As avaient pour mission de réorganiser, dans leurs arrondissements rcs- 
])ectifs, lei services administratifs, en attendant la réinstallation des muni- 
cipalités. 

Ils devaient en outre réorganiser la garde nationale, non pas seulement 
avec les citoyens qui avaient pu se soustraire au service de la Commune, 
mais aussi avec ceux qui avaient été incorporés dans les bataillons fédérés^ 
par nicessiU, entratnement ou contrainte. Non seulement tous ces hommes 
devaient être accueillis avec une indulgence entière, mais ils devaient être 
mis en solde jusqu'à la reprise du travail ; tout cela a été fait au XIV* 
arrondissement, sous la réserve qu'au lieu d'argent, qu'on n'avait pas, ce 
sont des bons de vivres, pain et viande, qui ont été donnés aux gardes néces- 
siteux et à leurs familles. 

En résumé donc, les gardes nationaux à brassards avaient une mission des 
plus honorables à remplir, purement locale et surtout administrative; leur 
action devait être toute conciliatrice. Voir à ce sujet l'ordre de service de 
M. Delamarche, la plaidoirie de M* A. Ledru sur cette partie, les déposi- 
tions Héligon, Crochet, Roggen, Finsterwald, Ricard, Ancelet, etc., ei aux 
documents ce qui est relatif aux distributions de vivres, page 224 à 228. 

Le deuxième élément était formé par des agents de police en bourgeois 
munis de brassards au timbre de la préfecture de police. 

Ces agents, restés à Paris après le 18 mars, savaient parfaitement ce qui 
s*y était passé pendant la Commune, ce gu'ignoraient absolument les gardes 
nationaux réfugiés à Versailles au lendemain du mouvement. 

Ce sont ces agents qui, en exécution de leurs devoirs professionnels, que 
nous n'avons pas à apprécier ici, étaient h la disposition des troupes, pour 
le service de police. 

Il n'y eût jamais nulle relation, nulle connexion, du moins au XIV* arron- 
dissement, entre ce service et celui des gardes nationaux. Bien loin de là, 
car ce sont ces agents qui surveillèrent M. Delamarche et son détachement 
le 23 mai. — Voir la déposition Fribourg, — c'est l'un d'eux qui vint 
arrêter M. Delamarche à la mairie, le 9 juin. — Voir la déposition Finster- 

WALD. 

(1) M. GoDLLÉ est Pun des agents que le Cri du Peuple envoya dans le 
XlV* arrondissement, pour recueillir des plaintes et des témoignages contre 
M. Delamarche. 11 fut aussi Pun des orateurs d'une réunion publique tenue 
le 1" décembre, organisée à l'effet de provoquer des dénonciations contre 
M. Delamarche. Voir plaidoirie de M* Ledru, page 119, et pièces justifica- 
tives, page 232. 



~ 46 - 

martiale des Fourneaux, et sur le rôle qu'a jou^ 
dans cette Cour martiale, M. Delamarche. 

GouLLÉ. — J'ai passé plusieurs jours à faire une 
enquête dans le XIV* arrondissement, et j'ai tout 
d'abord constaté une chose singulière : c'est l'influence 
qu'a M. Delamarche dans cette partie de Paris. Je me 
suis heurté à des gens qui ne voulaient pas parler. 
D'autres ont consenti à répondre, mais en faisant cette 
restriction: «Ne me nommez pas; ma situation en 
serait compromise. » Le nom de M. Delamarche fait 
encore aujourd'hui une impression de crainte. Voici 
quelques-uns des faits qui m'ont été racontés. Un 
nommé Wolff était employé à la mairie à inscrire les 
décès, les mariages et les naissances. Le 25 mai, il 
reçut un billet signé Delamarche le convoquant à la 
mairie pour rendre ses comptes. Wolff y alla, il 
trouva le sieur Héligon qui le mit en état d'arrestation. 
On entend souvent dans le XIV*' arrondissement 
joindre ces deux noms: Héligon l'ancien membre de 
l'Internationale passé à la réaction, et Delamarche, 
républicain exagéré pendant le siège et revenu de 
Versailles allié des fusilleurs. 

Le Président. — Pouvez-vous préciser. Vous dites 
que M. Wolff était employé à la mairie et qu'il fut 
appelé à rendre des comptes. A quelle époque? 

GouLLÉ. — Le 2^ mai. J'ajouterai que M™° Wolff, 
inquiète de son mari, se mit à sa recherche, elle voulut 
voir M. Delamarche pour obtenir sa signature. Elle 
avait entendu dire que c'était un personnage influent. 
Après plusieurs démarches, elle n'obtint que cette 
réponse: « Je ne puis rien dans l'affaire! » Comme 
cette femme s'indignait, un lieutenant ou sous-lieute- 



— 47 - 

nant vint à côté d'elle, il se nommait Mollard: « Ma- 
dame, lui dit-il, taisez-vous, soyez prudente: ici ce 
n'est pas la terreur rouge, mais la terreur blanche (i)! » 

M* Laguerre. — M. GouLLÉ a-t-il entendu dire 
quelque chose du sieur Cartigny? 

GouLLÉ. — M. Cartigny a vu M. Delamarche, le 
2) mai, accompagnant un détachement versaillais, il 
avait le revolver au poing. Ce fait, que je connaissais 
déjà, a été affirmé devant une réunion publique de 
1,500 citoyens, tenue cette semaine (2). 

Je voudrais citer encore un fait. Rue Boulard, il y 
avait une espèce de bureau où l'on appelait les gardes 
nationaux nécessiteux, ceci après que les versaillais 
étaient arrivés. Les gens naïfs venaient. On inscrivait 
leurs noms sur des listes que l'on envoyait à la mairie. 
Elles revenaient le lendemain avec des marques à 
l'encre rouge. Les malheureux ainsi désignés étaient 
arrêtés (3). 

M. LE Président. — Vous avez entendu dire cela, 
monsieur? 



(i) M"* WoLLF avait été signifiée comme témoin ; il est à remarquer 
qu'elle ne s'est pas présentée à Taudience, pas plus que MM. Cartigny et 
Lapirot dont il est parlé plus loin et qu'il eût été intéressant d'entendre à 
la barre du tribunal sur tout cela, au lieu et place d'un rédacteur du Cri du 
Peuple. 

Ces trois personnes sont inconnues à M. Delamarche. Lapirot n'a laissé 
aucun souvenir de lui parmi les volontaires. Il ne figure pas sur la liste 
des volontaires prisonniers à Versailles. Voir pièces justificatives, page 222. 

(2) Voir sur cette réunion, qui a tourné à la confusion des organisateurs, 
plaidoirie de M' A.' Ledru, pages 119-120. 

(3) Les registres sans marques ni croix rouges ont été produits à l'audience. 
Voir à ce sujet plaidoirie de M' A. Ledru, page 114 et déposition Roggen, qui 
tenait ces registres, sur interpellation de M' Lacuerre, page 47. 



— 48 - 

GouLLÉ. — Oui, formellement. Encore un autre 
fait : un nommé Lapirot, qui avait été parmi le^ volon- 
taires de Montrouge, fut fait prisonnier avec ce batail- 
lon, le 4 avril, au plateau de Châtillon. Il était sous les 
ordres de l'héroïque Duval. Les anciens volontaires 
furent donc parmi les premiers prisonniers qui arri- 
vèrent à Versailles. Delamarche se présenta accom — 
pagné du fameux colonel Gaillard, demanda qu^ 
ceux qui avaient servi sous ses ordres, dans le XIV"^ 
arrondissement sortissent des rangs. Quelques impru — 
dents s'avancèrent. Ces citoyens-là, on ne les a jamais 
revus, ni à la déportation ni à Paris. On a toujours cru-« 
et on croit encore qu'ils ont été fusillés (i). 

M* A. Ledru. — Vous êtes rédacteur du Cri du 
Peuple? 

GouLLÉ. — Oui, monsieur. {Sourires dans Vaudi^ 
foire,) 

Alphonse Humbert, ancien déporté, journa- 
liste. 

M. LE Président. — Que savez-vous de l'existence 
de la Cour martiale du boulevard des Fourneaux et du 
rôle qu'y a joué M. Delamarche? 

A. HuMBERT. — M. Delamarche, en 1881, faisait 
partie d'un comité qui combattait ma candidature, 
lorsque cette accusation a été produite contre lui, il 



(1) Voir sur les prisonniers de Versailles dépositions de Sébourque, l'un 
d'eux, et de M"* Mettau et aux documents, correspondance de M. Dela- 
marche avec ces prisonniers et leurs familles, ainsi que la liste des prison- 
niers au nombre de plus de 40 et qui tous ont été renvoyés en ordonnance 
de non-lieu, pages 219 ù 222. 



~ 49 - 

/ait peu de sympathie dans la population ouvrière de 
iontrouge. Il a eu une polémique avec V Intransigeant 
ii l'impression qui me reste à cet égard est que 
M. Delamarche se défendait peu. 

M. LE Président. — Avez-vous entendu préciser 
quelques faits? 

HuMBERT. — Oui, il s'agit de faits qui ont été portés 
â la tribune des réunions publiques, de beaucoup de 
faits très différents les uns des autres: je les ai oubliés. 
Je puis dire cependant de M. Delamarche qu'il s'était 
acquis une popularité antipathique. A la suite de la 
polémique engagée awecV Intransigeant, il me semble 
que si M. Delamarche avait eu des faits à réfuter, il 
n'y aurait pas manqué (i). 

M* Laguerre. — Le journal {^Intransigeant avait en 
1881, publié contre M. Delamarche les mêmes atta- 
ques que le journal le Cri du Peuple. Vous étiez rédac- 
teur de Y Intransigeant^ il n'a pas été poursuivi par 
M. Delamarche? 

HuMBERT. — Non. 

M* Laguerre. — Il y avait notamment, dans les 
articles de Y Intransi géant y un passage le désignant 
comme chef de la prévôté en 1871. 

HuMBPRT. — Je ne me rappelle pas; mais je sais 
que les accusations sont les mêmes. 

M* Laguerre. — Je désire que le témoin fasse con- 



(1) Les souvenirs du témoin sont en effet assez effacés. Voir aux documents 
page S38, les cinq lettres que M. Delamarche écrivit à V Intransigeant^ du 21 
décembre 1881 au 5 janvier 1882, la dernière par ministère d*huis$ier. A ce 
sujet, voir aussi plaidoirie de Bl* A. Ledku, page 96. 

5 



- 50- 

naître ce qu'il sait co» •cernant les Cours martiales ecr 
général. 

HuMBERT. — Les Cours martiales tuaient à peu près 
tout ce qui se présentait devant elles, il n'y a que des 
très rares survivants qui ont été sauvés par le ^hasard; 
il est donc assez difficile de préciser quel fut leur fonc- 
tionnement. J'ai eu l'occasion de rencontrer un homme 
qui a été bien placé pour me fournir des renseigne- 
ments. Il m'a raconté les faits les plus épouvantables. 

Voici un fait relatif à la Cour martiale du Luxem- 
bourg: 

L'affaire des pompiers... 

A ce point de sa déposition, M. le Président 
interrompt le citoyen Humbert. 

« Ces faits, dit-il, sont étrangers au procès. » 

M« Laguerre. — M. Pelletan a fait connaître à 
Messieurs les jurés quel était le rôle des officiers de 
l'état-major de la garde nationale, je désire que M. 
Humbert veuille bien s'expliquer sur les faits parti- 
culiers. J'ai posé à M. Pelletan une série de ques- 
tions sur le fonctionnement des Cours martiales, il me 
paraît impossible que vous puissiez sur les mêmes 
faits refuser un témoignage. 

En présence du refus de M. le Président de 
laisser continuer la déposition du citoyen 
Humbert, sur des faits étrangers au procès, 
M« Laguerre dépose des conclusions. 

La Cour en délibère en chambre du conseil. 

Elle revient avec un arrêt déclarant que la 



- 51 - 

îiiestion relative à la Cour martiale du Luxem- 
bourg et aux Cours martiales en général, ne 
portant pas sur le fait litigieux, ne sera pas 
posée. 

Mf Laguerre. — Je n'ai pas parlé de la Cour du 
Luxembourg. 

M. LE Président. — L'arrêt. est rendu. 

Puis, s'adressant à M. Humbert. 

— Avez-vous quelque chose à dire sur la Cour mar- 
t.iale du boulevard des Fourneaux et sur le rôle qu'y 
aurait joué M. Delamarche? 

Le Témoin. — Non, monsieur. 

Le Président. — Veuillez vous retirer. 

Refauvelety ancien marchand de vins. 

Arrêté le 24 mai, j'ai été conduit au boulevard des 
Tourneaux; je n'ai eu affaire qu'à un brigadier de gen- 
darmerie. Je ne connais pas M. Delamarche, je ne 
sais pas si c'était lui. {Rires dans V auditoire,) 

On m'avait accusé d'avoir voulu faire sauter la 
mairie; sur trois que nous étions, deux ont été fusil- 
lés, j'ai échappé. 

Dourlanty docteur-médecin. 

Je ne sais rien en ce qui concerne spécialement 
M. Delamarche ou la rue des Fourneaux. En mai, 
j'étais à l'ambulance de la rue du Temple, je ne sais 
dono que des faits généraux. 



- 52 - 

M. LE Président. — La Cour vient de décider 
qu'elle n'entendrait plus les dépositions sur des faits 
généraux étrangers à la cause. 

La liste des témoins cités à la requête du Cri 
du Peuple étant épuisée, l'audience est sus- 
pendue pendant un quart d'heure. 

Témoins cités par M. Delamarohs 

A la reprise, on entend les vingt-trois témoins 
cités par M. Delamarche qui tous ont répondu 
à l'appel de leurs noms. 

M. Sébourque, typographe, ex-prisonnier à 
Versailles et aux pontons, ex-fourrier aux volontaires. 

Au i8 mars, j'étais l'antagoniste déclaré de M. Delà- 
marche qui a refusé de servir la Commune. 

Mais je dois déclarer que sa conduite n'a jamais 
cessé d'être très digne à notre égard; j'ai été arrêté le 
4 avril au plateau de Châtillon ; M. Delamarche est venu 
nous voir en prison à Versailles pour nous secourir. 

Il m'a fait rendre une petite somme qui m'ayait été 
prise; il a donné de nos nouvelles à nos familles. Je le 
sais, car quelques jours après, nous l'apprenions par 
les lettres que nous recevions. 

Dès qu'il a appris l'arrestation de plusieurs d'entre 
nous, il a fait des démarches pour obte.nir leur libéra- 
tion. Il n'y a pas eu de réunion du bataillon des vo- 
lontaires le i8 mars; c'est le 13 ou 14 qu'elle a eu lieu. 



- 53 - 
M™® MettaUy marchande des quatre saisons. 

Le témoin est visiblement troublé ; elle dit : 

Je suis allée à Versailles voir M. Delamarche avec 
plusieurs autres femmes, pour avoir des nouvelles de 
nos enfants ou de nos maris pris à Châtillon. 

M. Delamarche s'est employé pour nous; il m'a fait 
voir mon fils blessé à l'hôpital. Je n'oublierai jamais 
que c'est à lui que je dois de l'avoir embrassé avant sa 
mort. 

M. LE Président. — A quel moment votre fils est-il 
mort, est-ce avant ou après la rentrée des troupes? 

R. — Il est mort à Versailles au mois de mai (i). 

M. Achille Baudouin, ancien fabricant, ancien 
conseiller municipal. 

M. Delamarche a fait preuve de beaucoup d'huma- 
nité ; il a fait ce qu'il a pu eh faveur des fédérés. Pour 
cela, M. Delamarche, après 1871, était suspecté par la 
municipalité et l'autorité; on le considérait comme 
communaliste et il avait à en souffrir à son adminis- 
tration. 

J'ai fait une démarche avec lui auprès du préfet, 
M. Say, pour rendre témoignage de son humanité et 
de son attachement à l'ordre. 

Je suis allé avec lui chez le préfet de police pour 



(1) M"' Mettau avait ses deux fils prisonniers et blessés. Us étaient soignés 
dans la salle des consignés à l'hôpital Saint-Louis à Versailles. L'un des 
deux s'est proniptement rétabli, l'autre a succombé aux suites de ses bles- 
sures. 

5. 



- 54 — 

essayer d'empêcher Texpulsion hors du territoire de 
deux personnes, dont le nom flamand m'échappe. 

M* A. Ledru. — N'est-ce pas Roggen? 

R, — Oui, c'est cela je crois, Roggen. 

M. Faivre, dentiste, ex-capitaine de la garde 
nationale. 

Je puis affirmer que M. Del am arche n'était pas 
prévôt aux Fourneaux; c'était un lieutenant de gen- 
darmerie. Je le sais, car je suis allé réclamer plusieurs 
prisonniers à cet officier. Je suis parti de Versailles le 
lundi 22 mai avec M. Delamarche, vers onze heures; 
nous sommes arrivés à l'École militaire vers quatre 
ou cinq heures et nous y avons couché. 

Le 23 mai nous sommes allés vers la chaussée du 
Maine et j'ai pu rentrer chez moi. 

Le lendemain 24, j'ai rejoint M. Delamarche à la 
mairie; à partir de ce moment, il s'est occupé de 
reconstituer la garde nationale, du service d'ordre et 
de distributions de secours aux gardes nationaux néces- 
siteux.. 



M. Lemonnier, propriétaire, ancien fourrier 
d^ordre aux volontaires. 

M. le Président. — Veuillez nous dire ce que vous 
savez des faits imputés à M. Delamarche. 

R. — Le lundi 22 mai nous avons quitté Versailles 
vers dix heures et demie, nous sommes entrés à Paris 
par la porte d'Auteuil et nous nous sommes rendus au 
château de la Muette, où était provisoirement installé 



-55- 

c: l'état-major de la garde nationale, nous sommes en- 
suite partis pour l'Ecole militaire où nous avons 
couché. 

Le lendemain matin, mardi, nous nous sommes diri- 
gés vers le XIV* arrondissement, mais nous n'avons 
pu dépasser le pont du chemin de fer sur la chaussée 
j du Maine et nous avons dû demeurer toute la 
journée au boulevard des Fourneaux. Dans le courant 
de cette journée, j'ai accompagné M. Delamarche à la 
prévôté en question, où nous avons été reçus par un 
officier de gendarmerie qui commandait cette prévôté. 
xM. Delamarche a fait sortir, sur un mot à lui donné 
par le général L^vassor-Sorval, les sieurs Roggen 
père et fils, qui étaient parmi les prisonniers. Nous 
avons encore couché le soir à l'École militaire 
et le lendemain matin vers six heures, nous nous 
sommes de nouveau dirigés vers le XIV'' arrondisse- 
ment; la chaussée du Maine étant alors libre, nous 
avons pu nous installer à la mairie. 

J'affirme que pendantces deux jours je n'ai pas quitté 
un instant M- Delamarche et que je ne l'ai jamais vu 
s'immiscer en quoi que ce soit dans les affaires de la 
Cour martiale. 



M. Fribourg, journaliste, ancien sous-officier 
aux volontaires de Montrouge. 

M, le Président. — Dites ce que vous savez de 
l'affaire? 

Le Témoin. — Je connaissais M. Delamarche depuis 
1852, et la droiture de son caractère, dans toutes les 
circonstances où il s'était trouvé ne s'est jamais dé- 



-56 - 

mentie. Cesl pourquoi j'ai tenu à servir sous ses ordre 
pendant la guerre. 

Pendant toute la durée de son commandement, je 
l'ai vu sans cesse préoccupé du bien-être des hommes 
placés sous son autorité. Ayant refusé de s'associer ai 
mouvement du i8 mars, il rejoignit à Versailles l'ad- 
ministration de l'octroi dont il faisait partie. 

Le dimanche 2 1 mai, nous étions au château du Bel- 
Air, près de Bièvre ; c'est là que nous avons appris 
l'entrée des troupes dans Paris. 

Le 22 mai, nous avons quitté Versailles vers dis 
heures et-demie, nous sommes entrçs à Paris par h 
porte d'Auteuil. Vers deux heures, nous étions à la 
Muette. Nous avons traversé Passy et Grenelle 01 
nous avons remarqué l'absence de toute organisatior 
municipale. 

Nous étions sans armes. 

Le soir, nous sommes arrivés à l'École militaire ver 
cinq heures et nous y avons couché. Le 23 au matin 
nous nous sommes dirigés vers le XIV'' arrondissement 
pour y réorganiser, suivant les ordres reçus, les ser 
vices administratifs, mais nous n'avons pu y pénétrer 
Nous avons dû stationner sur le boulevard des Four 
neaux où depuis la veille fonctionnait une prévôté. 

Nous sommes restés toute la journée chez un mar 
chand de vins tenant hôtel garni. 

Nous avions si peu d'autorité sur les prisonniers e 
les opérations militaires, que l'on nous faisait épier, e 
comme les fusillades que Ton entendait de temps 
autre nous faisaient tressauter et nous arrachaient d< 
pénibles réflexions, on aposta dans la salle où nou 
nous tenions, avec des officiers de l'armée, de 



- 57 — 

hommes en civils, des agents' de police simulant 
Pivresse, pour nous surveiller. 

C'est dans ces circonstances que Delamarche apprit 
que deux de ses volontaires, Roggen père et fils, 
étaient à la Cour martiale parmi les prisonniers. 

Il courut aussitôt pour les faire relâcher et ce n'est 
qu'après des démarches multiples, ce qui prouve en- 
core son peu d'autorité, qu'il obtint du général Le- 
Vassor-Sorval, Tordre écrit de leur élargissement 
Sous sa responsabilité à lui, Delamarche. 

J'ai retrouvé ce papier et je l'ai remis à Dela- 
marche. Je ne l'ai pas quitté et c'est pour sauver la vie 
à ces deux hommes, qu'il est allé cette seule et unique 
fois à la prévôté. Le soir nous avons encore couché à 
l'École militaire et le lendemain 24, à six heures du 
matin, Delamarche était à la mairie, où il s'occupa 
aussitôt avec le maire, des services administratifs. Il 
groupa les gardes nationaux pour faire un service 
d'ordre. Il s'occupa des prisonniers pour les faire 
relaxer et il se montra si large dans cette partie de son 
rôle, il fut si généreux de certificats, qu'il devint sus- 
pect et eût à subir de ce chef de nombreux désagré- 
ments. 

Il ne faut d'ailleurs pas connaître Delamarche 
pour le croire capable de cojnmettre les actes que 
le Cri du Peuple lui reproche. 

M. Lesplnasse, fondeur en caractères, capitaine 
adjudant-major au 26^ régiment territorial. 

Je suis parti de Versailles avec M. Delamarche le 
lundi 22 mai vers dix heures et demie du matin, nous 
sommes arrivés à la Muette, vers deux heures de 



- 58 - 

l'après-midi, d'après les ordres reçus, nous avons été 
envoyés à l'École militaire où nous sommes arrivés 
vers cinq heures et où nous avons couché. 

Le lendemain 23, vers cinq heures du matin, nous 
sommes allés boulevard des Fourneaux où* nous 
sommes restés toute la journée, ne pouvant aller plus 
loin, en nous mettant à la disposition du général Le- 

VASSOR-SORVAL. 

Il y avait une prévôté installée, sous les ordres d'un 
lieutenant de gendarmerie, sur le boulevard, Nou^ 
sommes retournés coucher à l'École militaire. 

Le mercredi 24, nous sommes partis à quatre heures 
du matin pour la mairie du XIV'' arrondissement. Je 
n'ai vu dans ces deux journées, M. Delamarche pré- 
sider ni s'occuper d'aucune prévôté, ne l'ayant pas 
quitté un seul instant. 

En qualité d'adjudant de bataillon, je suis allé dans, 
la journée du 24, le matin et le soir à la prévôté du 
boulevard des Fourneaux, remettre des listes pour 
faire sortir les malheureux qui se trouvaient là; ces 
Hstes étaient signées par M. Delamarche et par 
M. Héligon, maire du XIV* arrondissement. 

En une seule fois, j'en ai fait ainsi sortir une tren- 
taine. Le nommé Vansart m'a remplacé dans ce 
service les jours suivants. 

M. Roggen, ex-fourrier aux volontaires de 
Montrouge (guerre et Commune) exilé après les évé- 
nements. 

M. le Président. — Dites ce que vous savez. 
R« — J'ai été arrêté le 23 mai à six heures du matin 
avec mon fils et conduit à la prévôté des Fourneaux, 



- 59 - 

où j'ai été reçu par un brigadier de gendarmerie; 
réuni aux prisonniers, j'attendais ce que l'on allait 
décider de nous. 

Vers trois heures, M. Delamarche, accompagné de 
MM. NoizET, Lemonnier et Chaboud-Mollard, entra 
et s'adressant à nK>n iils et à moi, nous demanda com- 
ment il se faisait que nous étions là. Je répondis que 
nous avions été dénoncés. 

M. Delamarche alla alors trouver le général Levas- 
soR-SoRVAL et revint bientôt avec un ordre d'élargis- 
sement sous sa responsabilité personnelle. 

Il le présenta au chef de la prévôté, un lieutenant 
de gendarmerie, qui nous laissa partir. 

M. Delamarche nous donna rendez-vous pour le 
lendemain à la mairie où je me rendis à huit heures et 
où je fus employé à distribuer des bons de vivres 
aux gardes nationaux nécessiteux. 

M" Laguerrè. — Le témoin a-t-il fait partie de la 
Commune? 
R. - Oui ! 

M* Laguèrre. — N'avez-vous pas participé à l'arres- 
tation d'un commissaire de police le 1 8 mars ? 

R. — Non, j'étais au rapport au moment de son 
arrestation. 

M* A. Ledru. — Garnier a dit qu'un fourrier et un 
sergent-major, relâchés par M. Delamarche, étaient 
venus à la barricade des Quatre-Chemins. M. Roggen 
a-t-il été à cette barricade? 

RoGGEN. — Non, je suis rentré chez moi après ma 
mise en liberté. 

M" A. Ledru prie M. le Président de rappeler 
Garnier. 



- 60 - 

Garnier s'approche de la barre. 

M* A. Ledru. — Garnier reconnaît-il M. Roggen? 

Garnier. — Je connais le témoin, misiîs ce n'est pas 
lui qui est veilu à la barricade des Quatre Chemins; 
c'était un sergent-major accompagné d'un sergent- 
fourrier. 

Roggen. — J'étais sergent-fourrier et mon fils 
sergent-major. 

Garnier. — J'ai vu M. Roggen au poste de la mairie 
le 17 juin. Il était accompagné d'un autre, et tous deux 
se réclamaient du colonel Delamarche. Le brigadier 
leur a répondu: « C'est lui qui a donné ordre de vous 
arrêter. » 

Roggen, — Il est vrai que, ayant été arrêté pour la 
seconde fois le 17 juin, avec mon fils, nous avons été 
conduits au poste. Nous nous sommes réclamés du 
colonel Delamarche, et un sergent de ville nous a dit: 
Tous les prisonniers invoquent le nom du colonel 
Delamarche. Mais personne ne nous a dit que c'était 
lui qui nous avait fait arrêter. Ce n'était pas vrai. 
Quelques jours après, M. Delamarche fit encore des 
démarches et nous fit mettre de nouveau en liberté^ 

Garnier. — A quel bataillon appartenait M. Roggen? 

Roggen. — Au 103*^ d'abord et aux volontaires 
ensuite. 

Garnier. — Ah ! 

Sur l'invitation de M. le Président, Garnier 
se retire. 

M* Laguerre, s*adressant à Roggen. — Et vous 



- 61 — 

étiez libre, alors que vos compagnons d'armes étaient 
en exil ou déportés? 

R. — Oui, pendant huit mois et après trois arres- 
tations sur dénonciations, mais, poursuivi de nouveau, 
je fud* exilé pour avoir participé à la fondation de la 
Bibliothèque. 

M* Laguerre. — le témoin n'est-il pas d'origine 
étrangère ? 

R. — Oui, mon père était Belge, mais avait servi la 
France, et si j'avais eu les moyens pour faire valoir 
mes droits, je serais Français. (Marques d'assentiment 
du président.) 

M* Laguerre, rappelant le témoin qui se retire. — 
N'avez-vous pas connaissance que des croix rouges 
étaient portées en regard de certains noms sur les 
registres de secours. 
, R. — C'est inexact. 

M* Laguerre. — Comment le savez-vous? 

R. — Je le sais bien, c'est moi qui tenais les re- 
gistres. 

M. Louis Roty, ex-caporal aux volontaires de 
Montrouge (guerre et Commune), prisonnier sT la 
prévôté des Fourneaux et sur les pontons. 

M. LE Président. — Dites ce que vous savez. 

Le Témoin. — J'ai été arrêté le 23 mai 1871, vers 
cinq heures du matin, conduit au boulevard des Four- 
neaux, j'ysuis resté jusqu'à sept heures du soir. Versles 
deux heures de l'après-midi, j'ai vu entrer M. Dela- 
marche accompagné de deux autres personnes, il n'est 
pas resté plus de dix minutes, il a fait mettre en liberté 

6 



- 62 - 

MM. RoGGEN père et fils est parti avec eux et n'a plus 
reparu aux Fourneaux. J'ajoute qu'à cet égard, aucun 
doute n'est possible, placés comme nous l'étions, squs 
le hangar, nul ne pouvait entrer ou sortir sans être vu. 

C'était un lieutenant de gendarmerie qui interrogeait 
les prisonniers et qui est resté là toute la journée. 

Il est absolument certain que M. Delamarche n'y a 
pas été le lendemain ni les jours suivants, attendu que 
ma mère s'est présentée à la mairie du XIV* arron- 
dissement, qu'elle s'est adressée à lui dans mon intérêt 
et que si M. Delamarche n'a rien pu faire pour moi, 
c'est que j'étais déjà à Versailles. 

J'ai été envoyé sur les pontons où je suis resté huit 
mois, six mois à bord de VAube, et deux mois à bord 
de VAusterlit^, Je n'ai jamais entendu dire de mal de 
M. Delamarche, bien au contraire, je me souviens 
même très bien que beaucoup de nos camarades di- 
saient: 

« Je ne resterai pas longtemps, j'espère, car M. De- 
lamarche s'occupe pour moi. » 

M. Jean Pouyet, coutelier. 

M. le Président. — Connaissiez-vous M. Dela- 
marche? 

R. — J'ai connu M. Delamarche comme un des 
fondateurs de la Société coopérative de consommation 
dans le XIII* arrondissement. 

M. LE Président. — Dites ce que vous savez. 

R. — Vers la fin du mois de mai 1871, j'ai couru le 
plus grand danger d'être arrêté et pis encore; un 
homme, ayant pris un pouvoir insurrectionnel, avait 



- 63 - 

élu domicile dans rétablissement national des Gobe- 
lins ; à l'approche des troupes, après l'incendie de cet 
établissement, cet homme avait disparu, mais pour mon 
malheur, avait laissé son nom, presque semblable au 
mien. Comme j'habitais le quartier depuis quinze ans, 
lés recherches devaient fatalement conduire à mon 
domicile. 

M. LE Président. — Vous avez été arrêté? 

R. — Non, monsieur, mais je le dois aux démarches 
que je faisais pour chercher mon fils, qui était dans 
l'armée de Paris. 

C'est en rentrant que j'ai appris ce qui me menaçait. 
J'ai aussitôt prié M. Delamarche, commandant supé- 
rieur des gardes nationales du XIV'' arrondissement, 
de venir avec moi à la prévôté des Gobelins, ce qu'il 
a fait de suite, afin de m'aidera constater mon identité. 

M. le Président. — La prévôté des Gobelins n'est 
pas en cause. 

R. — Pardon, c'était à celte prévôté du XI 11*^ arron- 
dissement que je devais faire les démarches. 

Malgré ces constatations je devais pendant plusieurs 
mois encore subir de nombreuses perquisitions, de 
grands ennuis. C'est par de nouvelles démarches faites 
par M. Delamarche à la préfecture de police que j'ai 
dû de ne plus être inquiété. 

M" A. Ledru. — N'avez-vous pas entendu dire par 
des personnes venant de la Nouvelle-Calédonie que 
des déportés avaient été malveillants pour M. Dela- 
marche? 

R. — En effet, un déporté accusait M. Delamarche; 
ses camarades lui reprochèrent d'attaquer celui auquel 
il devait la réduction de sa peine. 



~ 64 — 

M* A. Ledru. — Connaissez-vous le nom de ce 
déporté ? 
R. — Kayl, 



M. Gourlot, chef de dépôt des omnibus, boule- 
vard de Vaugirard, ancien boulevard des Fourneaux. 

Je ne connaissais pas M. Delam arche avant ce 
procès; à la rentrée des troupes, j'en ai logé beau- 
coup dans le dépôt, avec le général Levassor-Sorval. 

Du 22 au 25 mai, j'ai eu fréquemment l'occasion 
d'aller à la prévôté installée sur le boulevard; j'ai 
toujours constaté que le prévôt était un lieutenant de 
gendarmerie. 

Jamais je n'ai vu M. Delamarche. 

Antoine Cyprien, employé. 

Je ne connaissais pas M. Delamarche avant le 
procès. 

Lors de la rentrée des troupes à Paris, j'étaisgardien 
de l'immeuble où a été installée la prévôté, boulevard 
des Fourneaux; j'y ai toujours vu un lieutenant de 
gendarmerie, toujours le même. 

M'^ Laguerre. — En quel endroit, dans l'immeuble, 
se tenaient les prisonniers? 

R. — Sous un hangar, à droite en entrant. 

M® Laguerre. — C'était à gauche? 

R. — Non, monsieur, vous vous trompez, c'était à 
droite. 

M. LE Président. — ^ Je prie MM. les jurés de 
prendre acte de cette déclaration. 



- 65 — 

M*" Laguerre. — Où fusillait-on? 

R, — Dans le fond de la cour, à droite, dans le petit 
couloir. 

M** A. Ledru. — Où était le bureau du prévôt? 

R. — Dans le bureau de M. Degoff, à gauche dans 
la cour, où il y a un petit perron. 

M*" A. Ledru. — Combien de marches y a-t-il 
pour y monter ? 

R. — Trois ou quatre, je ne pourrais préciser. 

M. LE Président. —- Témoin, est-ce bien tout ce 
que vous savez? 

R. — J'ajoute que j'ai vu sur un journal, le Cri du 
Peuple^ que M. Delamarche faisait jeter les prisonniers 
dans les sous-sols ; c'est aussi faux que la présence de 
M. Delamarche à la prévôté. 

M* Laguerre. — Comment le savez-vous? 

R. — Je le sais, j'avais les clefs dans ma poche et je 
gardais les marchandises qui s'y trouvaient. 

M. Haiteau, menuisier. ' 

M. LE Président. — Dites ce que vous savez de la 
Cour martiale du boulevard des Fourneaux et de 
M. Delamarche. 

R. — Je ne connaissais pas M. Delamarche avant le 
procès. J'étais gardien de l'immeuble où était la pré- 
vôté, pour la maison Degoff; le 22 mai, la prévôté 
s'est installée, j'étais à la disposition du commandant 
de la prévôté, qui était un officier de gendarmerie, 
lequel a fait exécuter jusqu'au dernier jour les ordres 
de son supérieur, un général, dont j'ignore le nom. 

J'affirme que je n'ai jamais vu d'autres personnes 

6. 



- 66 - 

donner des ordres que cet officier de gendarmerie el 
que pas un prisonnier n'a été mis dans les sous-sols. 
Plusieurs officiers de la ligne sont venus dans les bu- 
reaux où se tenait habituellement l'officier de gendar- 
merie, aucun d'eux n'a donné d'ordres devant moi. 

Quant à M. Delamarche, j'ignore s'il est venu ou non 
ne le connaissant pas. 

M. LE Président. — L'officier de gendarmerie était- 
il toujours seul à s'occuper des prisonniers? 

R. — Oui, monsieur le président. 

M* Laguerre. — Comment le savez-vous? 

R. — J'étais à son service et j'avais constamment 
affaire avec lui. J'ai vu, quelquefois, un sous-officier 
écrire à côté de lui. 

M" Laguerre. — Combien a-t-on fusillé d'hommes? 

R. — Il y en a eu trente-quatre du lundi au jeudi. 

M" Laguerre. — Comment appelle-t-on, dans le 
quartier, la maison où était la prévôté? 

R. — La maison Firmin-Didot. 

M'' Laguerre. — Pas autrement? 

R. — La maison Degoff, ou comme le propriétaire 
a changé et le nom du boulevard, c'est le boulevard 
de Vaugirard n° 8. 

M** Laguerre. — Non, ce n'est pas cela, ne l'ap- 
pelle-t-on pas V Abattoir^ depuis les événements? 

R. — Non, monsieur, je n'ai jamais entendu dire 
cela dans le quartier (i). 



(I) Ce qui a pu induire en erreur M' Laguerre, c'est qu'en effet il existe 
diins le voisinage, un al)attoir municipal désigné sous le nom d'abattoir des 
Fourneaux. 



- 67 - 

M. Eyguière, pharmacien. 

Le 23 mai 1871, entre sixet sept heures du matin, j'ai 
été conduit à la prévôté, boulevard de Vaugirard, n^ 8, 
ancien boulevard des Fourneaux, par des militaires du 
1 14'' de marche, qui venaient d'entrer dans ma phar- 
macie, où se trouvait encore un blessé. 

J'affirme sur. l'honneur ne point y avoir vu M. Dela- 

MARCHE. 



Héligon^ ancien maire du*XIV^ arrondissement. 

M. LE Président, — Dites ce que vous savez? 

R. — Je connaissais Delamarche avant tous les 
événements; c'est un ami de vingt ans. 

Lorsque j'arrivai au XIV® arrondissement comme 
adjoint, je le trouvai capitaine au 103^ bataillon de la 
garde nationale. 

Connaissant son esprit organisateur, je le proposai 
au maire, M. Asseline, qui le chargea de constituer le. 
bataillon des volontaires. Delamarche se rendit aus- 
sitôt aux avant-postes avec ce bataillon ; à la fin de 
l'année, il fût nommé lieutenant-colonel d'un régi- 
ment de Paris; c'est avec ce régiment qu'il se trouva 
à Montretout et à la suite de cette affaire, il fut décoré 
sur la proposition du général Susbielle. 

Le 12 mars 1871, il est venu avec moi pour dis- 
soudre un rassemblement de gardes nationaux, chaus- 
sée du Maine, 91. 

J'ai retrouvé Delamarche à Versailles, il avait quitté 
Paris, à la suite de menaces, le 18 mars. 



-- 68 — 

C'est sur ma proposition qu'il a été nommé com- 
mandant supérieur du XIV' arrondissement. 

Il est parti de Versailles le lundi 22 mai, vers onze 
heures. Il était convenu qu'en attendant mon arrivée, 
il prendrait les mesures nécessaires pour organiser les 
secours aux nécessiteux, et que nous ferions tous nos 
efforts pour empêcher les exécutions sommaires. 

Nqus connaissions les difficultés de la situation* 

Le maire de Paris nous avait dit: « Vous aile :{^ servir 
de tampon entre V armée et la population. » 

J'arrivai à la mairie du XIV* arrondissement le 24 
mai vers dix heures du matin, j'y trouvai Delamarche 
avec des officiers de la garde nationale, organisant son 
service. Je donnai immédiatement l'ordre de distribuer 
des secours; Delamarche se chargea d'organiser le 
service en ce qui concernait les gardes nationaux. 

Vers une heure, le directeur des Enfants- Assistés 
m'apprit que les fédérés, menacés d'être tournés par 
les soldats, voulaient incendier l'hospice ; déjà en face 
le couvent du Bon-Pasteur brûlait et la poudrière du 
Luxembourg venait de sauter. 

Je pris aussitôt les mesures pour secourir le per- 
sonnel, le loger, ainsi que les malheureux enfants; en 
tout 600 personnes environ. 

Je chargeai le colonel Delamarche des détails de cette 
opération qu'il mena avec beaucoup de zèle, secondé 
par ses gardes nationaux. On logea tout ce monde chez 
les frères maristes, à l'école des sœurs, place de la mai- 
rie et au château Couësnon (1). Je mis à la disposition 



(1) Voir aux pièces justificatives, Icllre du directeur de Tadministratioa 
de l'Assistance publique, page 216. 



- 69 - 

du directeur les vivres qui avaient été découverts dans 
les magasins abandonnés par la Commune. 

M* A. Ledru. — Ne vous êtes-vous pas occupé aussi 
d'un dépôt de poudre, rue Thibaud? 

R. — Oui. M. l'abbé Carton, curé de Saint-Pierre 
de Montrouge, était venu me signaler que la Commune 
avait transformé en poudrière la vieille église. 

Le colonel Delamarche, avisé d'autre part, faisait 
garder l'immeuble. Je l'invitai à le visiter, ce qu'il fit 
avec une escouade de pompiers, dont le chef, un capi- 
taine, déclara qu'il ne pouvait rien faire, que l'explo- 
sion pouvait se produire d'un moment à l'autre, de 
nombreux barils de poudre et des touries de pétrole 
étant reliés par des fils électriques. Le colonel put 
enfin faire couper ces fils et éviter une explosion qui, 
si elle s'était produite, aurait pu amener la ruine d'une 
partie du quartier, construit sur les catacombes. 

M'' Laguerre. — Est-il à votre connaissance que 
M. Delamarche ait rempli les fonctions de prévôt au 
boulevard des Fourneaux? 

R. — Jamais! Il ne faut pas connaître les règle- 
ments militaires pour admettre qu'un général ayant sa 
brigade ou sa division organisée, fasse remplir une 
fonction semblable par un officier de la garde natio- 
nale. 

M. LE Président. — C'est une appréciation. 

M*' Laguerre. -- Mais, le colonel Vabrk était ce- 
pendant de la garde nationale ? 

R. — Non r Le colonel Vabre était un fonctionnaire; 
depuis le 22 janvier, il était commandant militaire de 
l'Hôtel de ville. 

Le colonel Delamarche, dans la circonstance, était 



— 70 — 

plutôt un adjoint au maire qu'un chef militaire. Il m'a 
aidé très intelligemment à organiser les secours aux 
nécessiteux. Cette distribution a commencé dès le 24 
mai , et le X 1 V« arrondissement a reçu le tiers des secours 
qui ont été donnés dans tout Paris, du 24 mai au i" 
juillet (i). 

Le colonel Delamarche ne m'a pas quitté un instant 
à partir du 24 mai; il couchait comme moi à la mairie. 

M. LE Président. — Vous couchiez à la mairie? 

R. — Oui, monsieur le président. 11 est de noto- 
riété publique que non-seulement Delamarche n'a 
fait fusiller ni arrêter personne, mais qu'au contraire, 
ses amis lui leprochaient plutôt de prodiguer sa signa- 
ture pour tâcher de faire élargir des prisonniers qui 
bien souvent étaient gravement compromis, 

M. Eugène Ricard, chef des bureaux de U 
mairie du XW** arrondissement, en retraite. 

Je suis rentré à la mairie le 23 mai avec le personne 
des bureaux; j'y ai trouvé M. Delamarche qu'on m'^^ 
dit être arrivé la veille, occupé, avec M. Héligon, 
maire, à la réorganisation des services administratifs e1 
à la distribution de bons de pain et de viande aux 
gardes nationaux, en attendant la reprise du travail. 

Dans l'exercice de mes fonctions, j'ai souvent 
transmis des demandes de grâce apostillées par M. De- 
lamarche. 

Je n'ai jamais entendu dire que M. Delamarche ait 
été rue des Fourneaux. 



(1) Voir aux pièces justificatives, pages 224 à 228. 



I 



- 71 — 

M. Ancelety opticien, ancien capitaine de la garde 
nationale. 

Le 24 mai au matin, je me suis rendu à la mairie du 
XIV* arrondissement, pour me mettre à la disposition 
de M. Delamarche, lieutenant-colonel. 

J'ai reçu l'ordre de recommander aux gardes de ma 
compagnie d'être convenables et doux avec tout le 
monde, de distribuer des bons de vivres aux gardes 
nécessiteux et de garantir les poudrières pour éviter 
tout malheur. 

Je n'ai jamais été commandé pour faire arrêter ou 
arrêter personne; au contraire, chaque fois, que 
M. Delamarche a pu être utile à ses concitoyens, il le 
faisait, et beaucoup de personnes lui doivent de ne pas 
avoir été arrêtées ou. d'avoir été relaxées. 

M. Delamarche a mérité l'estime de tous les hon- 
nêtes gens par son zèle à faire le bien dans des temps 
si difficiles. 

Charles-Victor Finsterwald, commis prin- 
cipal à l'octroi de Paris. 

M. LE Président. — Dites ce que vous savez? 

R, — Je suis resté à Paris pendant la Commune, à 
la rentrée des troupes dans Paris, j'ai été attaché au 
service de M. Delamarche que je connaissais, appré- 
ciais et estimais depuis dix ans. Il a organisé de suite 
un bureau de secours où l'on distribuait aux familles 
des gardes nationaux, des bons de pain et de viande. 

Pendant le court passage que nous fîmes à la 
mairie, j'ai été témoin du fait suivant: 

Un garde que je connaissais, puisqu'il avait appar- 



- 72 — 

tenu à ma compagnie pendant le siège, est venu 
apporter à M. Delamarche une liste de dénonciation 
contre d'anciens camarades. M. Delamarche déchira 
cette liste, la mit au panier, et, lui reprochant son 
infamie, il le mit à la porte. - 

En qualité de secrétaire, j'ai établi de nombreux 
certificats, et à ce propos, je dois vous dire que mon 
concierge avait été fait prisonnier, le 4 avril, au pla- 
teau de Chàtillon; de là, conduit à Versailles, puis 
ensuite à Belle-lsle. Sa femme vint me trouver; j'en 
parlai à M. Delamarche qui me fit établir un certificat 
exposant que ce malheureux concierge, ne savait iji 
lire ni écrire, et que s'il était resté sous la Commune, 
c'était bien plutôt par besoin que par conviction et 
qu'en rendant ce mari à sa femme on ferait acte de 
bonne justice et de pitié. Eh bien! cet homme, rentré 
à Paris des premiers en ordonnance de non-lieu, n'a 
jamais pardonné à M. Delamarche de l'avoir fait passer 
pour un imbécile. (Rires dans V auditoire,) 

J'ajoute que j'étais présent au bureau des secours 
quand un agent de la préfecture de police, porteur 
d'un mandat d'amener est venu pour arrêter M. Dela- 
marche. 

M. LE Président. — M. Delamarche est-il resté 
longtemps en état d'arrestation? 

R. — Il y a de cela quatorze ou quinze ans et je ne 
peux guère répondre d'une façon ferme; mais je doi§ 
vous dire que je n'étais pas inquiet sur le sort de 
M. Delamarche. 

M* Laguerre, interrompant, — Ah, vous n'étiez pas 
inquiet? 

R. — Non, M. Laguerre, quand on a eu une aussi 
noble* conduite, on n'a rien à craindre! 



- 73 - 

M. Crochet, employé à la mairie, ancien capi- 
taine de la garde nationale. 

M. LE Président. — Connaissiez-vous M. Dela- 
M ARCHE avant l'affaire du Cri du Peuple? 

R. — J'ai connu M. Delamarche à Versailles où 
j'avais dû me retirer à la fin de la Commune, ayant 
appris le dévouement avec lequel M. Delamarche avait 
servi la pairie, comme officier de la garde nationale, 
je ressentis pour lui une affection que je lui ai tou- 
jours conservée. 

Rentré à Paris le 23 mai avec le personnel de la 
mairie, j'y ai trouvé M. Delamarche et le maire. Un 
service de garde nationale était organisé. M. Dela- 
marche s'occupait avec une activité infatigable d'assurer 
des secours aux familles nécessiteuses des gardes na- 
tionaux, et comme je remplissais alors les fonctions de 
secrétaire près du maire, j'ai été témoin des démarches 
sans nombre et des efforts qu'il faisait pour sauver les 
citoyens arrêtés, et j'affirme qu'il est à ma connais- 
sance que beaucoup de gens lui doivent la liberté ou 
la vie. 

M** A. Ledru. — Est-il à votre connaissance 
que M. Delamarche se soit plaint des dénonciateurs? 

R. — Oui, j'ai entendu M. Delamarche s'écrier avec 
indignation, en voyant les nombreuses dénonciations 
souvent anonymes et quelquefois signées, quipleuvaient 
au bureau du maire : « C'est ignoble de voir que des 
gens n'hésitent pas à se faire dénonciateurs, quand 
tous nos efforts tendent à la clémence et à l'apaise- 
ment >>. 



— 74 — 

Gollin, menuisier, ancien capitaine aux voloJ^ 
taires de Montrouge pendant le siège et la' Commun e, 
ancien déporté. 

Le 1 2 mars 1871, j'étais de garde avec ma compagnie 
à la poudi*ière de la rue de Vanves. 

Le colonel, M. Delamarche, est venu faire sa ronde. 

On avait établi une feuille pour le faire adhérer à la 
Commune, il a énergiquement refusé. 

J'ai été prisonnier et jugé au conseil de guerre du 
Cherche-Midi, M. Delamarche a eu la bonté de venir 
déposer en ma faveur. 

M. LE Président. — M. Delamarche a-t-il été té- 
moin à charge ou à décharge? 

R. — A décharge, monsieur le président. 

M^ A. Ledru. — Que disait-on de M. Delamarche 
en Nouvelle-Calédonie? 

R. — Je n'en ai entendu dire que du bien à l'ile 
des Pins où j'étais. 

M* Laguerre. — Mais c'était sur les pontons? 

R. — Non, monsieur, il n'y avait plus de pontons 
quand j'ai été arrêté. 

BouLABERT. — Ce u'est pas à l'île des Pins que j'ai 
entendu mal parler de M. Delamarche, mais à la pres- 
qu'île Ducos. 

M* A. Ledru. — Est-ce que tous les prisonniers di- 
saient du bien de M. Delamarche? 

R. — Dame, chacun a ses ennemis. 

M* A. Ledru. — Que disait le nommé Kayl. 

Le Témoin, avec énergie, — Kayl, celui-là c'est un 
ennemi juré de M. Delamarche; il n'en dira jamais de 
bien. 



— 75 — 

M. RoufflaCy ébéniste, adjudant du bataillon des 
volontaires pendant le siège. 

J'ai toujours estimé M. Delamarche; c'est l'un des 
seuls qui ont fait cesser le feu aux Prussiens, dans le 
parc du Bois-Préau. 

11 a réuni le bataillon le 13 mars 1871, place delà 
mairie ; il nous a dit de ne pas servir la Commune et 
de ne pas nous battre entre nous en présence des 
Prussiens, 

M'' A. Ledri'. — M. Dei.amarche vous a-t-il 
dit qu'il y aurait un nouveau siège? 

R. — Non, monsieur. 

A la rentrée des troupes, j'ai vu M. Delamarche à 
la mairie, distribuer des bons de vivres aux gardes 
nationaux. 

Roucli, cordonnier, ancien sergent aux volontaires 
pendant le siège, capitaine pendant la Commune, 
ancien déporté. 

J'ai connu M. Delamarche pendant le siège, il a 
vaillamment fait son devoir. J'ignore ce qu'il a fait 
pendant la Commune. 

Je n'ai entendu dire du mal sur M. Delamarche 
qu'en août dernier, après les articles du Cri du 
Peuple, 

W A. Ledru. — Vers quelle heure, le mardi 23 mai, 
les volontaires ont-ils quitté les barricades des rues 
Brézin et iMouton-Duvernet, sur l'avenue d'Orléans et 
comment leur commandant les a-t-il quittés? 

R. — C'est vers trois heures, et c'est aussitôt l'ar- 



- 76 - 

rivée des troupes aux Quatre-Chemins que le com- 
mandant a quitté le bataillon, que nous avons conduit, 
CoLLiN et moi, jusqu'à Belleville 

D. — C'était bien Kayl qui commandait. 

R. — Oui, monsieur. 



Chardon, instituteur. 

J'ai été arrêté chez moi par un détachement de troupe 
de ligne le mardi 23 mai 1871, conduit le lendemain à 
la prévôté des Fourneaux. Je n'ai ni vu ni entendu 
parler du citoyen Delamàrche pendant les huit jours 
de ma captivité à cette prévôté, au Luxembourg et à 
l'Ecole militaire. 

J'affirme de plus que le citoyen Delamàrche a fait 
son possible pour me faire mettre en liberté, ainsi 
que d'autres habitants du XI V'^ arrondissement, arrêtés 
arbitrairement comme moi. 

Après raudition des témoins cités par M. De- 
lamàrche, Taiidience est suspendue pendant 
un quart d'heure. 



77 -. 



Plaidoirie de M' Alphonse LEDRU 

A la reprise de Taudience, M. le président 
donne la parole à M' Alphonse Ledru, avocat 
de M. Delamarche, qui s'exprime ainsi: 

Messieurs de la Cour, 
Messieurs les Jurés, 

Au moment ou je me lève pour exposer la plainte de 
M. Delamarche, il m'est impossible de contenir le sen- 
timent pénible que me fait éprouver ce triste débat. 

Quoi donc', fallait-il, après qu^inze ans écoulés, ré- 
veiller le souvenir de nos discordes civiles, faire revi- 
vre des événements que, pour Thonneur dé notre 
pays et pour Thonneur de Thumanité, nous vou- 
drions pouvoir effacer de notre histpire? 

Il le fallait cependant ; car il y avait un devoir à 
remplir, — pour vous, Messieurs les jurés, comme 
pour moi, — envers Thonnéte homme qui est là, et 
à qui il était impossible de rester sous le coup des 
imputations, des allégations abominables contenues 
dans le feuilleton du Cri du Peuple. 

Vous avez entendu, Messieurs, la lecture que j'ai 
faite, au commencement de' cette audience, du récit de 
M. Jules BouLABERT. J'en replacerai, dans un instant, 
quelques passages sous vos yeux. Mais vous avez déjà 

retenu le rôle odieux qu'on y prête à M. Delamarche. 

■» 



- 78 — 

Il y est représenté comme ayant été l'organisateur d'une 
Cour martiale, comme ayant présidé à des exécutions 
sans jugement, désignant les victimes « au gré de 
ses petites haines et de ses grandes rancunes », les 
faisant fusiller « à la galope, comme par-dessous la 
jambe » jusqu'à ce que « la suée » fût passée, mêlant 
enfin l'hypocrisie à la cruauté, «jouant du bonhomme» 
auprès des familles ou des rares prisonniers qu*il 
épargnait afin de se ménager une justification dans 
l'avenir. 

Il y a là des injures : ambitieux féroce, hypocritCj 
galérien ; il y a là des diffamations, c'est à dire des 
imputations de nature à porter atteinte à l'honneur et 
à la considération de M. Delamarche; il y a là sur- 
tout, — je puis dès à présent le dire hautement, — 
des mensonges et des calomnies. 

Ces calomnies, M. Jules Boulabert n'a môme pas 
le mérite de les avoir inventées. Il les a ramassées 
dans certains milieux, où elles traînaient depuis 
quelques années, où elles étaient propagées, col- 
portées, ix»pétées avec insistance par des ennemis 
personnels de M. Delamarche, malgré les démentis 
énergiques qu'il leur infligeait chaque fois qu'il lui 
était possible de les saisir au passage. 

Lemomentest venu de faire justice de ces accusations. 
Quelque modeste que l'on soit, quelque ennemi que 
Ton soit du bruit, de la publicité, toute patience a ses 
limites. Quand M. Delamarche a vu qu'on ne se bornait 
pas à certaines allusions, à des propos plus où moins 
précis, mais qu'on prétendait, dans un large récit 
comme les Vaincus de iSTl, dans un journal aussi 
répandu que le Cri du Peuple, lui assigner un rôle 



— 79 — 

odieux, le clouer au pilori de Thistoire, porter atteinte 
à son honneur de citoyen et de soldat, il s'est dit que 
la mesure était comble et il est venu devant vous. 

Il est venu devant vous, Messieurs les jurés, non 
pas seulement pour obtenir une condamnation, qui 
sera la sanction nécessaire de ce débat, mais surtout 
afin d'engager avec ses calomniateurs une discussion 
publique, où les accusations seraient produites et 
réfutées au grand jour et où la vérité s'affirmerait 
d'une manière indiscutable. 

Le Cri du Peuple a accepté le rendez-vous, non sans 
quelques hésitations et quelques atermoiements, qu'ex- 
plique la difficulté pour lui d'édifier un système de 
défense. Vous avez entendu ses témoins, vous avez 
entendu les nôtres; votre conviction est certainement 
faite. Il me suffira de rappeler ces dépositions, d'en 
rapprocher les constatations, de préciser certaines 
particularités pour rendre à M. Delamarche son aspect 
et sa physionomie véritables. 

J'ajoute— et j'en préviens mon adversaire — quec'eât 
sur ce point seulement, surlesactesde M. Delamarche, 
que j'accepte la discussion. Je me refuse absolument 
à étendre le débat au-delà de ses justes limites. 

Le Cri du Peuple, dans son impuissance à faire la 
preuve, s'efforcera sans doute de changer le carac- 
tère de ce procès, comme il en a d'ailleurs manifesté 
l'intention. 

Au lendemain du jour où il avait reçu notre assi- 
gnation, dans son numéro du 25 octobre, le Cri du 
Peuple publiait notre exploit en première page, en 
gros caractères, et il ajoutait : 

Si nousdcnnons une importance exceptionnelle à Tassigna- 



- 80 - 

tioD qu*on a pu lire plus haut, à nous adressée par le sieur 
Delamarche, c'est parce qu'il s'agit ici non d'une affaire 
d'individu à journal, mais d'un débat plus large et embras' 
sant de plus vastes intérêts. 

Dans notre feuilleton des Vaincus, nous avons raconté le 
rôle qu'aurait joué le sieur Delamarche pendant la se- 
maine sanglante, dans le XIV* arrondissement. 

On nous assigne, on nous traduit en Cour d'assises. 

Soit, nou$ faisons mieux qu'accepter la discussion; nous 
sommes heureux, de cette occasion qui nous est offerte 
d'évoquer en pleine lumière le souvenir.de ces temps à la 
fois si glorieux et si lamentables. 

Et nous déclarons tout d'abord, à voix nette et haute, 
qu'à l'occasion, ce ne serait pas du sieur De|.amarche seul 
que nous entendrions faire le procès, mais de tous ceux 
dont le rôle pendant la dictature militaire des Mac-Mahon 
et des Gallifet a été douteux, pour ne pas dire plus. 

C'est la voix des fusillés, des déportés, des « dénoncés », 
que nous voulons faire entendra, vengeresse, à la barre du 
tribunal. 

Lorsque, le 7 novembre, l'affaire était appelée une 
première fois devant la Cour d'assises, MM. 
Mi VIELLE et BouLABERT faisaient défaut. Ils expliquaient 
leur résolution dans la lettre suivante, adressée à 
M. le président de la Cour d'assises et publiée 
en tête du journal : 



Monsieur le Président, 

C'est en Nouvelle-Calédonie et d'après les récits que lui 
ont fait certains de ses camarades de déportation, que 
Jules BouLABERT a écrit les Vaincus et raconté les ex- 
ploits du sieur Delamarche pendant la semaine de mai. 

Il nous fallait le temps de réunir ces témoins dispersés 
depuis l'amnistie, dans tous les coins de Paris. 

Nous avons retrouvé ces victimes de la réaction de 1871; 



I 



elles sont prêtes à venir déposer devant le jury, mais voilà 

^ae nous apprenons qu'une loi nouvelle, celle de 1884, 

prescrit l'obligation de signifier dans les cinq jours de 

l'assignation la liste ides témoins que les parties désirent 

kire entendre. 

Nous avons laissé passer ce délai. Nous ferons donc 

défaut aujourd'hui, nous réservant de revenir devant vous 

sur opposition, armés de tous les témoignages dont nous 

disposons, pour jeter une éclatante lumière sur les férocités 

versai 11 ai ses. 

L'affaire Delamarche n'est pas un procès privé, mais 
bien un procès public comportant de grands débats, où 
tout un système de politique sanglante sera traduit par 
nous à la barre de k'opinion et de l'histoire, comme le 
sieur Delamarche nous traduit aujourd'hui à celle de la 
Cour d'assises. 
Agréez, etc. 

Signé: Boulabert, Miviellk. 

Ce débat là, je ne l'accepte pas! 

Ce procès est bien un procès privé et non un procès 
public. 

Il appartiendra aux historiens de l'avenir de porter 
un jugement sur les événements de 1871, quand le 
temps aura fait son œuvre, éteint les haines, amorti 
les passions et créé ce lointain sans lequel on ne peut 
juger sainement les hommes et les choses. 

Oiiant à vous, Messieurs les jurés, vous n'avez 
point à apprécier une politique, mais à faire œuvre 
de justice. 

Il semblerait encore, à entendre le Cri du Peuple, 
que le procès doive s'engager entre les Cours martiales 
ou prévôtales et ceux qu'on appelle « les fusillés, les 
déportés, les dénoncés » de 1871. 

Il peut plaire à M« Laguerre, — car il a tous les 



courages comme il a tous les talents — de se faire le 
défenseur et Tapologiste de ces fusillés, de ces dépor- 
tés, qui ont été aussi — il ne faudrait pas trop Tôu* 
blier — des insurgés en face de l'ennemi, quelques- 
uns, des massacreurs d'otages et les incendiaires de 
nos monuments publics! 

11 ne me convient pas de défendre les Cours martiales. 
Je n'aurais pas accepté la mission de me lever ici, dans 
le sanctuaire de la justice, pour glorifier ce qui aété— 
il faut bien le dire— la négation de toute justice: ces 
tribunaux improvisés, où prenaient place, tout cou- 
verts du sang et de la fumée de Itf bataille, les com- 
battants de la veille, de sorte qu'ils continuaient, sur 
leur siège de juges, la lutte commencée dans la 
rue. 

Ce que je prétends, c'est que M. Delamarghe n'a 
Jamais eu rien de commun avec cette justice sommaire, 
c'est qu'il n'a participé à aucun titre à l'œuvre des Cours 
martiales. Ce que je soutiens, c'est qu'il n'y a aucun 
rapport entre lui et le personnage sinistre que le Cri 
du Peuple a mis en scène, en lui prêtant des actes, des 
sentiments, un langage contraires aux actes, aux sen- 
timents, au langage de toute sa vie. 

Et d'abord, Messieurs les jurés, laissez-moi vous 
dire très brièvement, qui est M. Delamarghe. Il 
faut que vous le connaissiez non-seulement parce que 
vous allez rendre un verdict qui touche à son honneur, 
non-seulement encore parce que vous trouverez dans 
le Cri du Peuple, à côté d'accusations précises, des 
insinuations portant sur sa vie tout entière et sa car- 
rière de fonctionnaire, mais aussi, parce que, — quand 
on a été pendant quatre mois, sous le coup de sem- 



I 



— 83 - 

blables calomnies, — on a droit à une réparation écla- 
tante et publique. 

M. Delamarche est un ancien sous-officier. Le 6 
février 1855, il s'engageait au 19* régiment d'infanterie. 
I faisait la campagne de Crimée, — oii il fut blessé, le 
8juin 1855, à l'attaque de Maiakofif, — et la campagne 
'Italie. Libéré en 1859 du service militaire, il entrait 
a 1860 à l'octroi de Paris comme surnuméraire. Le 
'février 1862, il était nommé expéditionnaire à l'ad- 
inistration centrale. Il l'était encore en 1870. 
C'était là une situation bien modeste. Cependant, 
lie est la force d'attraction de la bienfaisance, de la 
inérosité, du dévouement que le petit employé de 
>ctroi était, dans le XI V* arrondissement qu'il habite 
puis longtemps, l'un des hommes les plus populaires 
les plus justement estimés. Tout le temps que lui 
Lssait son emploi, il le consacrait à des œuvres d'ins- 
uction et d'émancipation sociale. En 1861, il était 
m des fondateurs de la première Bibliothèque popu- 
ire de Paris, celle du III* arrondissement; il en est 
crétaire général depuis la fondation. En 1866, il 
enait une part active au fonctionnement de la So- 
hté de secours mutuels les Employés du Commerce 
de l'Industrie. En 1867, il était l'un des fondateurs 
le secrétaire général de la Société coopérative les 
luitahles de Paris. 

Le 24 mai 1866, cet homme, qu'on accusera plus tard 
avoir fait massacrer ses semblables, se jetait à la 
ige dans le canal Saint -Martin pour sauver une 
une fille qui se noyait (1). 

1) Voir aux pièces justificatives page 21a. 



- 8i ~ 

La guerre de 1870 éclate. Puis viennent les premiers 
désastres. Paris est investi. Ancien sous-officier , ayant 
même après sa libération continué ses études mili- 
taires, M. Delamarche s'empresse d*ofïrir ses services. 
Le 2 août 1870, il est incorporédans la garde nationale 
et employé comme instructeur. Au mois de septembre, 
il est chargé d'organiser la 9« compagnie du 103« ba- 
taillon de la garde nationale; il est élu capitaine. Un 
décret du 9 octobre 1870 ayant ordonné la formation 
de bataillonsde volontaires, qui marcheront à Tennemi, 
M. Delamarche organise les volontaires de Montrouge 
et est élu chef de bataillon. Son esprit organisa- 
teur, la bonne tenue de sa troupe attirent sur lui 
l'attention de ses chefs. Par décret du gouverne- 
ment de la Défense nationale, en date du 27 décembre 
1870, il est nommé lieutenant-colonel commandant le 
53« régiment de Paris. Le 19 janvier 1871, il prend une 
part glorieuse, avec son régiment, à la bataille de Bu- 
zenval et il couvre, avec les volontaires de Montrouge, 
la retraite de Farmée sur Rueil. Le bataillon est cité, 
le lendemain, à Tordre du jour de Farinée et, le 29 jan- 
vier, M. Delamarche, en récompense de sa bravoure, 
est fait chevalier de la légion d'honneur (1). 

Je n'ajoute qu'un trait à cette esquisse des services 
militaires de M. Delamarche. Préoccupé, comme tou- 
jours, d'œuvres de bienfaisance, il avait, dès le début, 
organisé dans son bataillon une caisse de secours pour 
les blessés et les orphelins; depuis le premier jour 
jusqu'au dernier, il versa à cette caisse la moitié de sa 
solde (2). 

(1) Voir aux pièces justificalives, pages 217-218. 

(2) Voir aux pièces justificalives, page 218. 



^ 85 - 

Après le siège, alors qii*oii croyait avoir épuisé toutes 
les épreuves et toutes les am/ertumest Tinsurrectiou 
éclate; après la guerre contre Tétranger, la guerre 
dvilel 

Nous examinerons en détail, —lorsque nous arrive*- 
rons à la discussion des écrits difTamatoires, — quel a 
été le rôle de M. Delamarchb pendant cette triste période., 
Je me borne, pour le moment, à le caractériser en 
quelques mots. 

A Versailles, où il se retire le 18 mars, à Paris., où 
il rentre le 22 mai avec une mission dont je déter- 
minerai le caractère et la portée, il n*a qu'un but, 
qu*une pensée: rataener au gouvernement régulier 
le plus grand nombre possible d'égarés, assurer aux 
autres la clémence et le pardon; arracher: des vic- 
times à la prison et à la mort, empêcher les arresta- 
tions légèrement faites sur des dénonciations ano- 
nymes, enfin grouper les gardés nationaux restés 
fidèles pour rétablir la circulation, éteindre ou pré- 
venir les incendies, distribuer des secours, dès vivres 
aux plus nécessiteux, en attendant la reprise du tra- 
vail. Puis, la pacification terminée, la garde nationale 
licenciée, il reprend simplement, modestement, ses 
fonctions de commis de l'octroi. 

Nos adversaires se sont permis d'insinuer que 
M. Delamarche aurait, au lendemain de 1871, reçu 
dans son administration quelque grasse sinécure pour 
prix de ses services pendant la Commune. Dans le nu- 
méro du 26 octobre, le Cri du Peuple insérait un 
article, dans lequel il préparait sa défense. Cet article 
est intitulé: « L'affaire Delamarche, --5,000 francs de 
réparation, — Un homme pratique, » On comprend 



quelle responsabilité on a encourue ; on considère l^ 
condamnation comme certaine. Il ne s*agit plus qu^ 
de s*en tirer au meilleur marché possible. On 8*élèv^ 
contre Taudace de M. Delamârchb. C*est bel et bien^ 
5,000 francs qu*il ose réclamer: 

Ah! c'est un homme pratique que le sieur Delamârchb C 
Fancien petit commis d'octroi à 1,800 francs, rentré daiu^ 
Paris, « colonel », au lendemain de la €k>mmuae — et 
aujourd'hui possesseur d'un poste, dont le cautionnement 
est.de 80,000 francs! 

Oui, un homme pratique ! 

La vérité est qiie M. Delamarche, expéditionnaire â 
2,000 francs avant le siège, était» après les événements, 
nommé, àTancienneté, commisàl,800 francs. 200 francs 
de moins: voilà la grasse prébende l Ce n*est que plus 
tard, par la force du travail et des services rendus, qu'il 
a atteint la situation qu*il occupe aujourd'hui. J*ai là. 
ses états de services: commis, le 1«' février 1871 ; commis 
principal, le 1«» japvier 1874; receveur le !•' juillet 
1879, huit ans après les événements^ 

En- réalité, son rôle de pacificateur Favait rendu 
suspect à la réaction, dont il n'avait ni épousé ni 
satisfait les rancunes. 

Un témoin, M. Beaujx)uin, vous a raconté qu*il avait 
dû intervenir auprès de M. Léon Sat, alors préfet de 
la Seine, et lui attester que M. Delamarche n*avait 
pas pactisé avecTémeute. 

Le 9 juin, au lendemain du licenciement de la garde 
nationale, M. Delamarche fut arrêté et conduit devant 
un juge d'instruction. Un autre témoin, M. Finster* 
WALD Ta affirmé ; il a ajouté — ce qui a provoqué le 
sourire de mon adversaire — que M. Delamarche, au 



j Moment de cette arrestation, ne paraissait pas inquiet 
Sur son ^rt. Quand on n*a dans sa vie que de bons et 
lojaux services, onpeut affronter sans crainte quelques 
instants de conversation avec un juge dMnstruction. 
X*lionorable magistrat demanda compte à M. Dela- 
"MARCHE de remploi de sontemps pendant la Commune; 
quand il connut sa qualité, les fonctions qu'il avait 
remplies, les services qu*il avait rendus, il le congédia 
en lui témoignant son estime. 

Ce n*était pas fini. 

De 1874 à 1877, M. Delamarche fut l'objet de quinze 
enquêtes de police. 

Après ces suspicions, dues à json humanité à l'égard 
des vaincus, Tinrent celles des hommes que M. Delà- 
HARCHS avait voulu sauver» 

Il avait repris, dans le XIV*^ arrondissement, son 
active propiagande en faveur des œuvres d'instruction 
et de bienfaisance. Il comprenait que, pour effacer le 
•souvenir des épreuves passées, pour en prévenir le 
retour, il fallait prendre corps à corps ces deux enne- 
mis de toute civilisation et de toute liberté: l'igno- 
rance, ei la misère! 

Dès le 24 juin 1871, il fondait la Bibliothèque popu- 
laire des Amis de l'Instruction du XIV' arrondissement, 
qui réunit bientôt 600 adhérents, et dont il est, aujour- 
d'hui encore, le président. J'ai là le procés-verbal d'ins- 
titution ; il y est dit que le but des fondateurs est de 
« favoriser là propagation de Vipstruction et le goût 
de l-étude dans tous les rangs de la société, et d'établir 
entre tous les citoyens qui voudront y adhérer» un 
lien permanent de confraternité et de solidarité, qui 
ne peut qu'être favorable à la cause de l'ordre social et 
au progrés de la civilisation. » 



- 88 - 

Puis M. Delâmarche, après avoir participé i. }a fofir 
dation de la plupart des Bibliothèques populaires de 
la Seine, les relie entre elles, par un syndicat, pour 
accroître, par des échanges, leurs ressources et leurs 
moyens d'action. 

En 1876, la Société Franklin lui décerne une mé<- 
daiile d'argenft pour services rendus à la cause de Finac 
truction populaire (1). 

J*ai dans mon dossier une quantité de pièces 
attestant qu'il exerce les fonctions de délégué càtitotial, 
vice-président de la caisse des écoles/ secrétaire de la 
commission chargée de protéger le. travail des enfants 
dans le& manufactures; des lettres de remerciement 
pour avoir, dans des conférences patriotiques, fait 
revivre les héros de la Révolution, lei Hoche, les 
Marceau, les Kléber, et appris à notre jeunesse, par 
l'exemple de ces anciens, conunent on doit aimer et 
servir la patrie. 

Les œuvres de bienfaisance ne restent pas en ar- 
rière. M. Del AM ARCHE fonde successivement la Société 
de secours mutuels des employés de l'octroi, la 
Société de prévoyance des anciens volontaires de 
Montrougé. 

Il vient en aide, par ses démarches incessantes, sa 
bourse au besoin, aux veuves, aux orphelins, aux 
femmes et aux enfants des transportés. 

L'un des premiers, il a réclamé l'amnistie, pensant 
avec celui qui fut notre chef, notre maître à jamais 
vénéré et regretté, avec Gambetta, que l'heure était 
venue où il fallait jeter un voile sur les crimes, les dé- 

(I) Voir aux pièces justificatives, page 233. 



— 89- 

faillances, les lâchetés, les excès communs ! 11 a récla- 
mé l'amnistie, pour faire Toubli, le pardon, le silence 
sur la guerre çivUe. 

Hélas 1 Messieurs les jurés, s*il en est, parmi ceux 
auxquels l'amnistie a rouvert les portes de la France, 
qui se sont appliqués à effacer par leurs services les 
erreurs passées, il en est d'autres qui sont rentrés sans 
avoir rien appris ni rien oublié. Ils ont vu dans 
cette grande mesure de clémence non pas Toubli et le 
pardon, mais la réhabilitation, la glorification, l'espoir 
d*une prochaine revanche. En l'attendant, ils se sont 
mis à poursuivre de leur haine, de leurs dénonciations 
et ceux qui les avaient combattus et ceux, plus cou- 
pables à leurs yeux, qui avaient refusé de se joindre à 
eux. 

M. Delamarche devait être, l'un des premiers, atta- 
qué et soupçonné. 

Dés le mois de novembre 1879, des calomnies sont 
répandues contre lui au cercle républicain du XIY* 
arrondissement. M. Kayl, — l'un des ennemis person- 
nels de M. Delamarche et l'un de ceux auxquels il a 
rendu service, — a prétendu que M. Delamarche avait 
été exclu de ce cercle. C'est inexact. Voici le procès - 
verbal qui a été dressé â la suitedes incidents auxquels 
il a été fait allusion : 



— 90 — 



CERCLE RÉPUBLICAIN DU XIV IRRONDtSSEIIEIIT 



*^t^i^^ 0> ^^*^mn^*^0» 



Extrait du i»x>cè8-y6rbal de la séance dn 9 noTeàilire 1879 

Au commencement du mois d'octobre def nier, ie citoyen 
Dblamarchb ex-iieutenant-colonel dee^ Yoloatairee de Mont- 
rouge, membre du conseil d'administration du cercle 
républicain du XIV* arrondissement, a été l'objet d'impu- 
tations calomnieuses de la part du citoyen Jean, membre 
du cercle* 

M. Jean, invité à justifier les faits alléguée pair lui, n'fi 
pu fournir aucune preuve à Vappui, 

Le citoyen Delam arche a non-seulement protesté avec 
indignation et énergie contre les bruits calomnieux répan- 
dus sur son compte, mais de plus, il a fourni la preuve que 
ces bruits étaient faux et mensongers. Il a établi en outre 
que loin d'avoir deisservi d'aucune manière les citoyens 
compromis à la suite de l'insurrection du 13 mars, il les 
avait au contraire secourus de tout son pouvoir et eh 
toutes circonstances ; soit pour les faire remettre en liberté, 
soit pour leur sauver la vie. 

Le citoyen Jean, après examen dès pièces fournies par 
lé citoyen DelaMarchE, reconnaît qu'il s*est trompé à son 
égard; il déclare qu'il tient le citoyen Delamarche pour 
un excellent et loyal républicain. Il le prie en outre de 
recevoir ses excuses pour les propos calomnieux tenus sur 
son compte par suite d'une confusion de personne et d'une 
certaine ressemblance de nom avec une autre personne. 

Le citoyen Delamarche, dans un but de concorde et 
d'entente entre républicains et membres du cercle, accepte 
les excuses du citoyen Jean ; sur sa proposition, le conseil 
d'administration et la commission d'admission décident à 
l'unanimité que M. Jean ne serait pas exclu du cercle ; 



— 91 - 

mais qu'à titre de réparation et pour rétablir la vérité, le 
résultat de Tintrident obtenu après enquête serait inséré au 
procès- verbal de la séance de ce jour, et affiché pendant 
deux mois dans la salle du cercle. 

Fait à Paris, le 5 novembre 1879. 

Pour la commission d'admission, 
Le Membre délégué, 
Signé: Edouard HY. 

Pour le conseil d'administration, 
Le Président, 

Signé: L. TALLON 
Adjoint au maire du XIV arrondissement. 

A également signé; 
M.JEAN- 

: NOTA. — M. Kayl, mis en cause par M. Jean a déclaré 
.n'avoir tenu à qui que ce soit aucun propos malveillant à 
l'égard de M.- Delamarche. Comme d'ailleurs il ne peut 
fournir aucun renseignement sur la question soulevée, le 
^coQs^i'et Ja -commission décident qu'il n'y a pas lieu de 
mêler autrement M. Kayl dans cette affaire. 

A la suite de ces incidents (1), M. Delamarche a don- 
né sa démission, ne voulant pas fréquenter plus long- 
temps une compagnie où Ton était exposé à de semr 
bla blés injures. 

Cependant, la calomnie continua à se propager. 

Le 16 octobre 1880, le journal la Commune, à propos 
d*une conférence" faite par M. Delamarche sur Tor- 



(1) M. Delamarche a donné sa démission à la suite d'un incident rappelé 
nexactcmcilt par le témoin Kayl et qui a suivi celui auquel il est fait 
allnsion dans la pièce ci-dessus. 

Voir sur cet incident note 2 à la déposition de Kayl, page 36. 



- ^ - 

g^anisation d'une caisse de retraite pour les vieux 
travailleurs, disait que l'orateur « était un ex- 
colonel de la garde nationale qui commandait un ar- 
rondissement de Paris, lors des massacres de mai, le 
sieur Del am arche. » 

Il n'y a là qu'une insinuation et un rapprochement 
perfides. 

Le 12 décembre 1880, au moment des élections mu- 
nicipales, le journal Ni Dieu ni Maître, parlant d'une 
proposition adoptée dans une réunion publique, ajou- 
tait: 

Cette proposition est faite par un certain Delamarche, 
dont le nom soulève de violentes protestations parmi les 
socialistes présents. Il parait que ce Monsieur a été décoré 
par Versailles pour sa belle conduite contré les commu- 
ne\i% parisiens, et que, après la défaite de ces derniers, il 
les engageait à signer des recours en grâce. C'est complet : 
après avoir contribué à leur défaite, il voulait les désho- 
norer. 

M. Delamarche envoie aussitôt la rectification sui- 
vante : 

Paris, 12 décembre 1880. 

Au citoyen J. BRION, Rédacteur du Journal 
« Ni Dieu ni Maître » 

Citoyen, 

Dans le numéro 23 du journal Ni Dieu ni Maître du 12 
décembre courant, sous la rubrique : Héunions et Confé- 
rences^ je relève, à mon endroit, diverses assertions in- 
exactes que je considère comme ajant un caractère calom- 
nieux. 



- 93 — 

Vous dites : 
* Cette proposition faite par un certain Delamarcrb, 

4écpré par Versailles pour sa belle conduite contre les 
<^ommuneux parisiens, etc.. » 

Vous avez été mal renseigné, citoyen, car j'ai été décoré 
par décret du gouvernement de la Défense nationale, en 
date du 27 janvier 1871, en qualité de colonel du 53« régi- 
ment de Paris, pour ma conduite à Buzenval, et sur la pro- 
position du général de division Susbiellb, sous les ordres 
duquel j*étais placé. 

Vous ajoutez encore: 

« Qu'après la défaite de ce^ derniers (les communeux), il 
(le même DelamarcHe) les engageait à signer des recours 
en grâce. » 

Et vous ajoutez . 

« C'est complet: après avoir contribué à leur défaite, il 
voulait les déshonorer. » 

Cette assertion, citoyen, est encore erronée; elle cache 
«me peHidîe que vous propagez, sans doute sans le vouloir, 
et par méconnaissance de choses et de faits que je vais 
rétablir. 

Je n'avais nulle qualité pour engager les vaincus de la 
Commune à signer des recours en grâce ; mais, vieux répu- 
blicain, je suis intervenu (comme c'eût été le devoir à tant 
d'autres de le faire) au milieu de dangers de toutes sortes, 
pour sauvegarder les droits de l'humanité, méconnus par 
les belligérants. 

J'ai été assez heureux de pouvoir sauver la vie à plusieurs 
de mes concitoyens. J'ai pu épargner de grands malheurs 
à mon patriotique arrondissement; enfin j'ai pu faire rendre 
à la liberté un assez grand nombre de. prisonniers qui se 
réclamèrent de moi. Ces faits, citoyens, sont de notoriété 
publique dans, le XIV« arrondissement; c'est ce qui 
me vaut l'estime de mes concitoyens que la passion n'égare 
pas. 

Dès 1872, j'ai mis en circulation et signé une pétition 
réclamant l'amnistie, estimant cette mesure juste, néces- 
saire, pour faire cesser les haines et les divisions au sein 
du parti républicain. Me serais-je trompé? Je considérais 



— 94 -r- 

aussi que l'insurrection du 18 mars était le résultat d'un 
afifreux malentendu, la fatale conséquence de nos désastres 
militaires ! 

Je m'arrête ici, citoyen, ne voulant pas abuser du droit 
de réponse que me confère la loi. Quant au reste, je saurai, 
n*en doutez pas, en temps et lieu, comme déjà j'ai eu l!ocr 
casion de le faire, démasquer les calomniateurs et faire 
connaître leurs mobiles intéressés. 

Je vous prie, citoyen, et au besoin je vous requiers de 
faire insérer cette lettre dans votre plus prochain numéro. 

Veuillez agréer, citoyen, l'expression de ma parfaite con- 
sidération » (1). 

P. DELAMARCHE. 

Ex'Colonet des volontaires de Montrouge 
et^du 53* régiment de Paris . 



Le journal n'ayant inséré cette rectification qu^avec 
des erreurs et des omissions qui en altéraient le sens« 
M. Delâmarche prit la précaution delà faire imprimer 
à part et tirer à 2,000 exemplaires, qui furent envoyés 
à tous les journaux et répandus dans le quartier. 

En janvier 1881, Paris^Municipal, puis V Univers 
témoignent leur étonnement de voir la candidature de 
M. MoNTEiL patronnée et soutenue par M. Delâmarche 
commandant la prévôté du Jf/F' arromdissement, à 
l'entrée des troupes de Versailles à Paris, 

Cette fois, l'accusation se précise. M« Delaharche 
aurait été prévôt. 

La réponse ne se fait pas attendre. 

Deux jours après, Paris-Municipal publie la note 
suivante : 

M. Delâmarche nous a demandé, et nous déférons vo> 
(1) Voir 2* lettre aux pièces justificatives, page 236. 



c 



ETE 

r" 



-95- 

lontiers à son désir, une rectification relative au titre qui 
lui a été attribué et contre lequel il ne saurait protester 
trop éiïergiquement. ^ 

Ancien militaire» ayant fait les campagnes de Crimée et 
d'Italie, ex-colonei des volontaires de Montrouge et du 
53* régiment, de Paris, décoré par le gouvernement de la 
Défense nationale pour sa conduite à Buzenval, M. Delà- 
MARCâE n*a pas commandé de prévôté, pas plus au XIV* 
arrondissement qu'ailleurs. Il a, au contraire, grandement 
contribué, par ses efiForts persévérants, à empêcher l'éta- 
blissement d*un pareil tribunal dans son patriotique quar- 
tier, et il est directement intervenu entre les belligérants 
' pour sauvegarder les droits de l'humanité et tendre la main 
aux victimes de la guerre civile. 

L't/nivers reproduit cette rétractation; il raccom- 
pagne des réflexions que voici : 

Nous avons reproduit il y a quelques jours un extrait du 
Parii'Municipali relatif aux élections récentes. 

M. Delamarche, représenté comme le patron d'une can? 
didature, était désigné comme ancien commandant de la 
prévôté du XI V*^ arrondissement à l'entrée des trojupes de 
Versailles à Paris. 

M. Delamarche a repoussé avec indignation la qualité 
que lui attribuait le ParU^Municvpal^ et il nous a fait de- 
mander de faire reproduire la rétractation du Parts-Afum- 
ctpaZ. 

Nous déférons d'autant plus volontiers à son juste désir 
que M. Delamarche, d'après de sérieux témoignages, se 
serait conduit vaillamment à Buzenval, à la tète de son 
bataillon, et aurait gagné dans cette occasion la croix de 
la Légion d'honneur, à la différence des déclamateurs fo- 
rains, promoteurs à distance des sorties torrentielles. » 

Au mois de décembre 1881, les mêmes calomnies 
sont cependant rééditées dans le Réveil, la Justice, le 
Radical, V Intransigeant, 



M. Delamarche envoie à chacun de ces journaux une 
lettre rectificative. 

Voici, notamment, ce que je lis dans V Intransigeant 
4ont il a été parlé par un témoin, qui a ajouté que 
M. Delamarche ne se défendait pas. 

C*est dans le numéro du 22 décembre 1881 : 

Nous recevons la lettre suivante : 

Paris, le 19 décembre 18ftl. 



Monsieur le secrétaire de la rédaction au journal 

V Intransigeant, 



Monsieur le secrétaire, 

Dans le numéro de Y Intransigeant du lundi 19 décembre 
courant, vous avez inséré un document émanant d'an 
Comité électoral du quartier de la Viliette, dans lequel^ 
sans nulle raison, car je né me suis occupé ni de l'élection 
ni des candidats, mon nom est cité avec la qualité de; 
« chef de la prévôté du XI ¥• arrondissement ». 

Cette assertion est absolument mensongère. Je la consi- 
dère en outre comme calomnieuse. Je vous prie en coasé-^ 
quence et au besoin je vous requiers, comme c'est .mon 
droit, d'insérer ma lettre dans votre plus prochain numéro. 

Veuillez agréer, monsieur le secrétaire, mes civilités. 

P. DELAMARCHE, 

Rue Brézin, i3. 



M. Delamarche ayant été nommé dans notre journal, 
nous avons consenti à publier sa lettre, bien qu'en raison 
des grossièretés dont elle est pleine nous fussions parfaite** 
ment çn droit de refuser l'insertion... 



— 97 -^ 

Il parait qu*on apprend le style académique à Técole 
de V Intransigeant ! 

Il continue : 

Nous nous réservons, bien entendu, de vérifier les asser- 
tions de Tex-commandant « des volontaires de MoDtrouge » 
rentré à Paris en mai 1871 avec les troupes royalistes et 
nous nous ferons un devoir, notre petite enquête terminée, 
de restituer à ce Versaillais peu repenti sa véritable phy- 
sionomie. 

En attendant, nous rappellerons à M. Delam arche que 
durant la période qui a précédé les élections générales, 
alors qu'il faisait partie du comité opportuniste patronant 
la candidature Germain Casse, la même accusation a été 
produite à la tribune des réunions publiques et que Tau- 
teur de la lettre qu'on vient de lire, bien que présent, n'a 
pas cru devoir la relever. 

La mémoire de M. Delamarche aurait-elle, comme son 
radicalisme, des intermittences? 

M. Dela^iarchb va-t-il rester sous le coup de ces 
commentaires? 

Non. Il répond. U Intransigeant réplique. 

Il faut cinq lettres rectificatives, dont une signifiée 
par huissier, pour que le dernier mot lui reste. 

Vous trouverez cette polémique dans le dossier, 
Messieurs les jurés. Vous verrez si Tattitude de M. De- 
lamarche est celle d*un homme qui ne se défend 
pas (1). 

Malgré ces protestations, malgré ces rectifications, 
la calomnie faisait son chemin. Ceux qui l'avaient lue 
la colportaient; ceux qui l'avaient entendue la propa- 
geaient à leur tour dans les réunions, dans les conver- 
sations, dans des lettres privées, s'eflforçant d'entourer 

(I) Voir les autres lettres aux pièces jusliflcatlvcs, page 238. 



- 98 — 

M. Delam ARCHE d*une atmosphère de défiance et de 
soupçons. 

Et puis, voilà que, tout-à-coup, tout ce! à prend corps, 
tout cela se condense. Ce ne sont plus seulement quel- 
ques insinu'iations, quelques lambeaux de phrases plus 
ou moins claires. Non, c'est un récit complet, émouvant, 
dramatique, où M. Delamarche fig-ure sous Taspect le 
plus odieux. C'est le roman de M. Jules Boulabert. 

M'* A. Ledru donne lecture de la pre- 
mière partie du passage incriminé repro- 
duit plus haut. 

Il continue sa plaidoierie en ces termes: 

Je m'arrête ici ; aussi bien est-ce une prose qu'on ne 
peut prendre qu'à petites doses. 

Il faut, pour discuter froidement, imposer silence à 
l'indignation que nous inspirent ces audacieux men- 
songes. 

Il y a là un certain nombre de faits précis, dont le 
Cri du Peuple prétendait faire la preuve. 

Il .avait annoncé dix-neuf témoins. Il en a amené 
douze, et quand ces douze témoins ont eu parlé, nous 
avons été,- au point de vue de la preuve à faire, aussi 
avancés que s'ils n'avaient rien dit. 

Nous avons eu ce que j"appellerai les témoins déco- 
ratifs, députés, anciens membres de la Commune. 

M. Camille Pelletan a résumé, avec son talent ha- 
bituel, ce qu'il avait dit dans son livre : La Semaine 
de mai, sur l'organisation et le rôle des Cours mar- 
tiales. Il a déclaré très loyalement qu'il n'avait jamais 



. -99 -^ 

entendu parler de M. Delamârche. Ainsi, voilà un 
historien qui a fouillé les archives, consulté les docu- 
ments, fait appel à de nombreux témoignages. Il a 
parle de la Cour martiale du boulevard des Fourneaux. 
Jamais il n*a rencontré le nom de M. Delamârche l 

Après M. Camille Pelletan, est venu M. Camélinat. 
Lui non plus ne peut rien dire sur M. Delamârche, et 
cependant, ce n'est pas l'envie qui lui en manque. Il a 
parlé de tout, excepté du procès. Je m'imagine que le 
Cri du Peuple, en l'amenant à. cette barre, a eu une 
délicate attention pour MM. les jurés, et qu'il a voulu 
leur présenter un nouveau député, que tous ne con- 
naissaient sans douté pas. 

M. Alphonse Humbert est un adversaire de M. De- 
lamârche. Celui-ci a eu le mauvais goût de combattre 
sa candidature à la députa tion... Il est cependant 
permis de n'être p^s partisan de la candidature de 
M. Alphonse Humbbut... Lui non plus ne sait rien. 

Tous les témoins amenés successivement par le Cri 
du Peuple déclarent ne rien savoir. Seul, Garnier 
apporte quelques allégations, relatives à des faits 
accessoires, et que je discuterai dans un instant. 

C'est, au contrçiire, avec une netteté, une précision 
absolues que s'expriment les témoins assignés à notre 
requête. Il m'est facile, en m'appuyant sur ces déposi- 
tions, de reconstituer la conduite de M. Delamârche. 

Je vous ai indiqué, Messieurs les jurés, quels ont 
été ses services pendant la guerre. Je vous ai dit no- 
tamment, — j'ai là la pièce qui le constate, — qu'il 
avait été nommé colonel, non pas à Versailles, mais 
par décret du gouvernement de la Défense nationale, 
en date du 27 décembre 1870. Il en a reçu la notifi- 



- 100 — . 

cation aux avant-postes devant Bourg-la-Reine 
Bagneux (1). 

Arrive Tarmistice et avec Tarmistice une de 
crises morales qui suivent presque toujours les gra 
efforts et les grandes souffrances. Tant que le si 
avait duré, un sentiment unique avait absorbé toi 
les âmes: le sentiment de la lutte à poursuivre, d 
victoire à arracher coûte que coûte. Il avait empé 
de ressentir les misères du jour, atténué les haii 
contenu les soupçons. Maintenant, on était vair 
prisonnier de Tennemi. Cette noble passion, qui s 
tenait les courages, s*était évanouie. On était inqi 
de Tattitude prise par T Assemblée de Bordeaux, 
ressentait vivement Tinjure faite à la capitale pai 
décision qui transportait à Versailles le siège 
gouvernement. 

Toutes ces causes de mécontentement, d'agitat 
étaient habilement exploitées par les partisans de 
révolution. 

Le 24 février, était élaborée, au Tivoli- Vaux-Hall 
fédération de la garde nationale, représentée et diri 
par un comité central, qui se mettait immédiatem 
à Tœuvre et préparait Tinsurrection. 

M. Dëlamarchë employa toute son autorité p 
maintenir ses troupes dans le devoir. 

Le 12 mars, il recevait la sommation suivante: 



(I; Voir aux pièces justiticativcs, pagcilT. 



loi — 



ETAT-MAJOR DE LA GARDE NATIONALE 

Citoyen, 

Vous êtes invité par le conseil de légion à vous rendre 

91, chaussée du Maine, ou vous aurez à vous entendre avec 

ie chef de légion élu par les bataillons de la garde nationale 

du XIV* arrondissemsnt, aujourd'hui dimanche 12 mars, 

de 10 à 4 heures. 

Le Secrétaire correspondant^ 

Signé: Louis BARNANT. 

M. Delamarche s'y rend pour déclarer qu'il refuse 
tl'ohèir. Dans le langage le plus patriotique, avec une 
vive émotion, il supplie les membres de ce conseil 
improvisé de ne point persister dans une insurrection 
criminelle, en présence des vainqueurs, occupant nos 
forts et quarante départements français. « Quand les 
Prussiens sont encore sur le territoire, s'écrie-t-il, 
nous ne devons pas nous battre entre nous ! » 

Il n'est point écouté. Il se retire. Mais, deux heures 
après, il revient. Il a appris que des troupes de ligne 
circulent dans l'arrondissement. Il redouto un conflit 
d'où pourrait sortir la guerre civile. Accompagné du 
maire, M. Hêligon, il se rend chaussée du Maine, 
intime aux gardes nationaux d'avoir à se disperser. 
Quelques-uns seulement obéissent. 

Le lendemain, 13 mars, il réunit les volontaires de 
Montrouge sur la place de la mairie. Il renouvelle ses 
adjurations de la veille; il leur demande, à eux qu'il a 
vu combattre avec tant de bravoure et de courage, de 



-. 102 — 

ne pas souiller leur gloire par un crime contre la 
patrie. Il leur rappelle le souvenir des journées de 
juin, si dures pour le peuple, si profitables à d'autres. 
Cette ferme attitude n*a pas d'autre résultat que de 
mettre sa vie en danger. 

Voici la lettre qu'il recevait le lendemain d'un de ses 
volontaires : 

14 mars 1871. 

.1 Monsieur le lieutenant-colonel commandant des 
volontaires de Montrouge 

Mon commandant, 

Je crois pouvoir vous être utile en vous -prévenant des 
faits qui suivent : 

l** Vous exprimer toute ma satisfaction pour votre con- 
duite près de votre bataillon, hier place de la Mairie; je 
m'empresse de vous faire parvenir, par la présente, que 
vous pouvez de nouveau compter sur moi dans tout ce que 
vous aurez besoin. 

Hier, nous avons été occuper le poste de police de la rue 
Saint-Yves sous les ordres du sergent G.... La journée et 
la nuit ont été employées à discuter sur vos paroles pro- 
noncées hier; j'avais réussi à rallier quelques gardes et les 
mettre dans le chemin de l'ordre. Lorsque ce matin, M. S..., 
fourrier de la 4' compagnie est arrivé au poste pour faire 
signer une délégation, haranguer les hommes qui ont tous 
.signé, excepté moi et V...; nous avons refusé malgré les 
menaces qui nous ont été faites et été traités de royalistes. 
Ce qui est de tout le mal, c'est la signature du capitaine 
C.., il est question de nommer un autre commandant, je 
crois que vous n'avez pas à compter sur la 4" compagnie, ni 
sur beaucoup des trois autres. 

Voici ce que je viens d'apprendre en rentrant chez moi: 



— 103 - 

On doit s'emparer de votre personne en entrant ou sor- 
tant de la mairie ou tout autre lieu. Si ce guet-apens 
venait à échouer, quelques meneurs se seraient abouchés 
avec un autre bataillon pour attenter à votre vie, je le tiens 
d*an de mes amîâ qui l'a entendu de la bouche de qui je 
crois sont de la 2* compagnie. En pareille circonstance, mon 
commandant, si vous avez besoin de moi, quel que soit le 
moment le plus critique, je suis à vos ordres, quoique l'on 
me menace de me surveiller; je vous prie aussi, mon Com- 
mandant, si le bataillon est licencié, de bien vouloir me faire 
admettre dans un autre, à votre choix, n'ayant pas d'autre 
moyen d'existence pour moi et ma femme que ce que je 
reçois du bataillon. Je suis employé de commerce; je m'oc- 
cupe tous les jours à chercher à m'employer, jusqu'à ce 

jour je n'ai rien trouvé... 

Signé: Ganivet. 

Rue Blottière, i7, Paris. 

La dernière phrase explique bien des adhésions à la 

Commune* 

• Celles qui précèdent répondent à une communication 

qui nous a été faite par l'adversaire, à une lettre 

de M. Garnier, prétendant que le 18 mars, à 

deux heures de l'après-midi, M. Delamarche fit 

assembler, sur la place de la Mairie, le bataillon 

des volontaires de Montrouge: « Delamarche, dit-il, 

proposa à ses hommes de marcher sur Versailles, 

disant que Paris allait avoir à soutenir un deuxième 

siège, çt, comme un silence glacial répondait seul à 

ses ouvertures, il ajouta qu*il partirait seul, et les 

imbéciles te IçLissèrent partir. Voilà comment fut mC' 

nacée la vie du bon apôtre. » Il parait que si Garnier 

avait été le maitre, le bon apôtre n'en aurait pas été 

quitte avec des menaces ! 

Vous avez entendu des volontaires, entre autres 



— 104 — 

M. Skbourque, m. Rouffiac et M. Roggën. Ils ont 
affirmé qu'il n'y avait pas eu de réunion le 18. 

Voici, en effet, comment se passa cette journée. 

Le 18 mars, au matin, on lisait sur les murs une 
proclamation du ^gouvernement, annonçant qu'il était 
décidé à ag'ir avec vigueur et que les canons dérobés 
à rÉtat allaient être rétablis dans les arsenaux. Pres- 
que en même temps on apprenait que, au point du 
jour, les gardes nationaux en faction à Montmartre 
avaient été surpris et enveloppés par la troupe, et que 
l'armée régulière était rentrée en possession des canons 
entassés sur la butte. 

Le triomphe du gouvernement paraissait assuré. 

M. Delamarche vit alors arriver à son bureau, doci- 
les et soumis, plusieurs de ceux qui paraissaient 
les plus ardents la veille. L'un d'eux, un officier, 
osa lui remettre une liste contenant les noms de ses 
camarades qui avaient adhéré au comité central. 
M. Delamarche refusa d'en prendre connaissance 
et s'empressa de déchirer ce papier. 

A deux heures de l'après-midi, il était convoqué au 
secteur. Le commandant lui apprit la suite des événe- 
ments : l'assassinat des généraux Lecomte et Clément 
Thomas, le triomphe de l'insurrection, la fuite du 
gouvernement, l'abandon de l'Hôtel de ville. Comme 
instruction ce mot si sou vent répété: Débrouillez-vous! 

En rentrant chez lui, M. Delamarche apprit que des 
fédérés en armes étaient venus pour l'arrêter. 

Il partit pour Versailles, où demeurait un parent de 
sa femme, M. Bidault. II y séjourna du 18 mars au 
22 mai (1). 

(h Voir aux plôccs justiticalivcs, page i23. 



OI 



— 105 -^ 

A. Versailles, il se fit inscrire à son administration. 
A partir de ce moment, il ne voulut rien toucher, — 
même pendant la période du 22 mai au 12 juin, -— que 
ses modestes appointements d'employé de Toctroi. 
Il considérait son rôle comme terminé. 
Les événements en décidèrent autrement. 
Le 4 avril, avait lieu Taffaire de Châtillon. Dans 
cette sortie, un grand nombre de volontaires étaient 
ftiits prisonniers et amenés à Versailles. Leurs femmes, 
^eurs mères vinrent tout naturellement trouver M. De- 
^AMARCHE, le suppliant d'intervenir. Il y avait là un 
devoir d'humanijté à remplir envers d'anciens compa- 
gnons d'armes, qui s'étaient bravement comportés 
t^endant le siège. Grâce à ses relations avec le général 
-Aj»pert, son ancien chef d'état-major, M. Delamarche 
obtint de leur rendre visite, pour leur apporter quel- 
que soulagement dans leur triste situation. (C'est sans 
doute l'interrogatoire dont a parlé un des témoins, 
et dont M. Sêbourque vous a fait connaître le véritable 
but.) Il donna de leurs nouvelles à leurs familles. 
Madame Méteau vous a déclaré que, grâce à lui, elle 
avait pu voir ses fils blessés à l'hôpital militaire (1). 

Vers la fin d'avril, le gouvernement se préoccupa de 
réorganiser la garde nationale pour le moment où l'on 
reprendrait possession de Paris. 

4 

Sur la demande instante de M. Héligon et des chefs 
de bataillon. M, Delamarche fut délégué comme com- 
mandant supérieur des gardes nationales du X1V« ar- 
rondissement. Sa lettre de service détermine exacte- 
ment la mission qui lui fut confiée. Elle est ainsi 
conçue : 

(I) Voir aux pièces justificatives, pages 2iy à 222, et dépositions Sk- 
BoLRQiE et Mettat, pages 52-53, 



^ 106 — 



ÉTAT-MAJOR GENERAL 



Garde nationale de la Seine 



ORDRE 

Le chef d'état-major nomme provisoirement M. le lieute- 
nant-colonel Delamarche, commandant supérieur des 
gardes nationales du'XIV arrondissement. 

Cet officier supérieur devra s'étudier à jréorganîser provi- 
soirement autant que possible les bataillons ou fractions 
de bataillons de l'arrondissement restés fidèles à la cause 
de l'ordre; à cet effet, il devra se concerter avec les officiers 
de la garde nationale de cet arrondissement actuellement à 
Versailles et nouer des relations avec les officiers restés à 
Paris; il est autorisé à déléguer des officiers pour exercer 
provisoirement en l'absence des titulaires les commande- 
ments des bataillons et des compagnies. Ces délégations 
pourront être faites soit immédiatement, soit ultérieurement 
lorsque la garde nationale fidèle se ralliera à l'armée. 

II sera rendu compte au chef d'état-major de la compo- 
sition des cadres ainsi reconstitués et du nom des officiers 
qui auront rallié. 

M. le colonel Delamarche prendra ses dispositions pour 
rentrer dans Paris, et grouper autour de lui les gardes na- 
tionaux fidèles du XIV' arrondissement, dès que l'armée 
occupera militairement un quartier de la ville. Il devra 
venir avec ses bataillons ou fractions de bataillons se 
joindre à l'armée; ce ralliement sera fait avec les précau- 
tions nécessaires, soit individuellement, soit par fraction 
constituée, le signe de ralliement sera autant que possible 
un brassard tricolore. Avant de joindre l'armée, il sera bon 
d'envoyer prévenir l'officier le plus voisin de l'arrivée d'une 
troupe armée. 



- 107 - 

irvîce de la solde sera immédiatement assuré ; les 
î payeurs ovi des officiers délégués à cet effet par les 
le bataillon provisoires ou titulaires viendront per- 
a solde à Tétat-major sur la présentation d'états 
ir le commandant supérieur. 

mmandant supérieur organisera les forces dont il 
, de manière à constituer une sorte de régiment dont 
ra le commandement; il y incorporera successive- 
us les éléments isolés de son arrondissement qui se 
eront.. 

rmes seront données à ceux qui n'en ont pas ; le 
idant supérieur de l'arrondissement fera savoir 
mativement, dès que ce sera possible, le nombre 
es nécessaires ainsi que celui des munitions, 
soit hien entendu que dans cette circonstance le rôle 
arde nationale sera celui d'un instrument puissant, 
et moral plutôt que par une action purement mili- 

soit hien convenu également que les hommes égarés 
tccueillis avec une indulgence entière. 
comte (du Breignou, chef d'escadron d'état-major, 
ticulièrement chargé de l'échange des communica- 
latives au XIV' arrondissement, entre le comman- 
périeur de cet arrondissement et le chef d'état- 
énéral. 

lajor de l'arrondissement fera fonctions de chef 
ajor près le commandant supérieur de cet arron- 
nt. M. le colonel Delamarche le recherchera et lui 
des instructions à ce sujet. 

Versailles, le 27 avril 1871. 

Le colonel, chef d'état-major général. 
Signé: CORBIN. 



leux phrases prescrivant une indulgence entière 

ajoutées à la demande expresse de M. Delà- 

. Il a déclaré qu'il ne voulait pas rentrer dans 



- 108 — 

son arrondissement pour faire œuvre de répression, 
mais pour faire œuvre de pacification. 

Le CrirfuPei//>Ze, continuante esquisser sa défense, 
prétend, dans son numéro du 29 octobre, que ces ins- 
tructions n'étaient pas les instructions véritables, qu'à 
côté des ordres officiels et publics, il y avait des 
ordres secrets. 

Il s'efforce d'établir, sans aucune preuve, une assi- 
milation entre M. Delamarche et M. Vabre qui pré- 
sida, paraît-il, la Cour martiale du Châtelet; celui-ci, 
dit-on, pris à partie par un journal pour ses exploits 
du Châtelet, menaça le gouvernement de se défendre 
et de représenter Vordre de service qui lui avait 
été donné à titre de grand-prévôt par M. Thiers. 
C'est alors qu'il aurait été nommé officier delà Légion 
d'honneur. Et le journal demande si toutes les habi- 
letés du sieur Delamarche parviendront à le tirer de 
cette compagnie. 

Nous n'avons pas besoin d'habiletés. Le Cri du 
Peuple nous fournit lui-même la réponse. 

M. Vabre avait une lettre de service qu'il menaçait 
de montrer et qui le nommait grand-prévôt. 

Nous représentons l'ordre de service de M. Dela- 
marche ; il ne contient rien de semblable. 

M. Vabre n'a jamais exercé de commandement 
dans la garde nationale. Il était fonctionnaire, lors- 
qu'il fut nommé, après l'affaire du 22 janvier, com- 
mandant militaire de l'Hôtel de ville. C'est ce qu'a 
affirmé un témoin, M. Héligon, sur l'interpellation 
de M« Laguerre. 

M. Vabre n'a jamais été chef d'arrondissement; il a 



— 109 - 

été fait officier de la Légion d'honneur parla réaction, 
qui, au même moment, persécutait M. Delamarche. 

Aucune assimilation n*est donc possible entre ces 
deux hommes. 

Nous allons d'ailleurs voir M. Delamarche se con- 
formant exactement aux termes de son ordre de 
service. 

Le 22 mai au matin, il apprend que la veille à trois 
Jieures, grâce à l'énergie et au sang-froid de M. Du- 
CATEL, les troupes ont pénétré dans Paris par la porte 
de Saint-Cloud. Il part de Versailles à dix heures et 
demie, sans armes, esta deux heures au château de la 
Muette et se rend à l'École militaire, ou il arrive entre 
quatre et cinq heures du soir (1). 

Là il apprend que le XIV« arrondissement n'est pas 
encore délivré. 

L'armée était entrée lentement, n'ayant à sa dispo- 
sition qu'un petit nombre de portes, obéissant d'ail- 
leurs aux instructions qui lui prescrivaient d'occuper 
en force chaque secteur avant de pénétrer dans un 
autre. Le soir elle tenait, sur la rive gauche, une 
ligne qui, partant de la porte de Vanves, s'avançait en 
pointe jusqu'à la gare Montparnasse, touchait les In- 
valides et gagnait la Seine au Palais-Bourbon. 

Le boulevard des Fourneaux était à l'extrémité de 
cette ligne. 

M. Delamarche, arrivé à Paris à cinq heures, ne 
pouvait y installer une prévôté à midi. Il n'y a pas 
mis les pieds ce jour- là, 

(1) H n'y fut rejoint qu'à sept heures par une partie de son détachement, 
rentré par la porte de Versailles. 

10 



— 110 — 

Nous avons sur ce point les témoignages de ceux 
qui accompagnaient M. Delamarche dans son voyage 
de Versailles à Paris: MM. Faivre, Lespinasse, Le- 
MONNiER, Fribourg. Ils out couché, avec lui, à TEcole 
militaire. 

Le 23, la lutte recommençait avec un terrible achar- 
nement. 

Tous ceux qui avaient été entraînés dans l'insurrec- 
tion par rignorance ou la misère, avaient pris la fuite. 
Une restait derrière les barricades qu'un noyau d'hom- 
mes dévoués, fanatiques, voyant s'écrouler avec rage 
ces rêves de prospérité, de rénovation sociale, auxquels 
ils s'étaient attachés, malgré les démentis que leur 
donnaient la fortune et les fautes de leurs chefs. Ils 
se défendaient comme des gens qui n'attendent pas de 
merci, et qui n'ont de refuge que dans la mort. Ils 
restaient là, fixés aux pavés, sous les obus et les 
balles, combattant jusqu'à ce qu'ils fussent tués ou 
prisonniers. 

L'armée régulière, de son côté, était surexcitée par 
cette lutte des rues, entre de hautes murailles, d'où 
les coups de feu partaient en avant, en arrière, à 
droite, à gauche, dans une atmosphère imprégnée de 
l'acre odeur de l'incendie, remplie de flammes et de 
fumée. La répression devient atroce. Toute pitié 
s'évanouit. Tout homme pris les armes à la main, ou 
les mains noires de poudre, est fusillé ou traîné 
devant une Cour martiale. 

Ce sont là. Messieurs les jurés, de terribles souve- 
nirs ! Il est impossible de les évoquer sans songer à 
cette parole de Jeanne d'Arc: «Je n'ai jamais vu 
couler de sang français que les cheveux ne me levas- 
sent sur la tête l » 



- 111 - 

C'est le triste lot des guerres civiles. La responsa- 
bilité en retombe tout entière sur ceux qui les provo- 
quent. 

Cependant, Messieurs, au milieu de cette lutte 
acharnée, de ces passions déchaînées, il se trouva des 
hommes, en trop petit nombre, qui gardèrent leur 
sang- froid, qui se souvinrent que ceux contre lesquels 
on combattait, ceux qu'on amenait vaincus et désar- 
més, étaient des Français et qui, dans cette fièvre de 
répression, s'efforcèrent encore de faire prévaloir la 
clémence et l'humanité. 

M. Delamarche a été de ceux-là. 

Le 23 au matin, il se rend boulevard de Vaugi- 
rard. Il attendait là qu'on put pénétrer dans le XIV» 
arrondissement, lorsqu'on vient lui dire que deux vo- 
lontaires, RoGGEN père et fils, ont été arrêtés et 
conduits à la prévôté des Fourneaux. 

Il s'y rend, les reconnaît, court chez le général Le- 
VASSOR-SoRVAL, et obtient de lui, sur un papier in- 
forme, l'ordre de mise en liberté que voici : 

« Messieurs Roggen père et fils seront mis en liberté, re- 
connus innocents, sous la responsabilité du colonel Delà- 
marche. 

Signé: Général Levassor-Sorval. » 



Il présente cet ordreaulieutenantdegendarmerie (1) 
faisant fonctions de prévôt et emmène les Roggen. Il 
sort de la cour de la prévôté, pour n'y plus rentrer. 
C'est la seule apparition qu'il y ait faite, 

(1) Voï?' aux pièces joslificativcs, page 2g5. 



- 112 — 

Vous avez entendu Cyprien, Haiteau, Gourlot, qui 
gardaient Timmeuble ou s'y rendaient fréquemjtnent. 
Aucun d'eux n'a vu M. Delamarche. Il n'y avait là 
qu'un lieutenant et un maréchal-des-logis de gendar- 
merie. 

Vous avez entendu les prisonniers : Danner et Roty, 
qui étaient dans la cour, ont vu entrer M. Delamarche 
et l'ont vu ressortir aussitôt avec les Roggen. 

Eyguière, traîné à la prévôté le 23 mai à six heures 
du matin, n'a pas vu M. Delamarche. Chardon, con- 
duit à la même prévôté, ne l'a pas vu davantage et, 
pendant huit jours qu'il a passés au Luxembourg, à 
l'Ecole militaire, à la caserne Dupleix, il n'a jamais 
entendu parler de M. Delamarche. Aucun des témoins 
cités par nos adversaires n'a vu M. Delamarche, 
aucun n'en a entendu parler. 

Roggen vous a raconté comment il avait été délivré. 
Il semblait qu'on voulût insinuer que M. Delamarche 
n'avait relâché les Roggen que pour en faire des es- 
pions. Garnier avait parlé d'un sergent-major et 
d'un fourrier, qui seraient venus à la barricade des 
Quatre-Chemins, racontant que M. Delamarche les 
avait mis en liberté et les envoyait pour conseiller 
aux autres de mettre bas les armes. Sur ma demande, 
on a confronté Garnier avec Roggen : il a déclaré 
qu'il n'avait pas voulu parler de lui. 

Il n'}' a donc rien de vrai dans la première partie 
du récit de M. Jules Boulabert. Nous verrons, en 
continuant, avec quelle habileté la calomnie est pré- 
sentée. L'écrivain sait que M. Delamarche a sauvé 
deux personnes, il sait qu'il est venu en aide aux fa- 
milles des prisonniers; avec une véritable perfidie, il 






— 113 - 

répond àTavance à toutes les objections, mélangeant 
le vrai et le faux. 

L'honorable avocat lit la seconde partie 
du passage incriminé, inséré ci-dessus 
dans le corps de la requête. 

Après cette lecture, il continue ainsi: 

Comment un lecteur non-prévenu révoquerait- il en 
doute un récit aussi mouvementé, enrichi d'un tel 
luxe de détails? Tout est fait pour tromper le lec- 
teur, jusqu'à cette forme personnelle, qui a quelque 
chose de vécu : 

Je dirai: J'étais là, telle chose m'advint ; 
Vous y croirez être vous-même. 

Ceux que M. Delamarche a sauvés, ceux qu'il a 
secourus, penseront que la bienfaisance n'y était pour 
rien : il agissait par caprice ou par intérêt ; d'autres, 
moins heureux, ont été sacrifiés. « La veille il faisait 
fusiller tout le monde; il remplissait la cour de 
cadavres! » 

M. Jules BouLABERT en est arrivé à détruire la foi, 
la confiance chez ces hommes, ces femmes, qui depuis 
quinze ans avaient voué leur reconnaissance à M. De- 
lamarche. N'est-ce pas là la plus cruelle des diffama- 
tions ? 

Tandis que M. Boulabert représente M. Delà- 
marche aux Fourneaux, s'humanisa nt le 24, procurant 
des vivres aux prisonniers, leur permettant de voir 
leurs femmes et leurs enfants, les faisant partir le 25 
pour le Luxembourg", il était installé à la mairie du 

10. 



_ lu - 

XI V« arrondissement, où il était entré le 24 à six heures 
du matin. Il faisait déblayer les rues, protéger les pou- 
drières, il préservait le quartier d'une explosion; il sau- 
vait les Enfants-Assistés. Il envoyait de tous côtés des 
officiers avec des lettres, des certificats pour fa ire mettre 
en liberté ceux dont on lui annonçait l'arrestation. 

Tous ces faits vous ont été affirmés par de nombreux 
témoins: M. Ancelet, M. Ricard, M. Héligon, 
M. FiNSTERWALD, M. Crochet, M. Lespinasse. ils ont 
rappelé un incident remarquable. 

Vous savez. Messieurs les jurés, quel débordement 
de délations suivit la rentrée des troupes ; il y eût là 
des semaines plus tristes encore peut-être, au point 
de vue moral, que la semaine sanglante. Sous l'empire 
de la haine, de la jalousie, de la peur, 175,000 dénon- 
ciations furent envoyées à la préfecture de policé. 

On apporta à M. Delamarche une liste d'hommes 
ayant pris part à l'insurrection. Il la déchira, la jeta 
au panier, mit les dénonciateurs à la porte, flétrissant 
avec indignation ceux qui voulaient faire de nouvelles 
victimes au lieu de panser les blessures de la guerre 
civile (1) ! 

En môme temps, des secours étaient donnés aux 
familles nécessiteuses. Voici les registres, sans 
marques ni croix rouges : ils constatent que, du 25 
mai au 8 juin, on distribua dans le XIV* arrondisse- 
rnent, aux anciens gardes nationaux, pour 26,000 francs 
de bons de pain et de viande (2). 



(I) Voir dépositions Finsterwald et Cuociiet. 

(l) Voir aux pièces justificatives, pages 225 à 228, et déposition Roggen, 
dernière réponse, sur interpellation de M* Laguerre, page 6i. 



— 115 — 

• 

Je rappelle encore que M. Delamarche, après son 
arrestation au 9 juin, bien que devenu suspect, tra- 
cassé par son administration, par la municipalité 
réactionnaire, par la police, n'en continua pas moins 
son œuvre d'humanité. 

Vous trouveriez au dossier, Messieurs les jurés, des 
documents qui vous édifieront à ce sujet. Dans l'un 
notamment, daté du 13 juin, il réclame instamihent, 
en invoquant les ordres de clémence qu'il a reçus de 
l'état-major, la mise en liberté de tous les hommes du 
46* bataillon de la garde nationale, arrêtés en masse 
le 21 mai (1). Dans un autre, daté du 15 juin, il sollicite 
l'élargissement des prisonniers ramassés les 3 et 4 
avril sur le plateau de Chiitillon(2). On a eu égard à ces 
demandes; presque tous les prisonniers, en faveur 
desqueïs elles étaient faites, ont bénéficié d'ordon- 
nances de non-lieu. 

Enfin, vous vous souviendrez que M. Delamarche 
a fréquemment été appelé en témoignage devant les 
conseils de guerre par les accusés, que ses attestations 
leur ont valu, le plus souvent, un acquittement ou une 
atténuation de peine (3). 

Je termine en mettant sous vos yeux, Messieurs les 
jurés, deux documents qui couronnent ce récit. 

L'un est une lettre adressée à M. Delamarche par 
le chef d'état-major de la garde nationale, le 8 juin 
1871 : 



(1) Voir aux pi(*ccs justificatives, page 229. 

(2) Voir aux pièces justificatives, page 230. 

(3) Voir aux pièces justificatives, pages 230 à 232. 



- 116 



Paris, le 8 Juin 1871. 

Mon cher commandant, 

Le licenciement de la garde nationale et la prise du 
commandement des arrondissements de Paris par l'autorité 
militaire ont mis fin à la mission que je vous avais confiée 
lors de notre départ de Versailles. Je viens aujourd'hui 
vous remercier du zèle et du dévouement avec lesquels 
vous avez accompli la tâche difficile que vous aviez bien 
voulu accepter. 

Croyez, mon cher commandant, à la nouvelle assurance 
de mes sentiments dévoués et affectueux. 

Le colonel, chef d* état-major , 
P. O. Le lieutenant-colonel, sous-chef d'état major général. 

Signé; P.-B. de Mortemart. 

L'autre contient les adieux de M. Hêligon, maire du 
XIV« arrondissement. 



Paris, le 24 Juin 1871, 



Mon cher Delamarche, 



A la veille du jour où chacun de nous va retourner à ses 
occupations habituelles, je m3 plais à rendre témoignage 
de votre conduite publique depuis le moment où le choix 
de mes concitoyens m'a placé au poste d'administrateur du 
XIV* arrondissement. 

Depuis cette époque j'ai pu constater votre entier dévoue- 
ment au pays envahi. 

Organisateur du bataillon des volontaires de Mqntrouge, 
y^us l'avez administré et commandé avec honnêteté, hon- 
i^eii^ et courage. 



- 1- 



- U7 - 

Aux approches du 18 mars, vous avez avec vigueur tenu 

ète au comité central et, non content de refuser votre con- 

•ours au conseil de légion, vous en avez publiquement et 

par écrit flétri les promoteurs, ce qui vous a contraint de 

quitter Paris pendant soixante-quatre jours, et rentré de 

Versailles en compagnie de l'armée, j'ai retrouvé en vous 

un collaborateur actif et intelligent, grâce à qui j'ai pu 

très rapidement pacifier les esprits et rétablir les services 

administratifs de mon arrondissement. 

Recevez donc, mon cher Delamarche, avec l'assurance 
de mon amitié, tous mes remerciements. 

Signé: Héligon, 
Maire du X/V arrondissement. 



C'est le mot de la fin. 

Vous avez entendu les témoins, Messieurs les jurés; 
vous connaissez les pièces du procès. 

Vous comparerez la fable et la réalité. 

L'ambitieux féroce, le tig^re altéré de sang, le feux 
bonhomme, c'est celui que tous les témoins nous 
représentent plein d'humanité, de générosité, de bien- 
faisance. 

Vous comparerez et vous jugerez. Vous jugerez 
qu'une condamnation est nécessaire. U faut^que votre 
verdict lave M. Delamarche des accusations téméraires 
qu'on a portées contre lui. 

Ne nous dissimulons pas cependant que de ces ca- 
lomnies il restera toujours quelque chose ; quel que 
publicité que nous accorde la Cour, beaucoup ignore- 
ront encore son arrêt. Pour eux, M. Delamarche res- 
tera, en dépit de tout, le prévôt du XIV* arrondisse- 
ment, le ma^i^creur de 1871; c'est-à-dire qu'il res- 
tera exposé à bien des rancunes et à bien des périls. 



^ 



y 



- 118 - 

Je vous parlais en commençant, Messieurs les jurés, 
deç soupçons, des défiances qui l'ont entouré, lorsque 
la calomnie a circulé pour la première fois. Aujour- 
d'hui, ce ne sont plus des soupçons ou des défiances, 
ce sont les menaces qui viennent l'assaillir. J'ai là des 
lettres qui lui ont été adressées depuis que le feuilleton 
du Cri dû Peuple a paru. 

En voici une qui porte le timbre de la poste, du 26 
octobre 1885. 

Elle contient sous la forme la plus grossière, les 
injures et les menaces les plus violentes: 

« Nous renouvellerons, y est-il dit, les massacres de la 
« rue Haxo, nous ne laisserons pas debout un seul de vos 
« lupanars, c'est-à-dire de vos maisons... Vous êtes 140,000 
« bourgeois que nous tuerons... Tu seras marqué d'un fer 
« rouge en attendant que tu manges du plomb... Je te ferai 
« avaler de force les balles de 71, car il faudra bien que tu 
« sortes de ta boîte, toi, avec ta rac/ie, et nous vous crève- 
nt rons la paillasse, tas de crapules, voleurs et assassins... » 

Et qu'on ne prétende pas, comme l'a dit le Cri du 
Peuple dans son numéro du 9 novembre qu'il y a là 
une indignation sincère, des cris de douleur et de 
rancune qu'on n'a pu contenir! Non, cette lettre est 
puisée tout entière dans le récit du Cri du Peuple, 
« Vous avez volé, y est-il dit, les enfants de ceux que 
vous avez tués. » C'est la paraphrase delà note, accu- 
sant M. Delamarciie d'avoir fondé un asile pour 
recueillir les enfants de ceux qu'il avait fait fusiller. 

Le Cri du Peuple n'a rien ménagé d'ailleurs, pour 
aggraver la diffamation. 

Depuis que le procès est engagé, M. Delamarchë 
est presque chaque jour cité dans ses colonnes, et 
chaque fois injurié. 



- 119 - 

Pendant quinze jours on a pu lire en bas de la pre- 
mière page, en gros caractères, un avis ainsi conçu: 

Tous les citoj^ens qui, en mai 187i, ont passé par la Cour 
martiale du boulevard des Fourneaux (actuellement bou- 
levard de Vâugirard, 8); tous les habitants du XIV' qui 
auraient à nous, fournir quelques documents sur le sieur 
Delamarche, tous les anciens volontaires de Montrouge sont 
priés de nous écrire ou de passer dans nos bureaux de sept 
heures à minuit. 

Puis, comme malgré cet appel réitéré, les témoins 
ne se pressaient pas dans les bureaux du Cri du 
Peujple, on s'est mis à leur recherche. Goullé vous di- 
sait qu'il avait été chargé de faire une enquête. Oui, on 
a parcouru Montrouge, on abattu tout le quartier; 
on visitait, on interrogeait, on arrêtait dans les rues 
des agents de l'octroi, d'anciens gardes nationaux 
tous ceux qui pouvaient avoir quelque sujet de mécon- 
tentement contre M. Delamarche. 

Cela ne suffisait pas encore. On a organisé une 
réunion publique. Voici la convocation que je trouve 
dans le Cri du Peuple du \^^ décembre : 

PARTI OUVRIER {Agglomération parisienne). 

— Cercle collectiyiste révolutionnaire du XIV*. — Réunion 
publique à huit heures et demie du soir, salle des Mille- 
Colonnes, 20, rue delà Gaité, sous la présidence du citoyen 
E. Vaillant, conseiller municipal.— L'affaire Delamarche 
devant la justice du peuple ; les pourvoyeurs des Cours 
martiales. 

Il fallait devancer par la justice du peuple les arrêts 
de la justice bourgeoise ! 
Cette convocation a été faite aussi par affiche. 
Voilà un placard rouge, où le nom de M. Delà- 



— 120 — 

MARCHE apparaît en grosses lettres^ et au-dessous: les 
Massacres de mai i871 (1). 

M« Lâguerre. — Le Cri du Peuple est étranger à 
cette réunion. 

M® A. Ledru. — Je comprends vos dénégations. La 
réunion n*a pas réussi. Quand le 2 décembre, nous 
avons ouvert votre journal pour lire le compte-rendu, 
il y avait bien un titre : Y Affaire Delamarchb, mais 
au-dessous figuraient simplement les noms de Mes- c^ 
sieurs les jurés. Nous savons cependant ce qui s'est , 
passé salle des Mille-Colonnes ; un citoyen, à la voix 
retentissante, a appelé à la tribune ceux qui avaient 
quelque révélation à faire sur M. Delamarche; per- 
sonne ne s'est présenté. Après de vagues généralités 
sur les massacres de 1871, on a repris les tirades ordi- 
naires contre l'infâme capital. 

Mais n'est-ce rien que ces appels à la dénonciation, 
ces excitations à la vengeance, ces haines, ces me- 
naces accumulées sur le nom de M. Delamarche? 

Certes, il a l'âme assez ferme pour n'en être point 
ébranlé ; il a bravé d'autres périls. Mais il a, près de 
lui, des personnes à qui sa vie est chère, et que de 
semblables violences affectent profondément. 

Pendant que ces écrits vont ainsi porter le trouble 
dans l'existence et dans l'entourage de M. Delamarche, 
il y a, dans un bureau de rédaction, des journalistes 
qui, sur leurs fauteuils, les pieds au feu, supputent 
tranquillement les bénéfices que leur rapportera leur 
petite diffamation. 

Ne vous y trompez pas, Messieurs les jurés. On 

(1) Voiriiux pièces JusUficativcs, page 332. 



vous parlera de prapagande révolutionnaire, de sacri- 
fices â.une noble cause ! Allons donc l 

Il n'y a là que des spéculateurs, des gens, —quelques- 
uns haut placés, — qui s'occupent, ayant tout, de foutre 
fructifier leurs fonds ! Leur seul souci est de savoir 
si les pertes seront inférieures»^ aux bénéfices, si le 
risque cpuru, l'amende, les dommages-intérêts, la 
prison, — carondouble pendant ce temps-là les appoin- 
tements du gérant — si tout cela sera égalé ou dépassé 
par la venté du joarna). 

. Le jour de l'affaire Ballericb, le tirage a monté de 
aO,OOÛ à »),(XX> exemplaires ! 

' Voilà pourquoi. Messieurs, nous den^ndons à la 
Cour, par nos conclusions, de . condamner le Cri du 
Peuple h 5^000 francs de dommages-intérêts. 

Quand on fait un semblable métier, ce n'est pas 
pour llioQneur, c'est pour l'argent. C'est à la caisse 
qu'il fiaut frapper. Il faut que la calomnie coûte assez 
cher pour qu'on ne soit plus tenté de mettre en ba- 
lance d'une part la réputation d'un honnête homme, 
de l'autre les bénéfices d'un journal ! 

Voilà, Messieurs les jurés, l'œuvre de protection à 
laquelle nous vous convions. 

Je suis, quant à moi, partisan de la liberté absolue 
de la presse. Je crois qu'on doit pouvoir tout dire et 
tout écrire, mais à une condition: c'est qu'à une 
grande somme de liberté corresponde une grande 
somme de responsabilité. 

Un orateur antique, terminant une harangue dans 
laquelle il démandait justice de ses diffamateurs, 
disait à ses juges: «Vous allez, au sortir d'ici, ren- 
trer librement chez vous ; vous irez, vous viendrez ; les 

11 



-.122- 

uns se rendront au théâtre, les autres au bain ; ceux* 
cl iront surveiller le travail de leurs esclaves. Vous 
marcherez tous, confiants dans la protection de la loi, 
dans les garanties de la justice. Cette protection, cette 
garantie, qui font votre sécurité, est-ce que vous pou- 
vez me les refuser? » 

Messieurs les jurés, je vous dis à mon tour: 
- La loi qui nous défend, la loi qui nous protège, tous 
allez en faire Tapplication. Vous allez à la fois, par 
votre verdict, mettre un frein à d*intolérables excès de 
plume et rendre à M. Delamarchb ce qu*on s'est 
efforcé de lui ravir, ce qui lui est plus précieux que la 
vie.'Testime, la considération publique, son honneur 
de soldat et de citoyen ! 

* ' - ■ 

Après réloquente plaidoirie de M« A. Ledru, 
qui se distingue, par la force de rargumenta*- 
tion appuyée sur des documents officiels d'une 
valeur incontestable et la modération qu'il 
apporte dans la discussion, la parole est don- 
née à M. Banaston, avocat général, dont le 
réquisitoire également très modéré dans la 
forme, peut se résumer ainsi : 



Réquisitoire de I. l'avocat général BiMASTOH 

M. Tavocat g^énéral Banaston définit le délit de 
diffamation et précise le débat au point de vue juri- 
dique. 



-123 - 

Il relève plusieurs passages du feuilleton incriminé 
comme ayant, au premier chef, le caractère d'atteinte 
à Thonneur et à la considération de M. Delamarc^e, 

Cependant, il s*agit d*un fonctionnaire public; les 
rédacteurs du Cri du Peuple devraient être acquittés 
s'ils avaient prouvé que la conduite de M. Delamarchb 
a bien été celle qu'on lui prête. Ils n'ont point fait 
cette preuve ; parmi les témoins entendus, aucun n'a 
vu M.. Delabiarche présider un tribunal militaire, 
tous au contraire indiquent l'emploi de son temps pen- 
dant la semaine de mai et attestent sa conduite pleine 
d'humanité. 

Avant d'assister à l'audience, continue M, l'avocat 
général, je ne connaissais pas M. Delamarche ; 
maintenant, après ces débats, après l'audition des 
témoins, je dois déclarer, c'est ma conviction, que 
M. Delamarche est un honnête homme« 

M. l'avocat général apprécie le rôle honorable de 
M. Delamarche qui a empêché les explosions, les 
incendies dans son quartier* 

Il rappelle un détail touchant rapporté par un 
témoin. C'est à lui que les Enfants -Assistés, au 
nombre de 600, ont dû d'être recueillis et nourris (1). 

J'ai retenu aussi, ajoute-t-il, ce qu'a dit le vingt- 
deuxième témoin, que M. Delamarche avait dissuadé 
les volontaires de servir l'insurrection en leur tenant 
ce patriotique langage : ^ Il ne faut paSj en présence 
des Prussiens qui occupent notre terrîtoirey nous 
battre entre nous. » 

11 ajoute encore que les prévenus ne sauraient arguer 
de leur bonne foi; car^ s'il en était ainsi, ils auraient 

(1) Voir aux pièces justificatives, page 216, et déposition Héligon, page 68. 



- 124 - 

dû, depuis quHls ont reçu la citation de M. Delamarche 
s*enquérir auprès de témoins sérieux, ce qu'ils n\>nt 
pas fait. 

Il conclut en disant que, sur là question d*injures, 
il ne croît pas qu'il y ait lieu de retenir la plainte ; 
mais, que sur la question de diffamation» la culpa- 
bilité est certaine, et qu*une peine doit être appliquée. 
Quant à sa quotité, M. Tavocat général déclare s'en 
remettre à l'appréciation du jury et de la Cour.. 

L'audience suspendue vers six heures est re- 
prise à huit heures. 

La parole est donnée à M* Laguerre, avocat 
des prévenus.' 

Plaidoirie de M« LAGUERRE 

RÉSUMÉ (1) 

M« Laguerre, après s'être amèrement plaint de 
V hostilité du président des assises, et du parquet, et 
des violences de Tavocat de M. Delamarche, affirme 
que le récit de M. Jules Boulabert a été fait de bonne 
foi, en exil, d'après les souvenirs de ses compagnons 
de captivité, notamment du citoyen Belot, mort sur 
les pontons en 1871, Il a été terminé à la presqu'île 
Ducos le !•» janvier 1878 ; l'aspect du manuscrit, la 
couleur jaune di^ papier, la nuance rouillée de l'encre 
en font foi. 

(1 ) La plaidoirie de M* Lacierre a été publiée dans les n" du Cri du 
Peuple des 8 et 9 décembre. 



— 12o -- 

Non-Sôulemeitt Tauteur a ag^i de bonne foi, mais son 
œuvre est è^uiie modération qui étonne, 

M«. Laguerre retrace long^uement le théâtre du 
drame, Ip massacre ordonné par la Cour martiale de 
la rue des Fourneaux. 

L'histoire en est difficile à reconstituer. Parmi les 
témoins, les uns sont morts, les autres disparus; les 
survivants soiit lerroftWs par M. Delamarche, tyran 
de S071 quartier. 

Me Laguerre s'efforce de démontrer que si M. De- 
LAMARCHE ne faisait pas partie de la Cour martiale, il 
devait y jouir d'une certaine influence. Il a produit, il 
est vrai, un ordre de service qui lui assignait un rôle 
tout différent ; puis une lettre signée Mortemart, où 
on le remercie de la manière dont il a accompli sa 
mission. N'y avait-il pas une troisième pièce, qu'on 
ne produit pas, un ordre de service pour ta guerre 
des rues? 

Me Laguerre flétrit le rôle des gardes nationaux à 
brasâàïds, qui indiquaient les victimes aux officiers 
de l'armée, et laisse entendre, sans l'affirmer toutefois 
que M. Delamarghe a pu être de ceux-là. 

Ehfin, d'après lui, ce procès vient trop tard ; depuis 
six ans, des journaux tels que V Intransigeant, atta- 
quaient M. Delamarghe et mettaient son honneur en 
doute; x>ourquoi a-t-il tant attendu pour se fâcher? 

M* Laguerre termine en adjurant le jury de ne pas 
rendre contre ses Clients un verdict de condamnation 
qui serait la réhabilitation de M. DIslamarche. Quant 
à moi, dit-il, j'attends avec confiance votre décision. 
Le jury n'a jamais condamné le Cri du Peuple. Le 
verdict d^acqûittement que vous allez rendre sera la 



- 126- 

justifiçatioh de notre conduite; il affirmera que ce que 
nous avons dit, nous avions le dtôit de le dire« 

La parole est donnée à M* A, Ledru, qui ré^^ 
plique ainsi: ; 



Réplique de M*" Alphonse LEDRIT 

Messieurs les Jurés, 

Je ne puis laisser passer, sans une protestation énef^ 
gique, les dernières paroles de M« LAGus^LitE. Com- 
ment l Il est obligé de reconnaître que le récit de 
M. Jules BouLABERT est inexact et erroné ; il ^^est 
trouvé dans Timpuissance de produire un fait» un do* 
cument, un témoignage quelconque à Tappuidè ses 
allégations, et il s'obstine à accuser et à calomniier 
encore ! Avec cette hauteur d*expre5sion dont il- a le 
secret, il a fait la leçon à tout le monde. Personne n'a 
échappé à ses critiques. J'en ai eu ma petite part. Il a 
bien voulu me. donner quelques avis confraternels. On 
aurait cru véritablement entendre un des anciens de 
notre ordre admonestant quelque jeune stagiaire..* 
Vous oubliez, mon cher confrère, que vous étiez encore 
sur les bancs du collège, quand je défendais, devant 
les conseils de guerre, les malheureux que vos amis 
avaient entraînés dans l'insurrection ! 

Vous avez prononcé deux mots que je retiens. Vous 
ayez reconnu que l'honneur de M. Delâmarche avait 
été durement compromis. Vous avez dit ailleurs^ — 
j'ai écrit sous votre dictée, — que ]a çalomivie serait 



— 127 — 

odieuse, si aucun des faits allégués n*était prouvé. 
Vous ayez, par là même, prononcé la condamnation 
du Cri du Peuple et fait entendre contre vos clients 
le plus énergique réquisitoire. 

N'essayez pas d'invoquer la bonne foi de M. Boula* 
SERT. Ne vous abritez pas derrière cet inconnu, que vous 
appelez Belot, et dont vous prétendez reproduire les 
révélations. Renoncez à votre histoire de papier jauni 
et d'encre rouillée. Que m'importe tout cela ? Qu'im- 
porte que votre roman ait été écrit en 1877? Qu'im- 
porte encore qu'il soit daté de la presqu'île Ducost 
Vous l'avez publié en 1885 ; de 1877 à 1885, vous aviez 
le temps et le devoir de prendre vos renseignements, 
de vous informer, et de ne pas calomnier à la légère. 
Vous auriez appris la vérité de la bouche des anciens 
prisonniers qui sont venus à cette audience, qui ont 
témoigné qu'à Versailles, sur les pontons comme en 
Nouvelle-Calédonie, tous — sauf le peu reconnaissant 
Kayl, — dis:aient du bien de M. Delamarche. Vous 
étiez averti d'ailleurs par les polémiques des journaux, 
par les déclarations de M. Delamarche, par ses nomi* 
breuses lettres à V Intransigeant. 

Vous me demandez pourquoi nous n'avons pas 
poursuivi V Intransigeant, pourquoi nous avons tant 
tardé à faire ce procès. Comparez votre récit à l'entre- 
filet de V Intransigeant, et vous reconnaîtrez que si 
l'un appelait une simple rectification, l'autre exige 
une réparation plus complète. 

Et puis, est-ce bien vous qui osez me poser une sem*- 
blable question, me reprocher d'avoir tardé à saisir la 
justice, après les insultes dont vous venez d'accabler 
M. Delamarche? Croyez- vous qu'on s'expose de gaîté 



- 128 - 

de cœur à subir, après les diffamations du journal, 
après les commentaires qui Tont suivi, les injures de 
l'avocat? 

Il vous suffît, pour traîner un homme sur la claie, 
dlmaginer des documents, de lire entre les lignes, de 
vous livrer à des inductions plus ou moins ingénieusesl 
Vous nous présentez un Delamarche qui'n*a jamais 
existé que danis Fimagination de ses adversaires, 

A ce portrait fantaisiste j'en oppose un autre. Il n'a 
pas été fait par moi; il a été fait par les témoins, qui 
ont déposé à cette barre, sous la foi du serment, sous 
Fempire d'un sentiment, qui n'est pas, croyez-le bien, 
celui de là terreur, mais qui est plus fort que la 
crainte: le sentiment de la reconnaissance, de Testime, 
de la considération pour les services rendus! 

Vous avez laissé entendre que l'acquittement du 
Cri du Peuple serait la condamnation de M. Delà- 
marche. Vous avez raison : il faut que quelqu'un sorte 
d'ici condamné. Je suis sans inquiétude : le jury n'hé- 
sitera pas entre ceux qui accusent sans preuves, et celui 
qui, sans être obligé de rien prouver, a trouvé dans la 
bouche de tous les. témoins, des vôtres comme des 
siens, la plus complète et la plus éclatante des justifia 
cations ! 

M. le Président demande à Boulabert s'il a 
quelque chose à ajouter pour sa défense. 

Boulabert renouvelle la déclaration faite par 
lui au commencement de Taudience, qu'il tient 
de Belot, mort à Brest à bord de THermione, 
ce quïl a dit de M. Delamarche. 



Il ajoute qu'il a été très modéré, qu'il aurait 
encore eu beaucoup de choses à dire de 
M. Delamarche. On vient de lui apporter une 
lettre où on dit qu'il a laissé une de ses com- 
pagnies en plan à Buzenval... 

A ces derniers mots, de violentes rumeurs 
s'élèvent dans le fond de la salle ; ce sont les 
volontaires de Monti'ouge qui assistent en 
grand nombre au procès, et qui protestent 
avec indignation contre cette dernière calom- 
nie lancé.e à leur ancien chef, par le principal 
accusé (i). 

M. Delamarche se lève et demande la parole. 

M. le président lui fait observer que les 
accusés doivent toujours parler les derniers; 
en conséquence, il ne peut lui accorder la 
parole (2). 

M. le président prononce la clôture des 
débats et invite Messieurs les jurés à se 
retirer pour délibérer sur les questions posées. 

VERDICT DU JURY 

Le jury rapporte un verdict affirmatif sur la 
question de diffamation; déclarant en outre 



(1) Voir aux piî'ccs jusllflcallvcs, page 234,prûlcslalion des volontaires. 

(2) Voir page 137 (t(^cIaralion de M. DELAMAnciiE. 



— 130-- 

que les prévenus n'ont pas fait la preuve des 
faits allégués par eux : négatif sur celle d'in- 
jures et sur la circonstance de fonctionnaire 
public. Des circonstances atténuantes sont 
accordées aux prévenus. 

Après la lecture du verdict du jury, M* Laguerrre 
développe les conclusions précédemment prises an 
nom de M. le docteur Guébhard pour le faire mettre 
hors de cause. L'article 44 de la loi du 39 juillet 1881, 
édictant la responsabilité civile des propriétaires de 
journaux, ne lui est pas applicable. Il n'est pas pro- 
priétaire du Cri du Peuple et ne l'a jamais été. 
M* Laguerre fait d'ailleurs passer sous les yeux de la 
Cour une pièce d'où il résulte qu'il est inter\'enu 
entre Mi vielle et le docteur GuésHARD un traité mo- 
difiant la situation de ce dernier. 

M* Ledri- réplique. — Le traité jdont parle M* Là- 
guerre est une simple déclaration faisant savoir à la 
préfecture que M i vielle devient gérant du Cri du 
Peuple^ cela n'a aucun rapport avec la propriété du 
journal. Cet acte est d'ailleurs postérieur à la publica- 
tion des articles incriminés. 

La situation du docteur Giébhard a été établie 
devant la Cour d'assises lors de l'affaire Ballerich. 
M.TovNE, imprimeur, a déclaré qu'il avait un traité 
avec M. le docteur Guébhard pour Timpression du jour- 
nal « c'est, a-t-il ajouté, M. le docteur Guébhard qui 
s'occupe de tout. Le journal a un tirage de 30,000 
exemplaires, ce qui donne un bénéfice net de 400 francs 
par jour. Le jour du crime, le tirage s'est élevé à 



- 131 - 

8o,ooo exemplaires. :» De son côté, M. le docteur 
GuÉBHARD mis en demeure par M. le président des 
assises de faire connaître Fauteur de l'article ou de 
dire si c'était lui qui l'avait écrit, a répondu : Je suis 
absolument étranger à la rédaction,/^ ne m^ occupe que 
des fonds que f ai dans le journal et de la manière 
dont je dais les faire fructifier, » M.Guébhard faisant 
fructifier les fonds, traitant avec l'imprimeur a donc 
bien fait acte de propriétaire, et il doit supporter la 
'esponsabilité civile des peines encourues par le 
gérant et l'auteur des articles condamnés. 

Après en avoir délibéré, la Cour rend l'arrêt 
luîvant ; 



ARRÊT DE LA COUR (1) 

EXTRAIT 

La Cour: Considérant qu'il résulte de la dé- 
laration du jury queMiviELLE et J. Boulabert 
ont coupables, savoir: 

Ledit MiviELLE d'avoir, dans le département 
.6 la Seine, à l'aide d'un écrit imprimé, vendu 
t distribué publiquement, mis en vente et 



(1) Voir aux pièces Justificatives, page 242. Exécution de Parrêt et emploi 
! la somme de 4,000 francs allouée à M. Delamarche à titre de dommagcs- 
itéréts. 



- 132 - 

exposé dans les lieux publics^ allégué un fait 
portant atteinte à Thonneur et à la considéra- 
tion du sieur Delamarche, et par conséquent 
diffamé celui-ci en publiant, en sa qualité de 
gérant du journal le Cri du Peuple, dans les 
n"*' 653 et 656 de ce journal, portant les dates 
des 12 et 13 août 1883, un roman*f6uiUeton in- 
titulé: les Vaincus de iSyi, commençant par 
ces mots : 4: Vous vous rappelez que, blessé le 
12, à Vaugirard, j'allai... et si on arrivait bou- 
levard des Fourneaux, en Tabsence de Delà- 
marche... » et finissant par ceux-ci: «Voici, 
du reste, comment les choses se passaient de- 
vant cette juridiction provisoire... et enfin, 
entre lui et les prévôts que nous allions ren- 
contrer, il y avait une différence. )^ 

Ledit BouLABERT de s'être rendu complice du 
délit ci-dessus qualifié à la charge de Mivielle, 
en donnant à celui-ci des instructions pour le 
commettre, et en rédigeant et remettant audit 
Mivielle, pour être publiés dans le journal le 
Cri du Peuple, les articles ci-dessus désignés, 
et en procurant ainsi sciemment à ce dernier 
le moyen de commettre ledit délit ; qu'il ré- 
sulte encore de la déclaration du jury qu'il 
existe en faveur des deux prévenus des cir- 
constances atténuantes. Considérant que les 



-133- 

:aits déclarés constants par le jury constituent 
Les délits prévus et punis par les articles 23, 28, 
29, 32, 49 et 60 de la loi du 29 juillet 1881, 
modifiés par les articles 64 de la même loi et 
463 du code pénal. 

Faisant application desdits articles dont 
lecture a été donnée par le président, con- 
damne MiviELLE et Jules Boulabert chacun à 
deux mois d'emprisonnement et 1,000 fr. d'a- 
mende et ce par corps. Ordonne la saisie et la 
suppression des exemplaires qui seraient mis 
en vente, exposés ou distribués dans les lieux 
publics. Et, statuant sur les conclusions de 
Delamarche partie civile, en ce qui concerne 
les dommages-intérêts, considérant qu'un 
dommage a été causé à Delamarche et qu'il 
lui est dû réparation, que la Cour a les élé- 
ments nécessaires pour apprécier l'importance 
de ce dommage; 

Condamne Mivielle et Boulabert solidaire- 
ment et par corps à payer à Delamarche la 
somme de 4,000 francs à titre de dommages- 
intérêts. 

Ordonne en outre l'insertion du présent 
arrêt dans dix journaux de Paris, au choix de 
la partie civile, sans que le coût de chacune 
de ces insertions puisse excéder 100 francs. 

12 



^ 134 — 

Vu Tarticle 368 du Code d'instruction crimi- 
nelle, l'article 18 de la loi du 5 mai 1855, les 
articles 55 du Code pénal pour la solidarité et 
9 de la loi du 22 juillet 1867 sur la contrainte 
par corps; 

Les condamne envers l'État et par corps so- 
lidairement aux frais du procès. Fixe à six 
mois contre chacun d'eux la durée de la con- 
trainte par corps, s'il y a lieu de l'exercer 
pour le recouvrement des amendes, domma- 
ges-intérêts et frais. Statuant sur les conclu- 
sions de la partie civile et du docteur GuÉ- 
BHARD en ce qui concerne la responsabilité de 
celui-ci, au point de vue pécuniaire; considé- 
dérant qu'auxtermes de l'article 44 de la loi du 
23 juillet 1881, les propriétaires des journaux 
sont responsables des condamnations pécu- 
niaires prononcées contre les gérants ou au- 
teurs de ces journaux; 

Considérant que le docteur Gûébhard, a 
déclaré dans une instance judiciaire qu'il 
fournissait des fonds au journal le Cri du 
Peuple et qu'il s'occupait de la manière dont 
il pouvait les faire fructifier; que l'imprimeur 
du journal a déclaré de son côté, dans la 
même instance, qu'il avait un traité avec le 
docteur Gûébhard pour l'impression du jour- 



- 135 - 

nal et que c'était celui-ci qui s'occupait de 
tout. 

Considérant que, cité dans le procès actuel 
par Del AM ARCHE, en sa qualité de propriétaire 
du journal, il a répondu à cette citation par 
acte d'huissier en date du 14 novembre 1885, 
en tant que de besoin, mais en notifiant les 
pièces dont il avait l'intention de se servir 
pour faire la preuve et les noms des témoins 
quïl voulait faire entendre; considérant que 
Mi VIELLE a déclaré, il est vrai, qu'un traité 
était intervenu modifiant la situation du doc- 
teur GuÉBHARD vis-à-vis du journal, mais 
que ce traité était postérieur aux faits incri- 
minés; 

Considérant que le docteur Guébhard, qui 
n'a protesté qu'à l'audience de ce jour, par des 
conclusions d'avoué, contre la qualité de pro- 
priétaire du journal qui lai est attribuée, n'a 
produit ni documents ni preuves d'où il puisse 
résulter un changement dans sa situation, à 
rencontre dudit journal, à l'époque des faits 
délictueux. 

Par ces motifs,' lui faisant application de 
l'article 44 de la loi du 29 juillet 1881, le 
déclare responsable des condamnations pécu- 
niaires prononcées au profit de Delamarche. 



— 136 — 

Par arrêt en date du 29 janvier 1886, la 
Cour de cassation a rejeté le pourvoi formé 
par MiviELLE, BouLABERT et GuÉBHARD, contrc 
Tarrêt ci-dessus. 

REMARQUE 

SUR UN INCIDENT D'AUDIENCE 

Ainsi que le lecteur a pu le remarquer, vers la 
fin des débats de ce procès, M. Delamarche 
a demandé la parole pour répondre aux 
déclarations de M. Boulabert, ainsi qu'à cer- 
taines parties de la plaidoirie de M' Laguerre. 
M. le président delà Cour d'assises, usant de son 
pouvoir discrétionnaire, n'a pas cru devoir lui 
accorder cette satisfaction, se fondant sur ce 
principe : que les accusés doivent toujours 
parler les derniers. 

M. Delamarche n'avait qu'à s'incliner devant 
la décision de M. le président; c'est ce qu'il a 
fait. 

Toutefois, il aurait bien désiré, lui, qui par 
un sentiment de dignité et de convenance, a 
subi sans répondre, toute une série d'attaques 
avant le procès, pouvoir exposer lui-même 
en quelques mots, quelle a été sa conduite 



— 137 — 

pendant les événements de 187 1, quelles sont, 
d'après lui, les origines des calomnies dont il 
a été l'objet et quel a été le mobile de ses 
détracteurs. 

Ne pouvant s'adresser au jury et à la Cour, 
il a pensé qu'il devait soumettre ces quelques 
explications au public, plus particulièrement 
à ceux de ses concitoyens qui ont été ses col- 
laborateurs dans la fondation, l'administration 
et la direction des sociétés populaires, coopé- 
ratives, de secours mutuels ou- d'instruction 
auxquelles il s'est consacré depuis vingt-cinq 
ans. 

Cette déclaration ne pouvait être introduite 
dans le corps du procès, c'est pourquoi nous 
la plaçons ici comme document à consulter à 
l'appui des débats. 



Déclaration de M. DELAMARCHE 

Je déclare sur l'honneur que j'ai refusé d'en- 
trer dans le mouvement insurrectionnel du 
18 mars 1871, le considérant, en présence de 
l'ennemi, comme contraire aux intérêts de la 
France et de la République. 

J'ai dû quitter Paris, non de mon plein gré. 



— 138 -^ 

mais devant les menaces de malheureux in- 
conscients que, vainement, j'ai essayé d'éclai- 
rer sur rissue fatale d'un tel soulèvement en 
de pareilles circonstances. 

Si j'avais pu rester à Paris, j'aurais joint 
mes efforts à ceux des membres de la ligue des 
droits de Paris, pour tâcher d'amener, sans 
effusion de sang, la cessation d'une lutte fra- 
tricide. 

Les opinions de toute ma vie, mes relations, 
mes amitiés, me classaient parmi les hommes 
de ce groupe. 

Retiré à Versailles, j'ai suivi la même ligne 
de conduite, dans le milieu où je me trouvais 
placé par les événements. 

En dehors de toute question politique, dans 
cette ville, j'ai considéré comme un devoir de 
m'employer pour secourir, à la demande de 
leurs familles, ceux de mes compagnons d'armes 
du siège, qui avaient été faits prisonniers les 
3 et 4 avril au plateau de Châtillon. 

Me souvenant des journées de juin' 1848, et, 
m'inspirant de l'exemple donné à cette époque 
par ceux des chefs du parti républicain qui s'in- 
terposèrent entre les combattants, dans un but 
de conciliation, je suis rentré à Paris avec la 
.pensée systématiquement arrêtée de sauve- 



— 139 - 

garder, dans la mesure de mes forces, la vie 
et la liberté de ceux de mes concitoyens qui 
avaient été entraînés dans l'insurrection, sous 
l'empire de circonstances plus fortes qu'aucune 
volonté humaine. J'étais d'accord en cela avec 
M. Héligon, maire du XIV* arrondissement, 
et tous lés officiers qui avaient accepté de me 
suivre dans cette circonstance. 

Mon ordre de service, qui fixe d'une manière 
nette et précise les fonctions que j'ai accep- 
tées, et toutes les instructions reçues par moi, 
m'autorisaient à agir comme je l'ai fait. 

C'est en arguant de ces ordres auprès des 
généraux ; c'est en insistant sur la nature con- 
ciliatrice de la mission qui m'avait été confiée, 
c'est en plaidant sans relâche les circons- 
tances atténuantes en faveur de la population 
du XIV" arrondissement, si éprouvée pendant le 
siège, que j'ai pu obtenir d'eux, la mise en 
liberté d'un grand nombre de prisonniers. 

J'ai rempli cette mission, que je m'étais im- 
posée comme un devoir civique, non sans dan- 
gers, et au milieu de suspicions et de rebuf- 
fades sans nombre, qui s'accrurent avec l'in- 
tensité de la lutte. 

Cette conduite, toute d'humanité, et mon 
action républicaine, dans le XIV arrondisse- 



- 140 -- 

ment, au lendemain des événements (i), m'ont 
valu pendant plusieurs années, les persécutions 
et les tracasseries de la municipalité réaction- 
naire, de certains de mes chefs d'adminis- 
tration, maintenant morts ou en retraite, et 
de la police. 

Quant aux calomnies qui ont motivé ce pro- 
cès, elles ne viennent point de la Calédonie; la 
forme et le fond de l'article déféré à la justice, 
à défaut d'autres renseignements que je possède, 
l'indiqueraient déjà suffisamment; mais ce qui 
le prouve mieux encore, c'est que douze ou 
quinze citoyens, anciens détenus des prévôtés, 
des prisons de Versailles, des pontons ou de la 
Calédonie, cités comme témoins parle Cri du 
Peuple ou par moi, sont venus déclarer, sous 



(l) Au milieu du désarroi général, voici ce que j'ai fait, dès le lende- 
demain de la Commune, pour reconstituer le parti républicain dans mon 
arrondissement, dont Tadministration venait d'être livrée à un ancien 
adjoint de Tcmpirc. 

Le 24 Juin 1871, je fondais la bibliothèque populaire, qui réunit bientôt 
six cents adhérents d'opinion républicaine. 

Quelques jours après, je menais la campagne aux élections législative^ 
complémentaires du 2 Juillet. 

En Août, j'organisais les comités électoraux qui présidèrent aux pre- 
mières élections municipales de Paris, et qui choisirent pour candidats; 
MM. Jacques, pour le quartier de Plaisance; Beaudouin, pour celui de la 
Santé; Asselixe, pour le Petit-Montrougc ; et Delattre, pour Montpar- 
nasse. 

Ceux de ces honorables citoyens qui habitaient l'arrondissement, se 
joignirent à moi, avec le zèle le plus louable, pour achever Tœuvre 
entreprise à l'égard des prisonniers. 



la foi du serment; les uns, qu'ils ne me con- 
naissaient pas ; les autres, qu'ils n'avaient en- 
tendu dire que du bien de moi pendant leur 
détention. 

Ces calomnies ont été déposées, en 1879, 
comme un germe empoisonné, au cercle répu- 
blicain du XIV' arrondissement (i), par quel- 
ques ennemis personnels, dans un but de 
vengeance particulière (2). 

Les mêmes individus, profitant de l'ardeur 
des luttes électorales, abusant de la passion 
ou de la bonne foi de certains publicistes, 
prenant le prétexte de la politique, les ont pro- 
pagées dans quelques journaux, en 1880 et 
1881. 

Ces calomnies, portées de la même manière 
auCn du Peuple ^y ont été accueillies et inter- 
calées dans le roman les Vaincus, vers le 



(1) Je regrette d'ôtre obligé de parler du cercle, compagnie dans laquelle 
se trouvent un grand nombre d^hommes pour lesquels j'ai la plus grande 
estime. Mais mes détracteurs, dans les journaux et au procès, ayant tou- 
jours mêlé le cercle à leurs attaques, afln sans doute de leur donner quel- 
que autorité, je suis obligé de les suivre sur ce terrain. 

(2) J*ai surpris Tun de ces hommes me diffamant, une première fois il 
se déroba, disant quMl n*avait jamais tenu de mauvais propos sur moi, 

Une deuxième fois, entouré d*acolytes, il eut Timpudence de me déclarer 
que ce quMl disait était faux, mais qu'après cela il y aurait autre chose. 

11 a tenu parole, car j'ai entre les mains la preuve que, peu après ce 
procès, il colportait de nouvelles calomnies sur mon compte, dans les mi- 
lieux qu'il fréquente. 



— 142 — 

milieu du mois d'août 1885, à Touverture de la 
période électorale, dans le but de neutraliser 
rinfluence que je puis avoir auprès de mes 
concitoyens ; et alors, ce que n'ignoraient 
sans doute pas les instigateurs de la calomnie, 
que j'étais en vacance à 80 lieues de Paris. 

C'est cet éloignement qui a motivé le retard 
apporté dans mon instance auprès des tribu- 
naux. 

Après cette déclaration, ai-je besoin de dire, 
ce que je fais néanmoins, pour éviter toute 
équivoque possible, que je n'ai été ni prévôt, 
ni président de Cour martiale, pas plus au bou- 
levard des Fourneaux qu'ailleurs ; ce que les 
débats ont surabondamment démontré d'ail- 
leurs, et que les seuls rapportsque j'ai eus avec 
les autorités chargées de la répression ont con- 
sisté dans les démarches que, spontanément ou 
sur la demande des intéressés ou de leur famille, 
j'ai faites, par bon cœur, à mes risques et 
périls, pour soulager ou faire remett^'e en 
liberté un grand nombre de citoyens. 
. Le récit du Cri du Peuple est donc absolu- 
ment mensonger; et il a fallu que cçujc qui ont 
lancé cette abominable calomnie méconnussent 
mon caractère, l'œuvre de toute une vie hono- 
rable, et joignissent une bien grande audace, 



— 143 — 

beaucoup de méchanceté à beaucoup d'igno- 
rance des choses du XIV* arrondissement en 
187 1, pour oser mïmputer de pareils actes. 
Il est de notoriété publique, dans cet 
arrondissement, que je n'ai jamais cessé d'ha- 
biter, que ma conduite a été toute contraire. 



145 



REVUE DES JOURNAUX 

des 6-7 Décembre 1885 

Le bruit fait par le journal le Cri du Peuple 
^ roccasion de ce procès, avait amené au 
ï^alais un grand concours de chroniqueurs ju- 
diciaires, aussi le banc des journalistes était-il 
^u grand complet. 

Il nous a semblé 'intéressant de rapporter 
dans ce volume, et sans commentaires, l'ap- 
préciation, au lendemain de l'audience, des 
divers organes de la presse parisienne, sans 
acception de nuances politiques. 

Le lecteur pourra, pensons-nous, dans l'exa- 
men de cet ensemble, se faire une idée exacte 
de la physionomie de l'audience et de l'im- 
pression causée sur l'auditoire par les débats 
que nous avons reproduits plus haut (i). 



(1) Les journaux judiciaires, la Gazelle des Tribunaur, le Droil, la Loi, 
ont fait un compte-rendu parfaitement impartial et très étendu de l'affaire. 
Toutefois, comme ces journaux suivant leur usage, ne se livrent à aucune 
appréciation, nous n'avons pas cru devoir reproduire leur texte dans cette 
revue; c'eût été en réalité recommencer le compte-rendu du procès qui 
forme la première partie de cette brochure. En consultant ces journaux on 
constatera Tcxactitude et l'impartialité de notre travail. 



.- 146 - 
L'ÉVÉNEMENT 

Consacre un article aussi élevé de style que 
de pensée à ces débats, soulevés si malencon- 
treusement, dit-il, par les passions révolution- 
naires. 

Nous croyons devoir reproduire dans son 
entier cette remarquable appréciation. 

Toutes les passions de Thorrible guerre civile de 
1871, on le sait, ne sont pas apaisées, malgré l'am- 
nistie ; les vaincus de ces lugubres journées," surtout, 
sont encore animés de haines vivaces et violentes, 
qu'ils dirigent, aveuglément, non seulement contre 
ceux qui ont participé à la répression, mais encore 
contre les hommes, non moins fermes, qui ont cher- 
ché, selon une expression pittoresque que nous enten- 
dions rappeler hier, « à servir de tampon entre l'armée 
et la population insurgée ». 

Au nombre de ces derniers s'est trouvé M. Paul 
Delamarche, chef de bataillon des volontaires de 
Montrouge, commandant supérieur des gardes natio- 
nales du XIV*' arrondissement de Patis, pendant le 
siège, et décoré pour sa belle conduite au combat de 
Buzenval, un des républicains les plus honorables et 
les plus estimés du quartier de Montrouge. 

M. Paul Delamarche, ayant résolument refusé de 
faire partie de la Commune et n'étant rentré à Paris, 
en mai 1871, que pour s'employer à sauver les égarés 
qui lui paraissaient dignes de clémence et de pitié, les 
autres ne le lui ont pas pardonné ; ils ont construit 



~ 147 - 

^onlre lui, sur les pontons et dans les lieux de dépor- 
tation, une légende calomniatrice épouvantable qui, 
depuis le retour des condamnés, a circulé, en grossis- 
sant autour de lui. 

D'abord, cette légende est restée mystérieuse, et 
M. Delamarche ne l'a point connue; puis elle s'est 
mise à siffler, venimeuse, dans les réunions publiques, 
dans les comités électoraux, dans des entrefilets de 
journaux avancés; chaque fois qu'il pouvait la voit 
lever la tète, M. Delamarche cherchait à l'étreindre, 
©t il a protesté avec énergie, par la parole et par la 
plume, en maintes occasions, dans l'espoir d'en triom- 
pher. 

Néanmoins, la fantasmagorie a pris corps de plus en 
plus dans ces imaginations prévenues qui l'enfantaient, 
et, finalement, M. Delamarche a pu la voir s'étaler 
audacieusement, dans un roman-feuilleton intitulé : 
les Vaincus de iSyi^ publié dans le Cri du Peuple et 
signé par M. Jules Boulabert. 

Dans un de ces feuilletons, il était dit, en effet; que 
« M. Delamarche avait présidé une Cour martiale, à 
partir du 22 mai 1871, rue des Fourneaux;» que 
« cette Cour s'acquittait avec férocité de sa sanguinaire 
nyssion » ; que lorsqu'on lui amenait des prisonniers, 
M. Delamarche « auscultait ses petites haines et ses 
grandes rancunes »; que « à la galope, comme par 
dessous la jambe» il les faisait fusiller; « qu'il a 
rempli de cadavres la vaste cour de l'imprimerie située 
en face du dépôt des pompes funèbres »; enfin, « qu'un 
galérien, même au prix de sa liberté, n'eût pas voulu 
remplir la mission sollicitée et acceptée par M. Dela- 
marche ». 



— 148 - 

C'était net et précis, n'est-ce pas? 

Eh bien, toutes ces accusations s'appliquaient aussi 'j 
légitimement à M. Delamarche qu'à moi où à vous, 
lecteur. 

Cela a été péremptoirement démontré hier, à la 
Cour d'assises de la Seine, devant laquelle M. Paul 
Delamarche avait assigné M. Jules Boulabert, auteur 
du feuilleton ; M. Miviélle, gérant du Cri ^« Peuple, 
et le docteur Guébhard, propriétaire à\\ même journal, 
en les conviant à faire, par tous moyens, la preuve des 
faits qu'ils ont articulés contre lui. 

Le Cri du Peuple avait, à la vérité, fait citer une 
quinzaine de témoins tels que MM. Camille Pelletan, 
Alphonse Humbert, Camélinat, qui se sont bornés à 
donner des indications générales sur le fonctionne- 
ment des Cours martiales, en déclarant à l'envi qu'ils 
ne savaient rien de particulier sur celle de la rue des 
Fourneaux, et encore moins sur M. Delamarche, 
qu'ils n'ont jamais vu. 

A la fin, la Cour a refusé d'entendre les témoins de 
cet ordre et M® Laguerre, avocat du Cri du Peuple, 
ayant persisté à réclamei* leur audition et pris des con- 
clusions dans ce sens, elle a rendu un arrêt aux termes 
duquel elle déclare qu'elle est saisie par M. Dela- 
marche uniquement sur un fait particulier, et qu'elle 
ne saurait entendre des témoins sur le fait général du 
fonctionnement des Cours martiales de 1871. 

Au contraire, M. Delamarche a fait entendre une 
vingtaine de témoins, tous plus affirmatifs les uns que 
les autres, dont les dépositions constituent une preiive 
formellement et surabondamment contraire aux accu- 
sations du Cri du Peuple^ qu'elles anéantissent. 



- 149 — 

Ainsi Tuil de ces témoins déclare que, après la 
Commune, M. Delamarché, à cause même de l'huma- 
nité qu'il avait montrée pendant la guerre civile, était 
suspecté dans son administration d'avoir pactisé avec 
Jes insurgés. 

Plusieurs autres membres du bataillon des volon- 
taires de Montrouge déclarent que M. Delamarché a 
quitté Versailles avec eux le 22 mai seulement. 

A leur retour à Paris, ils ont établi un poste à la 
mairie de Montrouge,- pour assurer la sécurité dans 
l'arrondissement et réorganiser les services municipaux. 

M. Delamarché a délivré plusieurs prisonniers, et 
ses compagnons d'armes n'ont que des louanges à lui 
adresser pour la manière dont il a dirigé et administré 
son bataillon. 

La Cour martiale fonctionnait déjà rue des Four- 
neaux quand les membres du bataillon de Montrouge 
sont rentrés, et le - prévôt, un lieutenant de gendar- 
merie qui la dirigeait, tenait même ces derniers pour 
suspects. 

Aucun de ces témoins n'a quitté M. Delamarché 
pendant les journées de mai et ils affirment tous que, 
loin de pousser à la répression, il a fait tous ses efforts 
pour faire remettre en liberté plusieurs prisoniiiers. 

Un de ces prisonniers et son fils, ouvriers tailleurs, 
victimes d'une dénonciation calomnieuse, déclarent 
qu'ils n'ont dû leur élargissement qu'à M. Delamarché; 
ils attestent en outre que M. Delamarché a fait distri- 
buer des secours aux gardes nationaux nécessiteux et 
à leurs familles. 

Plusieurs personnes arrêtées, qui ont été conduites 
à la rue des Fourneaux, n'y ont jamais vu M. Déla- 
va. 



^ 150 -^ 

marche qui, lorsqu'elles étaient sur les pontons, a fait 
des démarches pour les faire remettre en liberté. 

De même, les gardiens de la propriété de la rue des 
Fourneaux, dans les bâtiments de laquelle se tenait la 
Cour martiale n'ont jamais vu M. Delamarche à cette 
Cour martiale. 

Le maire du XIV* arrondissement déclaré que 
M. Delamarche ne quittait pas la mairie; il y couchait 
même. D'ailleurs, M. Delamarche ne songeait qu'à 
sauver les prisonniers; ses amis, dans son propre 
intérêt, lui ont même reproché de donner sa recomman- 
dation en faveur de gens trop compromis. 

Il prodiguait ses apostilles pour les demandes de 
grâce, d'indulgence et de mise en liberté. 

Un ancien garde national étant venu dénoncer ses 
camarades, M. Delamarche l'a cluissé et a déchiré sa 
liste de dénonciation. 

Retenons un fait pittoresque, au milieu de toutes ces 
déclarations si honorables pour M. Delamarche : 

Un prisonnier délivré par M. Delamarche, ne lui a 
jamais pardonné d'avoir obtenu ce résultat en le fai- 
sant passer pour un pauvre imbécile, ne sachant ni 
lire ni écrire. 

La vanité a étouiïé chez cet individu la reconnais- 
sance. 

Bref, le récit du Cri du Peuple n'est qu'une légende 
et une calomnie sans la moindre base. 

C'est ce qu'ont soutenu successivement M'^ Ledru, 
au nom de M. Delamarche, partie civile, et M. l'avo- 
cat général ; puis M* Laguerre a présenté la défense 
du Cri du Peuple^ et le jury a rendu un verdict en 
vertu duquel MM. Mivielle et Boulaberi sont con- 



— 151 — 

damnés à deux mois de prison, i,ooo francs d'amende 
et 4,000 francs de dommages-intérêts; Tinsertion du 
jugement est ordonnée dans dix journaux, chaque in- 
sertioTi ne devant pas dépasser la somme de 100 francs; 
en outre, condamnation aux dépens. 

Le verdict déclare les accusés coupables de diffa- 
mation envers des particuliers, avec admission de cir- 
constances atténuantes. 

F (" 



LE NATIONAL 

Conclut en disant que : 

De l'audition des témoins cités par la défense, il 
résulte qu'il n'y a contre M. Delamarche que des on- 
dit, mais pas un fait clairement démontré. 

LE PETIT NATIONAL 

M. Camélinat, ouvrier et député, fait une petite 
apologie de la Commune, mais il ignore le rôle que 
M. Delamarche a joué à cette époque. 

M. Pelletan a fait une étude sur les Cours martiales, 
il ignore le rôle que M. Delamarche a joué à cette 
époque. 

L'ÉLECTEUR RÉPUBLICAIN 

Relève Fincident suivant : 

M* Ledru, avocat de M. Delamarche, donne lecture 
des feuilletons visés par la citation; il explique aux 



— 152^ 

jurés que Boulabert s'est mis en scène pour pouvoir 
plus aisément insulter l'ancien commandant des volon- 
taires de Montrouge. 

M** Laguerre fait remarquer qu'il y a là une erreur, 
et que le récit, ainsi qu'il résulte des feuilletons anté- 
rieurs, doit être attribué au citoyen Belot, mort sur le 
ponton r//^r;;//o//^ en 1^71. 

Nous continuons à citer VÉlectetcr Répu- 
blicain: 

11 faut avouer que les- témoins produits par M. Dela- 
marche ont été singulièrement- plus catégoriques que 
les témoins de la défense. 

Tous affirment que M. Delamarche n'a jamais été 
président de la Cour martiale des Fourneaux, que 
toutes les exécutions faites dans ce local ont été com- 
mandées par un officier de gendarmerie, assisté de 
deux sous-officiers. 

L'un des témoins cite même ce fait que M. Delà- 
marche a refusé de prendre connaissance d'une liste 
de dénonciation que lui apportait un garde national. 

Après avoir apprécié le talent oratoire de 
M'' Ledru, le journal dit: 

Mais le moyen de ne pas faire une bonne plaidoirie 
avec des éléments comme ceux qui étaient mis à sa 
disposition! Ajoutons, du reste, pour être impartial, 
que l'argumentation a été fort bien conduite et les faits 
très habilement groupés. 



153 



LE RADICAL 



Donne exactement le même, compte-rendu 
que le Petit National. 



LE GAGNE-PETIT 

Après avoir expliqué que le procès en diffa- 
mation intenté au Cri du Peuple par M. Dela- 
marche avait été remis une première fois, pour 
vice de forme dans la citation du plaignant, 
cite les dépositions des témoins du Cri du 
Peuple parmi lesquelles on relève les sui- 
vantes que nous résumons ainsi: 

M. Champetier déclare avoir été envoyé de- 
vant la Cour martiale des Fourneaux et n'y 
avoir pas vu M. Delamarche. 

M"*" Émion. — On "lui a dit que son fils 
avait été fusillé à trois heures du matin bou- 
levard des Fourneaux, et sur une question du 
président, elle déclare n'avoir jamais vu 
M. Delamarche à la Cour martiale du bou- 
levard des Fourneaux. 

M. Kayl, capitaine dans le bataillon de 
M. Delamarche et ensuite dans les rangs de la 
Commune, n'a jamais su que M. Delamarche 



— 154 — 

ait fait partie de la Cour martiale des Four- 
neaux. 

M. Camille Pelletan, député: 

Quant à M. Delamarche, je n'ai rien appris sur son 
compte, bien qu'on m'ait donné des renseignements 
sur la Cour martiale des Fourneaux. 

M. Refauvelet arrêté chez lui et conduit à la 
rue des Fourneaux, n'y a jamais vu M. Dela- 
marche. 

Après une enquête si peu concluante, dit en termi- 
nant le journal, les témoins cités par M. Delamarche 
n'avaient pas grand'chose à faire pour achever de le 
disculper. 

Ils proclament tous que non-seulement il ne s'est 
pas associé aux actes de rigueur de l'armée de Ver- 
sailles, mais qu'il s'est compromis et même exposé 
pour sauver ses concitoyens. 

Ils affirment qu'il n'a point fait partie de la Cour 
martiale des Fourneaux. 



LE PETIT JOURNAL 

Les accusateurs de M. Delamarche se faisaient fort 
de démontrer qu'il avait organisé une Cour martiale, 
présidé à des exécutions sommaires, commis enfin les 
plus basses atrocités. 

Aucun des seize témoins cités par le Cri du 



.- 155 ~- 

Peuple ne soutient de ses affirmations formelles 
les allégations du journal. 

En revanche, une vingtaine de témoins assignés au 
nom de M. Delamarche, rendent à sa conduite un 
hommage éclatant. 

UOPINION 

Donne un compte-rendu exact de Tafifaire 
que nous résumons ainsi: 

. MM. Mivielle et Boulabert qui avaient fait 
défaut Tautre jour, se sont présentés cette fois. 
Quand au docteur Guébhard, il ne comparaît 
pas. Il demande à être mis immédiatement hors 
de cause. 

M. Kayl dépose qu'un amnistié aurait refusé 
de serrer la main à M. Delamarche en disant: 

Je ne serre pas la main d'un homme qui m'a inter- 
rogé sur les pontons. 

M'' Laguerre. — Il est certain que M. Delamarche 
n'est jaipais allé sur les pontons. 

Au sujet de la prétendueVadiation de M. De- 
lamarche du cercle républicain : 

M* Ledru. — M. Delamarche n'a point été rayé du 
cercle républicain. 11 s'est retiré volontairement et 
l'individu qui l'avait faussement accusé s'est rétracté 
par écrit. J'ai la pièce dans mon dossier. 



•- 156 - 

M™* Emion, marchande de vins, ne sait pas 
si M. Delamarche faisait partie de la Cour mar- 
tiale. 

M. Champetier a été amené par cinq soldats 
devant la Cour martiale. Il n'a pas vu M. De- 
lamarche. 

M. Camille Pelletan, député: 

Je dois déclarer que j'ignorais même le nom de 
M. Delamarche. Je n'ai aucun détail sur lui. 

Le même journal rend compte des déposi- 
tions des témoins de M. Delamarche : 

M. Sébourque. — M. Delamarche a toujours été mon 
antagoniste. Mais je déclare que sa conduite n'a jamais 
cessé d'être très digne. Il a refusé de faire partie de la 
Commune. Dès qu'il a connu l'arrestation de plusieurs 
d'entre nous, il a fait des démarches pour obtenir leur, 
libération. 

M. Gustave Faivre, dentiste, sait que M. Delamarche 
ne faisait pas partie de la Cour martiale du boulevard 
des Fourneaux. Le 22 mai, M. Delamarche est revenu 
de Versailles avec le témoin. Ils ont couché à l'École 
militaire. 

M. Lemonnier a su que M. Delamarche, arrivé à 
Paris avec lui le lundi 22, avait fait sortir deux pri- 
sonniers. 

M. Fribourg, journaliste, affirme que M. Dela- 
marche a couché à Versailles le 21 mai. Il n'est revenu 



à Paris que le lendemain, et il a. passé la nuit à l'École 
militaire avec le témoin. 

Lé 23, M. Delamarche s'est rendu à la rue des 
Fourneaux; la prévôté fonctionnait déjà. Loin d'avoir 
la moindre autorité, nous étions tenus en suspicion par 
l'armée. 

C'est alors que M. Delamarche a appris que deux de 
ses anciens volontaires avaient été arrêtés. Et il n'a pu 
les faire relâcher qu'après des démarches multiples. 

M. Lespinasse n'a pas quitté M. Delamarche pen- 
dant les dernières journées de mai. Us se sont rendus 
à la prévôté pour demander la libération de certains 
gardes nationaux. M. Delamarche n'a jamais présidé 
aucune Cour martiale. 

M. Alexandre Roggen, tailleur, avait été arrêté avec 
son fils et traduit devant la Cour martiale du boulevard 
des Fourneaux. C'est M. Delamarche qui a réclarhé et 
obtenu leur élargissement. 

M* Laguerre. — Le témoin avait appartenu à la 
Commune? 

Le Témoin. — Oui. 

M. Pouyer a connu M. Delamarche en 1871 : 
On m'avait pris pour un de mes homonymes qui 
avait joué un rôle dans l'insurrection, M. Delamarche 
a fait constater mon identité et m'a empêché d'être 
arrêté. 

M. Byguière était pharmacien au coin de la rue de 
Vanves et de l'avenue du. Maine. 11 n'a pas vu M. De- 
lamarche boulevard des Fourneaux. 

M. Antoine Cyprien, relieur, rue d'Alésia, a été 

14 



gardien de Timmeuble- dans lequel se ^eàdtt.la-- Cour :- 
martiale : ..... 

Je déclare sur Thonneur que je n*y ai -jamais vu 
M. Delamarche.. 

M. Haiteau affirme que c'est un lîeutemènt de gen- 
darmerie qui présidait la Cour martiale. 

M. Héligon, conservateur des entrepôts de Bercy: 
M. Delamarche, le 24 mai, a éteint l'incendie de 
l'établissement des Enfants- Assistés. Il a gardé une 
vieille église qu'on avait minée et pétrolée, et qui 
aurait fait sauter le quartier. Il n'a jamais fait partie 
d'aucune Cour martiale. 

M. Ricard, chef de bureau à la miairie du XIV* ar- 
rondissement, a présenté à la signature du maire un 
grand nombre de pièces portant l'apostille de M i De- 
lamarche. C'étaient des demandes de grâce. 

M. Ancelet, opticien, était capitaine de la garde> 
nationale. M. Delamarche a essayé de faire le service 
avec le plus d'humanité possible et de rétablir l'ordre. 
Il n'a jamais fait ou commandé aucune arrestation. 

M. Finsterwald a été secrétaire de M. Delamarche. 

Un garde national était venu nous apporter une 
liste de dénonciations, M. Delamarche a renvoyé cet 
homme et jeté la liste au panier. J'ai vu M. Dela- 
marche signer de nombreux certificats en faveur des 
gardes nationaux arrêtés. Notamment, M. Delamarche 
a signé un certificat pour mon concierge, et cetliomme 
ne lui a jamais pardonné d'avoir dit qu'ihne savait ni 
lire ni écrire. {Rires,) 



- 159 -^ 

M. Crochet; employé, témoigne dans le même 
sens, 

M. Rouffiac, ébéniste: 

M. Delamarche a dissuadé ses soldats de prendre 
parti poHr la Commune., Il leur a dit: Les Prussiens 
sont encore sur Je territoire.,, nous ne devons pas nous 

battre entre nous. 

• • • • • • ... 

L'audition des témoins terminée, M. Boula- 
bert demande à faire une observation pour 
préciser le débat. Il ne prétend pas que M. De- 
lamarche soit allé interroger les prisonniers 
sur les pontons. S'il Ta dit d'abord, c'est par 
suite d'une confusion qu'avait créée une pres- 
que similitude de noms. 

LE PETIT PARISIEN 

Rend compte des dépositions des témoins 
contre M. Delamarche. 
Nous y relevons ceci : 

, M. Camélinat a entendu dire que M. Delamarche 
avait fait partie d'une Cour martiale. 11 ignore le rôle 
particulier qu'il aurait joué à cette époque. 

Les . témoin3 de M. Delamarche déclarent 
que: 

Celui-ci n'a pas été président de la Cour martiale de 
la rue des Foui*neaux. toutei les exécutions faites à 



- leo - 

cet endroit ont été commandées par un officier de 
gendarmerie assisté de deux sous-officiers. 



LA BATAILLE 

Organe révolutionnaire, n'est pas tendre pour 
M. Delamarche, car il a refusé de servir la i 
Commune, mais il apprécie avec sévérité, dans j 
un article que nous reproduisons dans son ; 
entier, la conduite du propriétaire du Cri du ! 
Peuple y qui aurait, dans un simple but de i 
spéculation, provoqué intempestivement ce 
procès qui peut nuire à la cause révolutionnaire. 

Tous les ennemis de la Commune, réactionnaires, 
libéraux, opportunistes et clémencistes, vont jcertai- 
nement triompher de la condamnation prononcée par 
le jury de la Seine contre le journal le Cri du Peuple 
traduit en Cour d'assises par un certain Delamarche 
accusé d'avoir, pendant la semaine sanglante, fusillé 
des prisonniers fédérés. 

Le propriétaire du Cri du Peuple n'ayant pas fourni 
de preuves en est pour cinq ou six mille francs 
d'amende. Cela nous tx)uche fort peu. Puisqu'il vise 
au commerce de VEvénement Parisien^ ce monsieur 
doit en subir les mécomptes. Nous réservons notre 
sympathie pour les rédacteurs qu'il a fait condamner à 
deux mois de prison. Contre lui nous n'aurons jamais 
assez d'indignation puisqu'il se permet de trafiquer de 
nos morts. 

Nous ne relevons pas d'habitude les cabotinages de 



- 161 - 

son orgade sans tète ni queue, car il n'a aucune in- 
âuence sur les milieux révolutionnaires, mais quand il 
vient compromettre la mémoire de nos compagnons 
d'armes pour faire sa fortune et celle des camelots, 
nous crions halte-là ! 

Depuis cinq années nous demandons, nous, les 
rentrés de la Commune, une enquête contradictoire 
sur les massacres de la semaine sanglante ; nous vou- 
lons mettre aux bourreaux le nez dans le sang qu'ils 
ont versé; montrer au peuple que beaucoup de ces 
bouchers font la loi encore, et, par le plus vil des 
mercantilismes, un monsieur qui vend du révokition- 
narisme s'efforce de tuer notre démonstration. 

Qu'on en juge. 

Il prend dans un roman un individu quelconque, 
accusé d'avoir fusillé des fédérés; cet individu traduit 
le Cri du Peuple en Cour d'assises. A deux reprises, le 
propriétaire de ce journal annonce qu'il a les mains 
pleines de preuves. Le public attend anxieusement ces 
débats; le journal les annonce avec toutes sortes de 
trompettes: gravures, titres en relief, etc. Et quand 
nous arrivons en Cour d'assises, que voyons-nous? Un 
accusé qui prétend démontrer son innocence accom- 
pagné d'un peloton de témoins, qui joue au petit 
manteau bleu, qui affirme avoir sauvé des fédérés. Et 
en face de cet homme que met le propriétaire du Cri 
du Peuple^ quels témoignages, quelles accusations? 
Rien. Rien. Et de plus il s'esquive méprisablement. 

De sorte que cet accusé, fusilleur sûrement, — il n'y 
a qu'à le regarder, — mais fusilleur en sourdine, bras- 
sardier qui a opéré hors de son quartier, ce Dela- 
marche a pu sortir victorieux de l'audience après avoir 

14, 



*- 162 - 

fait déposer en sa faveiit nos pife^ erinfeinîs: Et quels? 
Un misérable comme Héligôn» crapaud qui aprefe 
quinze ans énierge des marais bùà^êtaires ou ses ifalii— 
sons le font engraisser." " ^ 

Voilà le résultat du procès que le Cri du Pëiéple ^sl. 
cherché potfr augmenter son tiirage : la glorification d^ 
Delamarche et de Héligbn. ' ' ^ 

El aujourd'hui) demain, les Maxime Du Camp et les 
Pessard ; toute la tôiirbcf dés fusilleurs du passé et des 
fusilleurs de l'avenir va se frôtteY lés main^ et'daineY 
qu'après l'audience d'hier tout débat est clos sur la 
semaine sanglante, que l'enquête si souvent provoquée 
par les fédérés survivants a tourné à notre confusion.' 

De là à dire qu'il n'y a pas eu de semaine sanglote 
^t qu'elle est de l'invention des historiens et journa- 
listes communards, il n'y a qu'un pas. 11 serait franchi 
avant huit jours. 

Nous ne le permettrons pas. Le propriétaire du Cfi 
du Peuple et la Commune ça n'a fien de commun. 
Toutes lés sottises qu'il pourra faire n'écorneront jamais 
notre cause. 

11 lui a plu d'entamer l'histoire de la semaine san- 
glante saris preuves et sans témoins, pour faire du 
tapage, s'inquiétant peu d'être battu si son tirage mon- 
tait. Qu'est-ce que cela prouve contre nous? 

Parce qu'on n'a pas pu démontrer devant la Cour 
d'assises qu^e le Delamarche a fusillé des fédérés de ses 
propres mains, parce qu'on' n'a pas produit aux débats 
les parents ou les amis des victimes sacrifiées dans un 
certain coin de Paris, est-ce qu'il f éssort dé* là qUîe 
nous n'avons pas les moyens d'établir l'authenticité 
des massacres et la personnalité des massacreurs? 



Non, vous le savez bien, réacteurs hypocrites qui 
prétendez bénéficier de h sottise d'un seul. Osez sou- 
tenir le contraire, nous offrons le débat public, devant 
cette même Cour d'assise^ ou un fumiste vient 
d'échouer. 

. Nous offrons de dévoiler devant les jurés de la 
.-Seiiie l'histoire des massacres de la semaine sanglante 
et d'un des princes de regorgement. 11 is'âppelleVabre. 
-11 commandait à THôtel de ville le i8 mars quand les 
bataillons fédérés lui firent prendre l'escalier de ser- 
-vice. H rentra à Paris avec les troupes. 11 s'installa au 
Châtelet et devant lui parurent des centaines de pri- 
sonniers, femmes et enfants, qu'il envoya fusiller à la 
caserne Lobau. Il vit insolemment; ilest marchand de 
<:harbon à Àsnières-CKchy. Faites-nous traduire par 
iui en Cour d'assises si vous parvenez à lui donner ce 
courage, et vous verrez si nous y ferons la figure du 
propriétaire du Cri du Peuple, si nous manquons de 
iémoignages, si vous pourrez après les débats nier ou 
pallier regorgement. 

. -11 y-a d'autres noms sans doute, mais nous prenons 
le plus éclatant de tous, afin que le débat ait l'ampleur 
nécessaire. Quand la Bataille, l'organe des révolu- 
tionnaires, provoque ses adversaires, ce n'est pas pour 
faire une grimace. Montrez- vous donc un peu, vous 
qui prétendez éclabousser le parti révolutionnaire de 
la spéculation d'un seul. 

- Et vous verrez, au grand }our que nous appelons, la 
différence qui. existe entre un canard et un drapeau. , 

• • - ' ... - - ,. Lissagarav, 



Dans le compte-rendu que nous trouvons à 
Tarticle tribunaux du même journal, nous re- 
levons les appréciations suivantes au sujet des 
témoins et de leurs dépositions : 

Le citoyen Camélinat avait été également assigné, 
mais il nous a été impossible d'en découvrir la raison 
dans sa déposition. 

Très net, très ferme, le citoyen Camélinat a dit ce 
qu'avait été la Commune et la répression versaillaise. 

Quand aux faits relatifs à M. Delamarche, pas un 
mot! 

M. Pelletan, député, vient ensuite déposer, 
Après des considérations générales, il dé- 
clare ignorer le rôle que M. Delamarche a joué 
à cette époque. 

De M* Laguerre qu'elle comble de louanges, 
la Bataille dit: 

D'une mauvaise cause insoutenable, il a su tirer des 
arguments. 



LE VOLTAIRE 



Comme les journaux judiciaires, il donne 
un compte-rendu aussi complet qu'impartial 
de l'affaire, qui laisse ressortir le néant des 
accusations portées contre M. Delamarche par 
le Cri du Peuple, 



- 166 - 



LA LANTERNE 

Rend compte du procès d'une façon suc- 
cincte mais nette. 
EUedit: 

MM. Boulabert et Mi vielle ont fait citer une quin- 
zaine de témoins. Tous déposent sur des faits généraux 
se rapportant à l'insurrection de 1871; aucun n'ap- 
porte de renseignements précis sur le fonctionnement 
de la Cour martiale de la rue des Fourneaux, ni sur le 
rôle qu'aurait joué là M. Delamarche. 

. Au sujet du témoignage de M. Pelletan: 

M. Camille Pelletan ignorait même le nom de 
M. Delamarche quand il a fait son étude sur les Cours 
martiales et il ne sait pas ce qui s'est passé à cella de 
la rue des Fourneaux. 

Elle résume ainsi les dépositions des témoins 
de M. Delamarche: 

Après les quinze témoins de la défense, on entend 
vingt-cinq autres témoins cités par M. Delamarche. 
On peut résumer ainsi toutes ces dépositions. 

M. Delamarche est un homme très honorable, qui a 
fait beaucoup de bien, même à un grand nombre de 
fédérés. Il n'a jamais présidé la Cour martiale de la rue 
des Fourneaux. Le grand prévôt, ou si on veut le chef 
de la prévôté de ladite Cour martiale, était un lieute- 
tenant de gendarmerie. 



— 166 - 

Elle cite en terminant l'explication fournie 

par M. Boulabert, auteur bien innocent de ce 

• • • .... 

procès. 

' M. Boulabert explique, — pour simplifier Taffaire, 
dit-il, — qu'il a écrit les Vaincus sur les pontons e;i 
qu'il n'a pas voulu parler de M. Delamarcbe mais d'un 
nommé Lamarche. 

LE JOURNAL DES DÉBATÇ 

Cite les dépositions des témoiiis des préve- 
nus, à chacun d'eux, dit-il, M. le président 
Gaultier pose les deux questions suivantes: 

Qiie savéz-vous de l'existence d'une Cour martiale 
boulevard des -Fourneaux? 
Quel rôle y a joué M. Delamarche? 

MM. Garnier, Kayi, ancien capitaine du 
bataillon des volontaires de Mohtrouge, Victor 
iRoland, une femme qui' tenait un hôtel meu- 
blé à côté de la Cour martiale etc., n'ont pu 
répondre aux questions posées. 

Oii entend ensuite, continùe'^le' Jvnrnal des 
Débats, les témoins cités à la réquête du plai- 
gnant. . , . ..- /• , . - . .. 

Tous viennent dire en substance ceci :, 

Nous avons vu M. Delamarche k l'œuvre en "187*1. 
Jamais il n'a fait partie d'aucune Coiir* martiale; pen- 
dant tout le teriips de la Commune il est resté "à Mont- 



rouge. Après, il a réorganisé les services municipaux. 
I.ls'oçcupail.de faire distribuer des secours aux gardes 
nationaux nécessiteux ; ses amis, au mois de mai, lui 
reprochaient presque de se compromettre en recom- 
mandant dés insurgés -prisonniers, et en cherchant à 
les faire mettre en liberté: 

Au nombre de ces témoins se trouvent des anciens 
combattants de la Commune qui ont comparu devant 
lès conseils de guerre, y ont été condamnés et vien- 
nent attester que M. Delamarche est venu déposer en 
leur faveur à Taudience. 

M* Ledru a soutenu avec une éloquente énergie la 
plainte de M. Delamarche et rappelé le néant des 
dépositions de tous les témoins cités par le Cri du 
Peuple, 

Après lui^ M. l'avocat général Banaston a requis un 
verdict sévère contré les prévenus, dont M* Laguerre 
a /présenté la défense. 

Le jury a ^apporté un verdict affirmatif mitigé par 
l'admission de circonstances atténuantes. 

Eli côtiséquènce, la Cour condamne MM. Miviellé 
et Boulabert, chacun à deux mois de prison et i ,000 
francs d'amende, ainsi qu'en 4,000 francs de dom-. 
mages-intérçts et à l'insertion de l'arrêt dans dix jour- 
naux au choix de M. Delamarche. 

M. le docteur Guébhard est déclaré civilement res- 
ponsable. 

LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 

Rappelle que M. -Guébhard ne s'est .pas 
présenté à l'appel de son nom. 



Elle résume les dépositions des témoins cités 
par les prévenus, et dit de ceux cités par 'h 
partie civile : 

Viennent maintenant les témoins cités par M. Dela- 
marche. Ils sont unanimes à faire son éloge. Il est, 
disent-ils, très estimé dans son arrondissement, où il 
fait beaucoup de bien. Jamais il n'a présidé de Cour 
martiale et jamais personne ne l'a vu à la Cour martiale 
de la rue des. Fourneaux. 



LA MARSEILLAISE 

Rappelle à ses lecteurs qu'une première fois 
assignés devantla Cour d'assises, MM.MivieUe, 

é 

gérant'dn Cri du P^///)/^, Jules Boulabert, l'un 
des rédacteurs, et Guébhard, avaient fait 
défaut; qu'il se trouva que l'assignation étant . 
vicieuse dans sa forme, la Cour, sur les con- 
clusions mêmes de M" Thiriaux, avoué de 
M. Delamarche, annula cette assignation et 
renvoya l'affaire à une autre session. 

Elle passe en revue les témoins du Cri du 
Peuple: 

M. Kayl ne sait pas si M. Delamarche a 
présidé une Cour martiale en 1871. 

M™' Emion ignore si. M. Delamarche faisait 
partie de la Cour martiale, etc. 



- 169 - . 

Puis ceux cités par M. Delamarche: 

Tous affirment que M. Delamarche n'a jamais été 
président de la Cour martiale de la rue des Fourneaux; 
que toutes les exécutions faites dans ce local ont été 
commandées par un officier de gendarmerie, assisté 
de deux sous-officiers. M. Delamarche aurait montré 
au contraire une grande douceur et une grande bien- 
veillance pour les individus arrêtés. 

L'un des témoins cite même ce fait que M. Dela- 
marche a refusé de prendre connaissance d'une liste 
de dénonciations que lui apportait un garde national. 

Le même M. Delamarche a sauvé un malheureux 
pris les armes à la main, en le faisant passer pour fou. 
Celui-ci' ne le lui a jamais pardonné. 

C'est M. Delamarche qui a protégé la poudrière de 
la rue de Vanves. 

Après un quart d'heure de suspension, M^ Ledru a 
là parole pour la partie civile. Montrant que les té- 
moins du Cri du Peuple n'ont rien affirmé sur la pré- 
sence de M. Delamarche à la rue des Fourneaux, 
rappelant combien honorable a été toute la vie de 
M. Delamarche, il réclame pour lui 5,000 francs de 
dommages-intérêts et l'insertion dans quinze jour- 
naux. 

M. Tavocat-général Banaston, rendant hommage à 
la loyauté, à la dignité de M. Delamarche, réclame du 
jury une condamnation contre les diffamateurs. 

LE XIX» SIÈCLE 

Nous avons vu défiler à la barre des témoins, 
M. Camélinat, . le nouveau député de la Seine, 

15 



• - 170 - 

M. Camille Pelle tan, M. Alphonse Humbert, "ancien 
membre de la Commune, mais de leurs dépositions ni 
de celles des autres téjnoins il n*est résulté une preuve 
de la présence de M. Delamarche à la Cour martiale 
du boulevard de"s Fourneaux, aujourd'hui boulevard 
de Vaugirard. 

Naturellement, les déposants ont tous tendance à 
raconter des faits étrangers à la cause, n'ayant rien de 
précis à dire sur le point qui touche aux débats. 

Les témoins cités par le plaignant sont venus succes- 
sivement affirmer que M. Delamarche n'avait pu faire 
partie de la Cour martiale du boulevard desTourneaux, 
qu'il n'y avait pas été v^u; qu'au contraire, loin de 
mériter les reproches, sa conduite "avait été des plus 
dignes, des plus humaines. On a rappelé que. c'était 
après le combat de Buzenval que M. Delamarche avait 
été mis à l'ordre du jour de l'armée et avait reçu le 
ruban de la Légion d'honneur. 

Des détails précis sur les faits et gestes de M. Dela- 
marche les 22 et 23 mai 1871 sont, apportés par un 
ancien adjoint au maire du XIV*' arrondissement. 

La parole passe à M. l'avocat général qui démontre 
l'existence de la diffamation, au sens légal du mot, 
dans le$ deux articles du Cri du Peuple^ et l'impuis- 
sance de l'auteur de. ces articles à faire la preuve de 
ses imputations. 

LE RAPPEL 

Le chroniqueur judiciaire fait Texposé- des 
motifs du procès; 11 passe en revue les té- 
moins du Cri du Peuple et cite parmi eux: 



* - 171 ^ 

M. Camille Pelletan qui n'a jamais eu aucun 
renseignement particulier sur la Cour mar- 
tiale des Fourneaux. 

Un capitaine (Kayl) dans le bataillon des 
volontaires dont M. Delamârche était com- 
mandant, déclare n'avoir jamais eu connais- 
sance de l'accusation dirigée contre son ancien 
chef. 

D'autres témoins déposent de faits se rattachant au^ 
souvenirs douloureux de la semaine de mai, mais ni 
les uns ni les autres ne savent Fien de* précis sur la 
Cour martiale de la rue des Fourneaux et le rôle que 
M. Delamârche y alirait joué. 

Les témoins cités par M. Delamârche et qui sont 
ou des anciens gardes nationaux ayant servi sous ses 
ordres ou des anciens fédérés arrêtés après la Com- 
mune et conduits à la prévôté de "ia rue des Four- 
neaux, sont entendus. 

Tous, sans exception, sont d'accord pour déclarer 
que M. Delamârche n'est pas l'homme sanguinaire qui 
est représenté dans le feuilleton de M. Boulabert; que 
pendant la semaine sanglante, loin d'avoir été cruel 
envers les fédérés prisonniers, il en a sauvé plusieurs; 
qu'enfin il n'a jamais présidé la Cour martiale de la 
rue des Fourneaux,' attendu que le président de cette 
Cour martiale était un lieutenant de gendarmerie. 



- 172 - 



LE TEMPS 



Résume ainsi les dépositions des témoins 
entendus : 



Ceux du Cri du Peuple déclarent ne rien savoir de 
particulier concernant M. Delamarche et le rôle que 
lui a fait jouer sous la Commune le journal incriminé. 

En somme, toutes les dépositions où il est question 
du plaignant, ne s'appuient que sur des on-dit et ne 
sont corroborées par aucun fait. Loin de là, plusieurs 
témoins déclarent ne l'avoir jamais vu, et quelques- 
uns ne ravoir connu que par le procès pendant. 

Quant aux dépositions des témoins à décharge, elles 
sont catégoriques. Tous affirment que jamais M. Dela- 
marche n'a figuré au boulevard des Fourneaux, ni 
siégé à une Cour martiale. Loin de poursuivre impla- 
cablement les prisonniers, M. Delamarche a usé de 
tout son crédit pour en faire mettre plusieurs en 
liberté, entre autres toute une troupe à la prévôté, 
ainsi que le déclare M. Lespinasse. Un autre témoin, 
M. Roty, journaliste, déclare que tout individu sur les 
pontons dont M. Delamarche s*occupait, se regardait 
comme sauvé. M. Héligon, conservateur des entrepôts 
de Bercy, raconte qu'on a reproché à M. Delamarche 
d'avoir abusé de sa signature en faveur des fédérés, et 
M. Ricard, chef de bureau à la mairie du XIV* arron- 
dissement, a eu entre les mains quantité de demandes 
en grâce apostillées par lui. Enfin, un commis principal 
à l'octroi de Paris, M. Finsterwald, a vu M. Delamarche 
mettre à la porte un garde national qui lui apportait 
une liste de dénonciations, et jeter cette liste au feu. 



( 



- 173 - 

Après de semblables témoignages, M" Ledru,ravocat 
du plaignant, n*a pas eu de peine à établir que l'homme 
féroce et sanguinaire du Cri du Peuple^ le bourreau 
des fédérés, était au contraire un homme plein d'hu- 
manité et le sauveur de bien des égarés de cette 
époque. 

Le ministère public réclame la condamnation des 
inculpés, et M* Laguerre, leur avocat, s'appuie surtout 
sur la bonne foi de ses clients, qui ont pu être trompés 
par des renseignements erronés. 

L'ÉCHO DE PARIS 

Fait rhistorique de la première audience, à 
laquelle MM. Mivielle, Boulabert, Guébhard 
ont fait défaut. Passant à Taudition des témoins 
produits par le Cri du Peuple, il cite: 

M. Kayl qui ne sait pas si M. Delamarche 
faisait partie de la Cour martiale des Four- 
neaux. 

M™* Émion n'en sait pas davantage. 

M. Pelletan député a fait une étude sur les 
Cours martiales en 187 1, il ne sait pas ce que 
M. Delamarche a fait à cette époque. 

Les témoins cités par M. Delamarche viennent 
déposer. 

Tous affirment que M. Delamarche n'a jamais été 
président de la Cour martiale delà rue des Fourneaux ; 
que toutes les exécutions faites dans ce local ont été 

15. 



~ 174 — 

commandées par un officier de gendarmerie, assisté de 
deux sous-officiers. M. Delamarche aurait montré au 
contraire une grande douceur et une grande bienveil- 
lance pour les individus arrêtés. 

L'un des témoins cita même ce fait que M. Dela- 
marche a refusé de prendre connaissance d'une liste 
de dénonciations que lui apportait un garde national. 

Le même. M. Delamarche a sauvé un malheureux 
pris les armes à la main, en le faisant passer pour fou. 
Celui-ci ne le lui a jamais pardonné. 

C'est M. Delamarche qui a protégé la poudrière de 
la rue de Vanves. 

>^ Ledru a la parole pour la partie civile. Montrant 
que les témoins du Cri du Peuple n'ont rien affirmé 
sur la présence de M. Delariiarche à la rue des Four- 
neaux; rappelant combien honorable a été toute la vie 
de M. Delamarche; il réclame pour lui 5,00*0 francs 
de dommages-intérêts et l'insertion dans quinze jour- 
naux. 

M. l'avocat général'Banaston, rendant hommage à 
la loyauté, à la dignité de M. Delamarche, réclame du 
jury une condamnation contre les diffamateurs. 



LE TÉLÉGRAPHE 

Rappelle qu'à une première audience le doc- 
teur Guébhard, propriétaire du Cri du Peuple 
a fait défaut. 

11 reproduit ensuite les principales déposi- 
tions des témoins. 



- 175 — 

Il dit : 

Citons les principales dépositions des témoins, et 
disons de suite que presque toutes n'ont trait qu'aux 
événements de 1871 envisagés dans leur aspect gé-^ 
néral, et non aux faits particuliers relevés contre 
M. Delamarche et faisant seuls l'objet du procès. 

Entre autres M. Kayl, architecte, n'a jamais vu que 
M. Delamarche était allé au boulevard des Fourneaux 
et ne sait rien de l'existence de la Cour martiale. 

Il entre ensuite dans des détails étrangers à la 
cause. 

M. Camélinat, député, déclare ne rien savoir des 
faits reprochés à M. Delamarche par le Cri Ju Peuple. 
Le témoin s'étend longuement sur les événements de 
1871. 

M. Camille Pelletan, député, déclare également 
n'avoir rien à dire de particulier en ce qui concerne 
M. Delamarche. 



LA NATION 

Après avoir donné les origines du procès, 
passe à l'audition des témoins du Cri du 
Peuple: 

M. Kayl n'a jamais eu connaissance du rôle 
joué par M. Delamarche à la Cour martiale 
des Fourneaux. 

Victor Roland, employé des pompes funèbres 



- 176 - 

qui a enseveli les cadavres des Fourneaux, n*a 
jamais vu M. Delamarche. 

M"" Émion, marchande de vins, n*a jamais 
vu non plus M. Delamarche. 

Il failt avouer que les témoins produits par M. Dela- 
marche ont été singulièrement plus catégoriques que 
les témoins de la défense. 

Tous affirment que M. Delamarche n'a jamais été 
président delà Cour martiale de la rue des Fourneaux; 
que toutes les exécutions faites dans ce local ont été 
commandées par un officier de gendarmerie, assisté 
de deux sous-officiers. M. Delamarche aurait montré 
au contraire une grande douceur et une grande bien- 
veillance pour les individus arrêtés. 

L'un des témoins cite même ce fait que M. Dela- 
marche a refusé de prendre connaissance d'une liste 
de dénonciation que lui apportait un garde national. 

M. Roggen et son fils, arrêtés et sur le point d'être 
fusillés, déclarent avoir été sauvés par M. Delamarche 
qui s'était porté garant de leur innocence devant la 
Cour martiale. 

M. Rouffiac a été arrêté à la fin de la Commune, 
condamné et déporté. Il a passé devant la Cour mar- 
tiale de la rue des Fourneaux et n'a pas vu M. Dela- 
marche organiser des exécutions sommaires. 

Au sujet de la déposition de M. Rouffiac, 
rapportée ci-dessus, la rédaction enregistre la 
lettre suivante: 



- 177 



Paris, le 8 décembre 1885. 

Monsieur le Rédacteur, 

Dans votre numéro du 6-7 courant, vous me faites 
ire, comme témoin dans l'affaire du Cri du Peuple^ 
)elamarchè, que j'ai comparu devant la Cour des 
ourneaux et qu'ayant servi la Commune, j'ai été en- 
ayé aux pontons. 

Cette déposition n'est pas la mienne. Voici ce que 
ai déclaré : 

i*> Que M. Delamarche a été un des seuls qui aient 
it cesser le feu aux Prussiens dans le parc de Bois- 
réau. 

2" Que M. Delamarche nous a réunis le 13 mars 
^71 et nous a dit de ne pas servir la Commune et de 
2 pas nous battre entre nous en présence des Prus- 
ens. 

y Sur une demande de M. le président, si M. Dela- 
arche avait parlé qu'il y aurait un second siège, j'ai 
;pondu: Non! 

4° Enfin, j'ai dit qu'à la rentrée des troupes j'avais 
j M. Delamarche distribuer des bons de vivres à la 
airie aux anciens gardes nationaux. 

J'ajoute que je n'ai point servi la Commune, que je 
ai point été arrêté, ni par conséquent déporté. 

Veuillez agréer, monsieur le directeur, etc. 

ROUFFIAC, 
Ancien adjudant aux volontaires de 
Montrouge, 28, rue de Vanves, 



- 178 — 

En donhant les félicitations obligatoires à 
M* Laguerre, la Nation est obligée de déclarer 
que: 

Devant le néant des preuves apportées par les té- 
moins, une seule chose restait à plaider, etc. 

"LE SIÈCLE 

Le procès intenté par M. Delamarche, receveur 
d'octroi, au Cri du Peuple^ et dont nous avons parlé 
le mois dernier, est revenu hier devant la Cour d'as- 
sises de la Seine. On se rappelle qu'un vice de forme 
a entraîné la nullité de la première assignation. 

M. le docteur Guébhard, assigné comme 
propriétaire, fait défaut. 

M. Delamarche, le plaignant, est assisté de >P Ledru 
et de M^ Thiriaux, avoué. 

Ce dernier conclut à ce qu'il soit donné défaut 
contre M. Guébhard, qui a pris dans l'affaire Ballerich 
la qualité de bailleur de fonds du Cri du Peuple et qui 
a répondu à l'assignation de M. Delamarche en noti- 
fiant les témoins. 

• ■ 

Le journal résume brièvement l'assignation 
lancée par M. Delamarche. 

Considérant les dépositions des témoins,' il 
s'exprime ainsi : 

Citons les principales et disons de suite que presque 
toutes n'ont trait qu'aux événements de 1871, envisagés 



— 179 - 

dans leur aspect général, et non aux faits particuliers 
relevés par M. Delamarche et faisant seuls l'objet du 
procès. 

M. Kayl, architecte, n'a jamais su que M. Delà- 
marche était allé boulevard des Fourneaux et ne sait 
rien de l'existence. de la Cour martiale. 

M® Ledru. — Le témoin n*a-t-il pas reproché à 
M. Delamarche de ne Tavoir pas fait décorer? 

R. — Non, je lui ai reproché d'avoir fait décorer un 
ronseiller municipal qui n'avait rien fait. 

M. Camélinat, député, déclare ne rien savoir des 
aits reprochés à M. Delamarche par le CrrJu Peuple. 
^e témoin s'étend longuement sur les événements de 
1871. 

M. Camille Pelletan, député, déclare ' également 
l'avoir rien à dire de particulier en ce qui concerne 
vl. Delamarche. 

Puis, passant brusquement à la plaidoirie de 
M* Laguerre, il constate que celui-ci défend 
ivec énergie la cause de la Commune et celle 
le ses clients. 

m 

LA JUSTICE 

Fait l'historique de la première audience. 
Passant à Texamen de l'audition des témoins, 
}lle cite entre autres: 

M'"" Émion, qui ignore si M. Delamarche 
3tait à la Cour martiale des Fourneaux. 



M. Camélinat donne des renseignements 
généraux sur la Commune, il a entendu dire 
que M. Delamarche avait fait partie du conseil 
de guerre, mais il ignore le rôle particulier que 
M. Delamarche a joué à cette époque. 

M. Pelletan ne sait rien du rôle que M, De- 
lamarche a joué à cette époque. 

M. Humbert, rédacteur à l'Intransigeant 
donne des renseignements généraux sur le 
fonctionnement des Cours martiales. Il est 
arrêté dans ses explications par M. le -Prési- 
dent, qui lui fait observer que là n'est pas le 
procès. ! 

La Justice raille agréablement le tribunal et 
le ministère public. 
Elle conclut en disant: 

On affirmait dans les couloirs que la Cour, qui 
aurait désiré faire un whist pendant ce temps-là, n*a 
pu se livrer à ce passe-temps innocent, parce que le 
Palais ne contenait que des jeux de trente-deux cartes. 

Nous voulons espérer que M. le procureur général 
fera compléter la boîte à jeux de la Cour pour la pro- 
chaine session. 

M. le substitut ayant fini de raconter ses petites his- 
toires, la Cour a rendu un arrêt déclarant qu'elle avait 
faim, et que désireuse d'éviter les douleurs d'estomac, 
elle s'adjugeait deux heures de liberté pour aller se 
réconforter et donnait rendez-vous aux coinbattants 
pour huit heures du soir, même jour. 



— 181 - 



LE GIL BLAS 

ré les tristes incidents de l'affaire Ballerich, le 
Peuple continue avec la même légèreté à 
r les accusations les plus formidables contre 
5 croit des haines politiques, 
e ses collaborateurs, M. Jules Boulabert, a, 
i feuilleton intitulé les Vaincus de i8ji, grave- 
iffamé M. Delamarche, actuellement receveur 
roi de Paris. M. Delamarche, en 1870-71, colo- 
la légion des volontaires de Montrouge, ayant 
l'armée régulière à Versailles, était-il dit en 
ce, était rentré à Paris à sa suite, avait reçu la 
nce d'une Cour pré vôtale, qu'il avait fait fusiller 
id nombre de personnes; que, connaissant le 
r, il avait su alimenter son tribunal de prévenus 
X, c'est-à-dire convenables pour la boucherie, 
ot boucherie n'est pas déplacé, puisque la mai- 
i se tint cette Cour martiale, boulevard des 
:aux, est encore, dans le quartier, désigné sous 
om de V Abattoir. 

: déjà passablement raide, et pourtant résumant, 
le. 

)elamarche a assigné ses diffamateurs devant le 
1 correctionnel. Une exception d'incompétence 
levée et accueillie, car les imputations calom- 
. s'adressant a un fonctionnaire public et la 
étant permise en pareil cas devant le jury. Donc 
i Cour d'assises que nous avons retrouvé aujour- 

16 



182- 

d'hui MM.. Jules Boulabert et Mivielle, le gérant du 
Cri du Peuple. 

Là, nous avons assisté à un spectacle bien singulier. 
Malgré tous ses efforts le Cri du Peuple n'a. pas pu 
produire un témoin oculaire des faits reprochés à 
M. Delamarche, ni même qui articulât un fait précis. 

M. Boulabert lui-même a reconnu avoir intercalé 
dans son roman l'incident Delaaiarche d'après des 
racontars de fédérés internés avec lui à bord du ponton 
VHerniione, 

Quand aux autres témoins, parmi lesquels figuraient 
MM. Camille Pelletan et Camélinat, ils n'ont rien 
dit, sinon que le bruit de la participation, de M. Dela- 
marche avait couru dans le monde de la Commune, et 
que les Cours martiales avaient fait exécuter une foule 
de gens, ce dont nous nous doutions bien un peu. 

Après l'audition des personnes citées à la requête 
du Cri du Peuple, ses imputations pouvaient être 
jugées déjà calomnieuses, il n'en restait plus- rien. Les 
témoins cités par M. Delamarche entendus, on s'est 
demandé avec stupeur comment M. Boulabert avait 
pu recueillir et publier comme vrais les commérages, 
les potins de portières qui transformaient son adver- 
saire en un bourreau. 

Non seulement, en effet, M. Delamarche n'a pas 
joué le rôle odieux qu'on lui attribuait, mais on ne peut 
en vérité que le féliciter de sa conduite. 

Rentré à Paris à la suite de l'armée de Versailles, 
comme je l'ai dit plus haut, il fut distribué dans son 
arrondissement, le XIV% des secours en nature à 
tous les pauvres, aUiés ou non aux combattants. Une 
mine destinée à faire sauter le quartier- est découverte 



— 183 — 

par lui et par lui furent coupés les fils électriques qui 

devaient en déterminer l'explosion. Si les bébés dépo- 
sés anx Enfants- Assistés échappèrent à l'incendie,. 
c'est encore grâce à lui. M. Delamarche n'oubliait pas 
ses devoirs d'humanité, même envers les vaincus. On 
rapporte qu'il arracha à ces mêmes Cours martiales, 
qu'on lui reproche d'^avoir présidées, des fédérés sur 
le point d'être passés par les armes. Des listes de sol- 
dats de la Commune lui furent remises par des traîtres, 
il brûla les listes et chassa les dénonciateurs à coups 
de botte où vous savez. Cent fois il apostilla des re- 
cours en grâce, s'interposa pour sauver une foule de 
gens compromis, et fit si bien, qu'il devint suspect à 
l'autorité militaire. 

Mais, en- faisant 4e bien, on risque parfois de blesser 
ceux pour qui l'on s'emploie. 

Ainsi on reproche à M. Delamarche d'avoir certifié 
qu'un fédéré, était un imbécile^ irresponsable et illettré. 
Or, grâce au certificat ainsi formulé et aussi aux dé- 
marches de M. Delamarche, cet homme condamné aux 
travaux forcés à perpétuité, a vu sa peine commuée en 
cinq^ns de prison. Le gracié n'a jamais pardonné au 
bienfaiteur le subterfuge . employé pour le tirer d'af- 
faire. 

Je m'arrête. Je remplirais des colonnes si je rap- 
portais les faits d'humanité et de courage que j'ai 
entendu raconter à l'actif de M. Delamarche. 

M. le substitut Banaston a apprécié avec toute la 
sévérité qu'elles méritaient les accusations de M. Bou- 
labert.- 

Après une remarquable plaidoirie de M'' Laguerre, 
qui défendait une cause perdue, MM. Boulabert et 



- 184 - 

Mivielle ont été condamnés à deur mois de prison, 
1,000 francs d'amende, 4,000 francs de dommages- 
intérêts, aux dépens et à l'insertion du jugement dans 
dix journaux, laquelle insertion ne doit pas dépasser 

cent lignes. 

• £aque» 

LE MATIN 

Résume en quelques mots les causes du 
procès actuel. 

Dans les dépositions des témoins qu'il repro- 
duit, nous relevons les suivantes: 

M"* Émion ignore si M. Delamarche était à 
la Cour martiale des Fourneaux. 

M. Camélinat, député et ouvrier, fait une 
petite apologie de la Commune. 

Il ignore le rôle particulier que M. Dela- 
marche a joué à cette époque. 

M. Pelletan, député, vient ensuite déposer, 
il a fait une étude sur les Cours martiales. Il 
ignore également le rôle que M. Delamarche 
a joué à cette époque. 

Après la déposition des témoins cités par le Cri du 
Peuple, les témoins de M. Delamarche sont entendus. 

Tous affirment que M. Delamarche est un galant 
homme qui, pendant la semaine sanglante, a employé 
toute son activité pour sauver la vie des nombreux 



fédérés tombés entre les mains de Tarmée de Ver- 
sailles. 

En conséquence, la Cour condamne MM. Mivielle 
et Boulabert, chacun à deux mois de prison et i ,000 
francs d'amende, ainsi qu'à 4,000 francs de dommages- 
intérêts et à rinsertion de Tarrêt dans dix journaux au 
choix de M. Delamarche. 

M. le docteur Guébhard est déclaré civilement res- 
ponsable. 

LE SOIR 

Le chroniqueur explique les origines du 
procès. 

Il remarque que dans la première affaire le 
Cri du Peuple a fait défaut, et que M. Gué- 
bhard, poursuivi comme civilement respon- 
sable, ne se présente pas. 

On procède, dit-il, à l'audition des témoins 
cités par le Cri du Peuple. 

M. Kayl, Isidore, ancien capitaine aux vo- 
lontaires de Montrouge, n'a pas eu connais- 
sance de ce qui se serait passé rue des Four- 
neaux. 

M. Roland, Victor, ne sait pas le rôle joué 
par M. Delamarche. 

M. Champetier, marchand de chaussures a 
été amené devant la Cour martiale par des 

16. 



- 186 - 

«oldats qui voulaient le fusiller, mais il n'a 
pas vu M. Delamarche. 

M. Camélinat, monteur en bron2:e, député 
de 1^ Seine, ne peut rien dire d'exact sur la 
Cour martiale des Fourneaux. 

Sur le rôle de M. Delamarche il ne sait rien 
de précis. 

M. Pelletan, député, n'a eu aucun détail sur 
la Cour martiale'de la rue des Fourneauxet ne 
connaissait pas même le nom de M . Delamarche. 

M. GouUé, rédacteur au Cri du Peuple, n'a 
rien vu, il a entendu dire, etc.. 

Des témoins appelés par M. Delamarche, le 
journal, qui est d'opinion conservatrice, ne dit 
rien. 

LE CONSTITUTIONNEL , 

Après avoir rappelé la première audience où 
le Cri du. Peuple fit défaut, remarque que 
MM. Mivielle et Boulabert comparaissent 
aujourd'hui, mais que le docteur Guébhard 
fait défaut. 

11 résume ensuite les dépositions des témoins 
contre M. Delamarche ainsi qu'il suit: 

M. le Président pose à chaque témoin deux ordres 
de questions: Avez-vous eu connaissance de Texis- 



al 



ï 



r.i 



— 187 - 

tence d'une Cour martiale au boulevard des Four- 
neaux? — Savéz-vous le rôle que M. Delamarche a 
joué dans celte Cour? 
Les réponses vagues et peu précises, ont peu d'im- 
lil portance. 

Au sujet de M. Camille Pelletan : 

M. le Président, au témoin. — Avez-vous eu con- 
naissance que M. Delamarche ait joué un rôle du 
genre de celui que vous semblez indiquer? 

M. Camille Pelletan. — Je n'ai eu connaissance 
que de l'existence de la Cour martiale du boulevard 
des Fourneaux; je ne sais rien de particulier sur 
M. Delamarche. 

Après une courte suspension d'audience, les vingt- 
quatre témoins cités par M. Delamarche sont entendus. 
Tous viennent affirmer non seulement que M. Dela- 
marche ne faisait pas partie de la Cour martiale du 
boulevard des Fourneaux, mais que, dans l'exercice 
des fonctions qui lui avaient été confiées en 1871, il a 
toujours fait preuve d'humanité. 

La parole est donnée à l'avocat de M. Delamarche, 
M* Ledru. Il justifie son client de toutes les imputa- 
tions calomnieuses formulées contre lui, et sollicite 
une énergique apphcation de la loi. 

Dans son réquisitoire, M. l'avocat général Banastoh 
s'associe à ces conclusions. 



- 188 - 



LE GAULOIS 

Citant les témoins assignés par les prévenus 
contre M. Delamarche, s'exprime ainsi: 

Enfin, nous voyons arriver le citoyen Camélinat, le 
seul, le vrai, l'unique Camélinat, c'est tout dire. 

Camélinat commence par faire l'apologie de la 
Commune, naturellement. 11 a etc. 

Ayant fait son petit effet, M. le député Camélinat 
cède la place à M. le député Camille Pelletan, qui à 
son tour fait le procès des Cours martiales et des Ver- 
sailleux. 

D'après lui, certains gardes nationaux du parti de 
l'ordre auraient commis quelques cruautés. Quant à 
M. Delamarche, il n'en a jamais entendu parler. 

La parole, dit-il, est donnée à M. Boulabert 
qui: 

Présente une explication véritablement imprévue 
en déclarant que les faits dénoncés par lui sont 
bien exacts, mais ont été imputéis, par une erreur 
tout à fait regrettable, à M. Delamarche, l'ancien com- 
mandant des volontaires de Montrouge, tandis qu'ils 
devaient l'être à un sieur Delamarche, marchand de 
chevaux, paraît-il. 

L'organe consei*vateur s'abstient de parler 
de la déposition des témoins cités par M. De- 
lamarche. 



- 189 - 

Il termine en donnant l'énoncé du jugement 
lui, au sujet du docteur Guébhard, est ainsi 
conçu : 

Et, statuant, en dernier lieu, sur le cas du docteur 
Guébhard, elle a déclaré ce dernier solidaire avec les 
sieurs Mivielle et Boulabert, au point de vUe des con- 
damnations pécuniaires. 

Voilà, docteur, un singulier cadeau de noces. 

LE PETIT MONITEUR 

Cette feuille, parmi les dépositions des té- 
moins cités contre M. Delamarche, relève les 
suivantes : 

M, Kayl ignore si M. Delamarche faisait 
partie des Cours martiales. 

M. Pelletan, député, ne sait ce que M. Delà* 
narche a fait à cet époque. 

Au sujet des témoins de M. Delamarche, 
îlle s'exprime ainsi: 

On entend ensuite, à la reprise de l'audience, près 
le vingt-cinq témoins à décharge qui sont venus 
émoigner de la parfaite honorabilité de M. Dela- 
narche et de sa conduite digne de tout éloge pendant 
'insurrection. 

Parmi les principales elle cite celles de : 
M. Gourlot qui a été appelé fréquemment à 



- 190 — 

la Cour martiale où il n'a jamais vu M. Dela- 
marche. 

M. Eyguière, pharmacien, qui n'a jamais vu 
M. Delamarche à la prévôté. 

M. Finsterwald qui a • été témoin du fait 
suivant. Il est arrivé un jour un garde avec 
une liste de malheureux qu'il venait dénoncer 
M. Delamarche Ta mis à la porte et a jeté la 
liste au panier, etc. 

LE SOLEIL 

Fait un résumé assez écourté des débats, 
Néanmoins, au sujet des dépositions faites 
contre M. Delamarche, il mentionne: 

M. Danner, la seule personne ayant vu 
M. Delamarche dans les locaux où siégeait le 
tribunal militaire. Ce témoin vient affirmer 
que M. Delamarche a fait mettre en liberté 
deux prisonniers. 

M. Camélinat, monteur en bronze, député 
de la Seine. Il ne peut rien dire d'exact sur la 
Cour martiale des Fourneaux. 

Quand à M. Delamarche, il ne le connaît 
pas. 

M. Camille Pelletan, député des Bouches-du- Rhône, 
fait rçmarquer enfin qu'il n'a jamaiç pu savoir si les 



— 191 - 

Gcmts martiales avaient un caractère officiel. Il n'a 
aucun détail à donner sur celle de la rue des Four- 
neaux ni sur M. Delamarche* 
L'audience est alors suspendue. 

A la reprise on entend les témoins de M. Dela- 
fnarche, qui sont tous unanimes à reconnaître qu'il a 
toujours montré une grande douceur pour les prison- 
niers, qu'il a sauvé un individu pris les armes à la main, 
en le faisant passer pour fou, qu'il a sauvé la pou- 
drière du quartier de Vanves, que jamais il n'a présidé 
de Cour martiale. 

C'est l'homme le plus honorable et le plus digne 
qu'il y ait. 

Le Soleil donne ensuite le jugement qui se 
termine ainsi; 

Quand à M. Guébhard, la Cour décide, après un 
débat contradictoire, qu'il est civilement responsable. 

LE PETIT CAPORAL 

Résume d'une façon succincte les causes et le 
commencement du procès. 

Il mentionne quelques dépositions des té- 
moins: 

M"** Émion ignore si M. Delamarche était à 
la Cour martiale des Fourneaux. 

M. Camélinat, député et ouvrier, fait une 
petite apologie de la Commune, il ignore le 



- 192 - 

rôle particulier que M. Delamarche a joué à 
cette époque. 

M. Pelletan, député, vient ensuite déposer; 
il a fait une étude sur les Cours martiales. Il 
ignore le rôle que M. Delamarche a joué à 
cette époque. 

L'organe bonapartiste ne dit pas un mot 
des dépositions des témoins cités à la requête 
de M. Delamarche. 

LA DÉPÊCHE 

Parle ainsi des dépositions des témoins cités 
contre M. Delamarche: 

De l'audition des témoins cités par la défense et 
parmi lesquels se trouvent MM. Camélinat, Camille 
Pelletan et Alphonse Humbert, il résulte qu'il n'y a 
contre M. Delamarche que des on-dit, mais pas un 
fait clairement démontré. Tout le monde a entendu 
dire que M. Delamarche, ayant marché avec l'armée 
de Versailles, avait pu faire partie de la Cour martiale, 
mais personne ne l'a vu la présider. La seule personne 
qui ait vu M. Delamarche dans les locaux où siégeait 
le tribunal militaire, reconnaît qu'il a fait mettre en 
liberté deux prisonniers et qu'il lui a promis de s'oc- 
cuper d'elle. 

Les débats s'égarent d'ailleurs dans des considéra- 
tions sur le fonctionnement des Cours martiales, etc. 



193 



LA GAZETTE DE FRANCE 

Rappelle les origines du procès. 
Elle passe en revue les dépositions des 
témoins cités contre M. Delamarche : 

M™* Émion ignore si M. Delamarche était 
à la Cour martiale des Fourneaux. 

M. Camélinat, député et ouvrier, fait une 
petite apologie de la Commune, il ignore le 
rôle que M. Delamarche a joué à cette époque. 

M. Pelletan, député, a fait une étude sur les 
Cours martiales. Il ignore le rôle que M. De- 
lamarche a joué à cette époque. 

Voici l'impression de ce journal sur les 
dépositions des témoins de M. Delamarche. 

Les témoins cités par M. Delamarche et qui sont 
ou des anciens gardes nationaux ayant servi sous ses 
ordres ou des anciens fédérés arrêtés ap/ès la Com- 
mune et conduits à la prévôté de la rue des Four- 
neaux, sont entendus. 

Tous, sans exception, sont d'accord pour déclarer* 
que M. Delamarche n'est pas l'homme sanguinaire 
qui est représenté dans le feuilleton de M. Boulabert; 
que, pendant la semaine sanglante, loin d'avoir été 
cruel envers les fédérés prisonniers, il en a sauvé plu- 
sieurs; qu'enfin il n'a jamais présidé la Cour martiale 
de la rue des Fourneaux, attendu que le président de 
cette Cour martiale était un lieutenant de gendarmerie. 

17 



- 194 - 



bv 



L'ATTAQUE 

Émet ropinion suivante : 

Une simple question: 

Le parquet a plus de procès qu'il n'en peut juger. 
A quel propos, le président des assises, a-t-il laissé 
libre cours à la faconde de MM. Camélinat, ouvrier 
député; Camille Pelletan, député; Humbert, de 17«- 
transigeant, futur candidat? Leurs petits speechs poli- 
tiques n'avaient rien d'intéressant.. Ils ne connaissaient 
rien du procès. De là, pour la Cour, une perte de 
temps préjudiciable. 

Les rouages judiciaires nous coûtent assez cher-pour 
qu'on aille à l'économie. 

Ba:^ O' Char à. 

LE FIGARO 

Donne de l'affaire le compte-rendu suivant: 

Le Cri du Peuple tentait hier une réhabilitation 
judiciaire de la Commune. 

M. Delamarche, ancien officier supérieur de la 
• garde nationale de Paris, avait assigné devant la Cour 
d'assises le gérant du journal et M. Jules Boulabert, 
collaborateur du Cri du Peuple^ en raison d'un feuil- 
leton sur les « Vaincus de la Commune ». M. Boulabert 
accusait dans ce feuilleton M. Delamarche d'avoir fait 
fusiller des fédérés pendant la « semaine sanglante ». 

Le Cri du Peuple^ à l'appui de cette accusation, 
avait fait venir à l'audience jiombre de témoins, parmi 



— 195 - 

lesquels M-» Çamélinat, M. Camille Pelletan, M. Al- 
phonse Humbert. 

Aucun de ces témoins n'a articulé le moindre grief 
à rencontre de M. Delamarche, et le jury a rendu un 
verdict de -culpabilité sur le chef de diffamation contre 
le gérant du Cri du Peuple et M. Jules Boulabert. Ils 
ont été condamnés chacun à deux mois de prison, 
1 ,000 francs d'amende et solidairement à 4,000 francs 
ie dommages-intérêts. 

LA DÉFENSE 

Analyse brièvement les plaidoiries des avo- 
:ats. 

Au sujet de celle cïe M" Ledru, défenseur de 
M. Delamarche elle dit ceci: 

L'avocat rappelle les états de service et la 
:arrière de M. Delamarche. 

Puis il discute les dépositions: celles des témoins du 
'Zrt du Peuplé ne prouvent rien, ou sont formellement 
contredites par celles des témoins cités à la requête de 
VI. Delamarche. Ce fusilleur, cet homme féroce que 
lépeint le Cri du Peuple^ c'est l'homme probe, mo- 
leste, laborieux, que le jury connaît à présent. Le 
ury lui fera justice ^t lui rendra ce qu'on veut lui 
:avir, ce qui lui est plus précieux que la vie, son hon- 
leur de soldat et de citoyen. 

Dans le réquisitoire du ministère public, 
?lle relève ces .paroles de M. Favocat général 



- 196 -. 

Banaston au sujet des témoins du Cri du 
Peuple. 

Ceux qu^invoque le Cri du Peuple ne prouvent rien: 
personne n*a vu M. Delamarche président d'un tribu- 
nal militaire. La culpabilité est certaine. 



LA PETITE PRESSE 

L'article tribunaux au sujet de l'affaire Dela- 
marche, est le même que celui du journal la 
Dépêche. 

LA PATRIE 

Apprécie de la manière suivante les dépo- 
sitions des témoins du Cri du Peuple et de 
M. Delamarche. 

Parlant de M™' Émion, des députés Camélinat 
et Pelletan, elle dit: 

Voilà trois témoins qui viennent dire Tun après 
Tautre : 

M. Delamarche! Mais nous ignorons absolument 
où il était, ce qu'il a fait et ce qu'il n'a pas fait. 

Et trois témoins à charge ! ! ! 

Voilà qui rappelle assez bien le fameux témoin 
auquel le président demandait: 

— Que savez- vous? 

— Rien. 

— Déposez. 



— 197 — 

On coifijH'end qu'après ces dépositions Taffaire était 
finie. 

Les témoins de M. Delamarche sont venus affirmer, 
ce dont personne ne doutait, que l'ancien comman- 
dant des volontaires de Montrouge était un fort galant 
homme, très sympathique, et ils ont ajouté que pen- 
dant la « semaine sanglante » il avait employé toute 
son activité pour sauver la vie des fédérés tombés 
entre les mains de Tarmée de Versailles. 



L'ARMÉE TERRITORIALE 

Résume Taffaire d'une manière très succincte 
et très nette dans les termes suivants: 

Le jury de la Seine vient de rendre un éclatant 
hommage à la loyauté, à la dignité d'un officier terri- 
torial. Sur une plainte en diffamation portée par 
M. Delamarche, receveur de l'octroi de Paris, et capi- 
taine adjudant-major au 31* territorial d'infanterie, 
contre MM. Mivielle, gérant du Cri du Peuple, Gué- 
bhard, propriétaire, et Boulabert, rédacteur de ce 
journal, la Cour d'assises de la Seine a rendu, le 5 dé- 
cembre, un arrêt condamnant MM. Mivielle et Boula- 
bert, chacun à deux mois de prison et à 1,000 francs 
d'amende et, solidairement, à 4,000 francs de dom- 
mages-intérêts, ainsi qu'à l'insertion de l'arrêt dans dix 
journaux, au choix de la partie civile. En ce qui con- 
cerne le docteur Guébhard, la cour l'a seulement dé- 
claré responsable des condamnations pécuniaires pro- 
noncées contre les deux autres prévenus. Malgré ce 

verdict, le docteur Guébhard vient, pour sa part, de se 

17. 



— 198 — 

pourvoir en cassation contre Tarrêt du ç-décenibre. Il 
ne résulte pas moins de cette décision judiciaire qu'il 
n'y avait pas un mot de vrai dans les imputations Ca- 
lomnieuses dirigées contre M.- Delamarche qui, au 
moment où la Commune expirait, n'a jamais été prési- 
dent de la Cour martiale de la rue des Fourneaux et 
qui, au^ contraire, s'est toujours efforcé, dans la me- 
sure de ses forces^ de prévenir les rigueurs d'une 
répression trop légitime. 



199 - 



BANQUET 

Ofbft le 20 décembre 1885 à M. DELAMARCHE 

Salle du Moulin de la Vierge, rue de Vanvea 



>••>•<••< 



■rnci: 



A la suite du procès que M. Delamarche a 
dû intenter au journal le Cri du Peuple et 
dont nous avons reproduit les débats dans la 
première partie de ce volume, les anciens vo- 
lontaires de Montrouge, les sociétaires de la 
Bibliothèque populaire et les membres du 
comité républicain radical du XIV* arron- 
dissement, ont voulu donner un témoignage 
éclatant de sympathie -et d'estime à leur prési- 
dent et ami. 

La salle du banquet avait été ornée avec 
goût par les organisateurs de cette fête : 

MM. Courteaux, Dive et Romieu pour 
les volontaires; Barat, Clément, De Ca- 
simaker pour la Bibliothèque; Bonnéau, Du- 
moulin, Leguay pour le comité républicain 
radical. 

Sur le fond de la salle, tout couvert de 



— 200 ^ 

feuillage, au milieu d'un faisceau de drapeaux 
tricolores, se détache le buste de la répu- 
blique. 

Cent trente personnes environ, connaissant 
M. Delamarche depuis de longues années et la 
plupart témoins de sa conduite en 1871; pren- 
nent place aux tables dressées; parmi elles 
nous remarquons un certain nombre de dames 
et d'enfants, ce qui achève de donner à cette 
réunion, si intime et si cordiale, le caractère 
d'une fête de famille. 

Aux côtés de MM. Romieu, ancien sergent- 
major aux volontaires, président du banquet, 
ef Delamarche, prennent place MM. Pierre 
Laffitte, directeur du Positivisme, Fouqué, 
professeur au collège de France, membre de 
l'Institut, le docteur Bouchereau, chef de ser- 
vice à Sainte-Anne, Alphonse Ledru, avocat 
de M. Delamarche, et Thiriaux, son avoué, 
Girard, fondateur des bibliothèques popu- 
laires, Jeannolle et Corra, publicistes. Champ- 
mas, professeur à l'institution des. Sourds- 
Muets, vice-président de la Bibliothèque, 
Rouch, vice-président de la société des vo- 
lontaires, Leguay, vice-président du comité 
républicain radical du XIV* arrondissement, 
Dreyfus, négociant. Mes, artiste peintre, admi- 



— 201 — 

nistrateurs de la caisse des écoles, membres du 
comité républicain radical du XIV* arrondis- 
sement, Chavériat, président du sous-comité 
de la Ligue des Patriotes du XIV" arrondisse- 
ment, etc., etc. 

Les organisateurs donnent lecture d'un grand 
nombre de lettres de personnes qui, vu la 
brièveté des délais (le banquet a été organisé 
en quatre ou cinq jours), expriment leurs 
regrets de ne pouvoir assister à cette réunion 
et envoient leur témoignage d'estime et de 
sympathie à M. Delamarche. 

Parmi les noms cités, nous avons noté 
ceux de MM. Keufer, ouvrier typographe, 
Rossignol, directeur de l'association philo- 
technique de Clichy, Maugery, architecte, 
président de la Bibliothèque du IIP arron- 
dissement, Alphonse Pages, publiciste, Levray, 
délégué cantonal, Goudchaux, ancien con- 
seiller municipal, Paul Strauss, conseiller 
municipal, Bluyssen, publiciste, Charles Lau- 
rent, directeur du journal Paris, Héligon, 
ancien maire du XIV" arrondissement, Lemon- 
nier, ancien fourrier d'ordre aux volontaires. 
Poisson, aide-naturaliste au Muséum, Paul 
Dubuisson et Lepiez, docteurs-médecins, ce 
dernier ex-médecin-major des volontaires, etc. 



- 202 ^ 

M. Romieu, président, ouvre la série des 
toasts en ces termes: 

« Au nom des volontaires de Montrouge, 
dont je suis le représentant à la commission 
du banquet, je porte un toast à nôtre ancien 
commandant, le citoyen Delamarche. 

« Je suis heureux de pouvoir, au nom de 
tous les anciens volontaires, remercier ici les 
membres de la Bibliothèque à qui revient 
rinitiative de ce banquet, puisque leur idée 
nous procure la satisfaction de donner à notre 
ancien commandant une preuve publique de 
notre estime et de nos sympathies. 

« Cette preuve puisse-t-elle le venger des 
indignes calomnies déversées sur lui par le jour- 
nal le Cri du Peuple. 

■ « Au nom de la commission du banquet, 
dont j'ai Thonneur d'être le président, je bois 
aussi, à vous Mesdames, qui avez bien voulu 
par votre présence, ensoleiller notre banquet, 
et pendant une soirée nous faire croire au 
printemp's, dans ce triste et vilain mois de 
décembre. 

« Je boisa l'ancien x:ommândant dés volon- 
taires et à vous, Mesdames. 

M. Delamarche répond en. renierciant, avec 
toute Teffusion de son cœur, les personnes qui 



- 203 -- 

ont pris, l'initiative de ce banquet et celles qui 
lui ont fait Thonneur de répondre à Tappel 
des organisateurs. • 

. Il retrouve à ses côtés, avec ses collabora- 
teurs de- tous les jours, dans des œuvres 
d'émancipation sociale, de vieux amis qui 
depuis son enfance ne l'ont pas quitté. Tous 
savent que sa vie entière a été consacrée au 
service de la patrie et de la république. 

Il ne veut pas parlei* des abominables ca- 
lomnies dont il a été l'objet; l'arrondissement 
tout entier a été témoin de sa conduite ^t les 
vingt-trois personnes qui, spontanément, sont 
venues déposer devant le tribunal de ce 
qu'elles avaient vu, n'étaient en réalité que 
les délégués de la • population du XI V arron- 
dissement, au cours des événements de 1870- 
71. 

Suivant lui, la loi sur la presse présente, en 
ce- qui concerne le délit de diffamation, d'assez 
grandes imperfections qu'il faudra corriger, 
si l'on ne veut pas compromettre, dans l'ave- 
nir, l'œuvre de liberté qu'elle consacre. 

Sous le nom de liberté, cette loi crée en 
réalité, sur ce point, un privilège au profit de 
quelques-uns, souvent les moins dignes, ceux 
qui, pour satisfaire des rancunes inavouables. 



- 204 - 

ne reculent devant aucun moyen pour ternir 
la réputation des citoyens. 

Il a fait. cette expérience que la lutte d'un 
citoyen isolé contre un journal, avec sa puis- 
sante organisation, qui recherche le bruit et le 
scandale, est difficile à soutenir, quel que soit 
d'ailleurs son bon droit. 

Si Ton peut personnellement accepter, par 
devoir civique en quelque sorte, et pour accli- 
mater chez nous des mœurs de liberté, de subir 
les outrages, les injures, pendant de longues 
semaines, en attendant que sonne Theure tou- 
jours trop tardive de la justice; la vie des 
êtres qui nous entourent et nous aiment, en 
est profondément troublée; il n'est donc pas 
possible d'admettre que le repos de nos fa- 
milles puisse être laissé à la merci des dillet- 
tantes de la diffamation. 

M. Delamarche déclare que les attaques 
odieuses dirigées contre lui n'ont pas altéré 
son zèle pour le bien public et qu'il conti- 
nuera, avec les vaillants amis qui l'entourent, 
comme par le passé, à servir la patrie et la 
république. 

Une soirée comme celle-ci, ajoute-t-il en 
terminant, est bien faite pour retremper mon 
courage et me faire oublier les ennuis que j'ai 



- 205 - 

dû supporter dans ma lutte contre le journal 
le Cri du Peuple. 

M. Laffitté, directeur du Positivisme, con- 
naît M. Delamarchedepuisde longues années; 
il veut apprécier en lui ce soir, non-seulement 
le patriote ardent, le républicain éprouvé, 
mais surtout le propagateur infatigable de 
l'enseignement populaire. 

Depuis vingt-cinq ans, M. Delamarche est 
sur la brèche; fondateur de bibliothèques, 
organisateur de cours, de conférences, il a 
contribué de toutes ses forces au développe- 
ment de renseignement populaire. 

Il ne s'est jamais laissé distraire de cette 
œuvre capitale: V émancipation du proléta- 
riat par Vinstruction. Il pense avec juste 
raison, que c'est l'unique moyen, le seul effi- 
cace que le peuple possède pour arriver au 
régime qui convient à ses justes revendica- 
tions. 

M. Delamarche a rempli cette tâche avec la 
plus complète abnégation, sans jamais avoir 
voulu briguer aucune fonction politique. 

M. Laffitté ajoute quïl peut juger de toute 
la vie de M. Delamarche par ce constant et 
noble dévouement à la chose sociale dont il a 
pu apprécier lui-même toute la portée. 

18 



-^ 206 - 

I/éminent philosophe termine en disant que 
la réunion de ce soir, où tant de sympathies 
lui sont apportées est bien faite pour le con- 
soler d'attaques aussi inqualifiables qu'immé- 
ritées. 

M. Champmas, professeur à institution 
des Sourds-Muets, vice-président de la Biblio- 
thèque du XIV* arrondissement, déclare re- 
noncer à la parole, car M. Laffitte vient d'ex- 
primer mieux qu'il ne le pourrait faire, les 
sentiments des amis de l'instruction du XIV' 
arrondissement. Pour lui il est heureux d'ap- 
porter à M. Delamarche le témoignage de son 
estime et de sa sympathie pour les sei*vices 
qu'il a rendus à la cause de l'enseignement 
populaire. 

M" A. Ledru, avocat de M. Delamarche, 
exprime dans un langage élevé, éloquent, le 
sentiment de l'assemblée qu'il loue d'avoir 
donné cette haute marque d'estime et d'amitié 
à son client, victime d'odieuses calomnies. 

L'orateur expose"^ ensuite la ligne politique 
que, suivant lui, doit suivre le parti républi- 
cain pour triompher des difficultés présentes 
et assurer les réformes réclamées par le pays. 

M. Laffitte reprend ensuite la parole et porte 
un toast à Madame Delamarche, la digne 



- 207 ~ 

compagne, qui a supporté courageusement 
L'épreuve traversée par son mari. Son état de 
maladie ne lui a pas. permis d'assister aujour- 
d'hui au juste hommage rendu à son mari; 
mais on doit Thonorer de l'avoir énergique- 
ment soutenu dans une telle lutte. 

M. Leguay, vice-président du comité répu- 
blicain radical : 

' « Mesdames, Messieurs, 

« Après le procès intenté par notre prési- 
dent, M. Delamarche, au journal le Cri du 
Peuple, à propos des calomnies répandues sur 
son compte dans le feuilleton de ce journal, 
le comité républicain radical du XIV' arron- 
dissement a cru devoir protester, par ce ban- 
quet, contre la plaidoirie de Tavocat des diffa- 
mateurs qui, n'ayant pu prouver aucun des 
faits^articulés contre notre ami, a pris le parti 
de rinsulter et de le représenter comme 
n'ayant pas les sympathies de ses concitoyens. 
C'est pourquoi le comité républicain radical, 
le conseil d'administration des amis de l'ins- 
truction du XIV* arrondissement, les volon- 
taires de Montrouge, ont organisé cette réunion. 

En effet, il était impossible .à ses amis, à ses 
anciens compagnons d'armes, de laisser passer 



- 208 — 

ces mensonges sans protester ; il était néces- 
•saireque nous, qui connaissons Delamarche, 
qui l'avons vu à Tceuvre et qui sommes encore 
heureux de l'avoir à notre tête pour soutenir 
la république, dont les partisans des doc- 
trines du Cri dît Peuple sont les plus grands 
ennemis, de montrer à ces gens, comme vien- 
nent de le faire M. Romieu, au nom des vo- 
lontaires de Montrouge, et MM. Laffitte et 
Champmas, au nom de la Bibliothèque, que 
nous avons toujours trouvé Delamarche prêt 
à se sacrifier pour la cause que nous défen- 
dons tous, pour le salut de la république; 
mais de cette république sage, ferme et pro- 
gressive qui seule pourra soutenir la gloire de 
notre drapeau, lintégrité du territoire natio- 
nal, aussi bien au Tonkin qu'à nos frontières, 
et non cette république, soi-disant socialiste 
révolutionnaire, qui nous conseille la lâcheté 
au dehors et la haine à l'intérieur.- 

M. Fouqué, membre de l'Institut, ne veut 
pas laisser passer l'occasion qui lui est offerte 
d'exprimer le regret de n'avoir pas demandé 
à témoigner dans le procès intenté par M. De- 
lamarche au journal le Cri du Peuple. 

Il connaît M. Delamarche depuis la fin de 
la Commune et il a été le témoin intime du 



— 209 — 

zèle, du dévouement, quïl a apportés dans son 
œuvre de protection aux vaincus, œuvre dont 
il n'a pas toujours été récompensé. 

Il pourrait citer beaucoup de faits dans 
lesquels il est intervenu, sur la demande de 
M. Delamarche, pour protéger ou secourir des 
victimes de lïnsurrection de 187 1. Il en veut 

seulement citer quelques-uns; celui de T , 

par exemple, dont la femme, mère de huit 
enfants, a obtenu pendant la détention de son 
mari, un kiosque pour la vente des journaux, 
à rentrée de la rue du faubourg Saint Martin, 
et dont les enfants ont été secourus pendant 
tout ce temps. Celui de la femme C..., dont 
le mari et le fils aîné avaient péri dans la 
lutte et qui restée sans ressources avec plu- 
sieurs enfants en bas-âge, a* obtenu une auto- 
risation de circulation comme marchande de 
légumes, autorisation qui aujourd'hui encore 
constitue. son gagne-pain. Celui des familles 
A... et F.., dont les enfants ont été recueillis 
et élevés. Enfin, M. Fouqué rappelle le cas de 
B..., blessé grièvement par un éclat d'obus, 
lors de l'évacuation du fort d'Issy par les 
fédérés, recueilli et soigné sur sa recomman- 
dation et celle de M. Delamarche, caché 
pendant le temps de sa convalescence, puis 

18. 



- 210 — 

placé comme garçon de chantier dans tin éta- 
blissement industriel où il est encore employé. 
Tels sont, dit M. Fouqué, les méfaits de 
M. Delamarche! Tel est l'homme dont on a 
voulu faire un dénonciateur ! 

M. Boudeville, ancien volontaire, blessé à 
Buzenval, dit: 

Le citoyen Delamarche n'a pas eu seule- 
ment un rôle honorable, que je n'ai pas à 
examiner ici, à la rentrée des troupes; mais 
c'est lui qui, depuis 1870, // faut que cela 
soit dit, a le mieux et le plus utilement 
représenté dans le XIV arrondissement, le 
patriotisme et l'idée républicaine. 

En 1870, c'est le citoyen Delamarche, alors 
que personne ne s'en occupait, dans le XIV 
aiTondissement, qui a répondu à l'appel du 
gouverneur de Paris, en organisant cinq 
cents volontaires qu'il a ensuite conduits^ à 
l'ennemi. 

En 187 1, le 24 juin, il fondait la Biblio- 
thèque, dont sont sortis presque tous les 
républicains qui, depuis, ont administré le" 
XIV" arrondissement. 

Le citoyen Boudeville rappelle que c^est le 
citoyen Delamarche qui, bien qu'employé de 
la Ville, et alors que l'administration n'était 



— 211 — 

3as' républicaine, prit au lendemain de la 
Commune, l'initiative de la formation des 
comités électoraux républicains qui prési- 
dèrent aux élections législatives et muni- 
cipales de 187 I. 

Depuis ce temps, M. Delamàrche n'a cessé 
de s'occuper, d'une manière aussi active 
qu'utile, du développement et de raffermis- 
sement de la république. 

Lorsque s'est présentée la question si im- 
portante pour le prolétariat, de l'organisation 
d'une caisse de retraite pour les vieux travail- 
leurs; c'est encore, lui qui s'en occupa le 
plus. 

Le citoyen Boudeville dit en terminant, que 
depuis quinze ans, au XIV" arrondissement, 
c'est le citoyen Delamàrche qui a le plus fait 
pour la démocratie et le prolétariat. 

M. Chavériat. Au nom de la Ligue des 
Patriotes, au nom du comité local dont j'ai 
l'honneur d'être président, je bois àijotre ami 
Delamàrche, l'un des meilleurs et des plus 
dignes d'entre nous. 

Ces 'différents discours ont été salués par 
les chaleureux applaudissements des assis- 
tants. 

La soirée s'est continuée, gaie et pleine de 



- 212 - 

cordialité, par des chants et des récitations 
de poésies; elle s'est terminée par Thymne 
de la Marseillaise, admirablement chanté 
par M. Chapelle et repris au refrain par cent 
voix républicaines. 

Chacun s'est ensuite séparé, heureux 
d'avoir affirmé publiquement sa sympathie 
et son estime pour un honnête et courageux 
citoyen, un bon républicain. 



Divers journaux ont rendu compte de ce 
banquet, citons notamment VÉvénement qui ; 
s'exprime ainsi : 

Une réunion touchante a eu lieu hier soir, 
dans la salle du Moulin de la Vierge, à Mont- 
rouge. 

Un banquet avait été organisé en l'honneur 
de M. Delamarche, ancien commandant du ba- 
taillon des volontaires de Montrouge, par les 
sui*vivants de ce bataillon, par la bibliothèque 
populaire et par le comité républicain radical 
du XIV" arrondissement; cette manifestation 
toute spontanée, destinée à donner à M. Dela- 
marche un témoignage public d'estime et de 



— 213 ~ 

>yriipathie, à la suite du douloureux mais vic- 
:orieux procès qu'il a dû récemment soutenir 
levant la Cour d'assises, avait réuni un grand 
nombre de convives. 

Divers toasts des plus cordiaux on été por- 
tés à l'honorable M. Delamarche par ses an- 
ciens compagnons d'armes, par M. Pierre 
Laffitte, directeur du positivisme; par M. Fou- 
qué, membre de l'Institut; par M* Ledru, dé- 
fenseur de M. Delamarche, et par diverses 
autres personnes. 

M. Delamarche a répondu avec émotion à 
tous ces témoignages qui le vengent, a-t-ildit, 
mieux encore que l'arrêt de la Cour d'assises, 
des calomnies dont il a été l'objet. 

M. D. 



DOCUMENTS 



ET PIÈCES JUSTIFICATIVES (») 



Certificat de Sauvetage 



L'an mil huit cent soixante-six, le vingt-quatre mai. 

NOUS, Charles GABET, commissaire de police de la ville 
(le Paris, plus spécialement chargé du quartier de la Porte 
Saint-Martin, officier de police judiciaire, auxiliaire de M. le 
procureur Impérial. 

CERTIFIONS que le sieur DELAMARCHE (Etienne), employé 
de l'octroi, demeurant rue du Grand Saint-Michel, u» 25, a fait 
preuve d'un réel courage et d'un dévouement méritoire en se 
jetant à la nage, dans le canal Saint-Martin, bassin de la 
Douane, le 19 du courant, pour se porter au secours de la 
nommée DARDELLE (Angélique), âgée de quinze ans, demeu- 
rant chez ses parents, rue de l'Echiquier, n» 7, qui y était 
tombée accidentellement; qu'il a ramenée saine et sauve, 
ladite DARDELLE, qui, sans son assistance efficace, pouvait 
succomber. 

Le Commissaire de police, 
Signé : GABET. 



(1 1 Les aulrcs pièces jusUfieativcs sont iulcrcal6cs dans la plaidoirie de 
M* Leari', pages 77 à 12i. 



— 216 — 



ADMINISTRATION DES HOPITAUX ET HOSPICES 

DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE 
••• 

Division (les Secours et des Enfants-Assistés 



Paria, le 13 juin 1871. 
Monsieur Héligon, maire du XIV® arrondissement. 

Monsieur le Maire, 

M. le Directeur de Fhospice des Enfants-Assistés m'a signalé 
l'empressement avec lequel vous avez bien voulu accueillir nos 
malheureux enfants auxquels Thospice n'offrait plus un asile 
assuré, et il m'a fait connaître avec cpielle sollicitude vous avez 
pourvu vous-même à leur nourriture et à leurs besoins. 

Je m'empresse, M. le Maire, de vous transmettre les remer- 
ciments de l'Administration pour le concours dévoué que vous 
lui avez prêté et de vous exprimer tous ses sentiments de 
reconnaissance pour un acte généreux dont elle gardera le 
souvenir. 

Agréez, Monsieur le Maire, l'assurance de ma considération 
tros dislingué9. 

L'Agent général des hospices 
du département de la Seine, 

Signé: Michel MORING. 



- n 



i — 



REPUBLIQUE FRANÇAISE 

LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ 



FORMATION D'UN BATAILLON DE VOLONTAIRES 

GARDES NATIONAUX 

Citoyens, la patrie est en danger ! ! ! 

Notre droit absolu en ce moment, c'est de réclamer des 
armes, des souliers, du pain pour nous et les nôtres. 

Notre devoir de marcher à Tennemi ! 

Que tous ceux qui pensent ainsi se présentent demain, 
G novembre, à la mairie du XIV' arrondissement, salle des 
mariages, à partir de dix heures du matin, ils seront inscrits 
pour former le 1er bataillon des volontaii*cs de Tarrondisse- 
menl. 

P. DELAMARCHE 

Capitaine commandant la 9» 0« du i03* bataillon, 

chargé d'organiser le bataillon, 
secrétaire de la 'Èibliothèque des am.is <?e V instruction. 



Nomination au grade de Lieutenant-Colonel 

Paris, le f8 décembre 1870. 

Monsieur Delamarche, lieutenant-colonel commandant 
le 53« régiment de Paris. 

Monsieur, 

J'ai rhonnèur de vous informer que par décret en c|ate du 
27 de ce mois, rendu sur ma proposition, le gouvernement de 
la Défense nationale vous a nommé au grade de lîeutçnant- 
colonel du 53« régiment de Paris, comnosé du bataillon des 
volontaires de Montrouge et des 156«, loO« et 161* bataillons 
de la garde nationale de la Seine. (Pour la durée de la guerre ) 

Recevez, Monsieur, Tassurance de ma considération distin- 
guée. , 

Le Commandant supérieur des gardes 
nationales de la Seine, 

CLÉMENT-THOMAS. 

19 



- 218 — 



Nomination dans l'ordre de la Légion d'honneur 

Le grand chancelier de Tordre national de la Légion 
d'honneur, certifie que par décret du vingt-neuf janvier mil 
huit cent soixante-onze. 

M. DELAM ARCHE, Étienne-Paul, lieutenant-colonel du 53^ 
régiment de Paris. 

A été nommé chevalier de Tordre national de la Légion 
d'honneur, pour prendre rang du même jour. 

Paris, le 2 février 187 i, 

P. le grand chancelier. 
Le secrétaire général, 

DE VAUDRIMER. 



Formation d'une Caisse de Bataillon 

Paris, le 20 février i87i. 

Les soussignés, membres du conseil d'administration du 
bataillon des volontaires de Montrouge, certifient que sur la 
proposition de M. Delamarche, commandant, ledit conseil a 
décidé, le 20 novembre 1870^ qu'une caisse de bataillon serait 
créée pour subvenir aux besoips les plus pressants des citoyens 
nécessiteux, des blessés ou de leur famille. 

Cette caisse devait être alimentée par les abandons de solde 
des officiers. 

M. Delamarche, conformément à cette décision, a versé 
entre les mains de M. Lemonnier, trésorier de cette caisse, 
pour être employées, ainsi qu'il est dit ci-dessus, les sommes 

suivantes: 

Le 7 décembre 1870. 70 fr. 

Le 7 janvier 1871. . 120 

Le 7 février 1871. . 150 

suit un total de 340 fr. que M. Dela- 
marche a versés à la caisse du bataillon, dont les soussignés 



— 219 - 

étaient les administrateurs, et qu'il a nrélevés sur les trois 
mois de solde qui lui ont été alloués pendant le siège. 

Pour le conseil cT administration: 

Le capitaine de la i'* 0«, Le fourrier d'ordre» 

administrateur, trésorier^ 

Signé: NOIZET. Signé: LEMONNIER. 

P.-S. — Le 20 février 1871, M. Lemonnier, quittant le 
bataillon, a remis le reliauat de la caisse du bataillon, ainsi 

que le carnet de caisse, à M. X , devenu ofïicier-payeur et 

trésorier de la caisse. 



Versailles, le 19 avril 1871. 



Monsieur le Préfet, 



Je vous adresse la lettre ci-jointe de M™» Veuve ëchâlier, 
laquelle désirerait savoir si son ills se trouve parmi les pri- 
sonniers faits les 3 et 4 avril sur le plateau de Châtillon. Cet 
homme était garde aux volontaires de Montrouge. 

Je désirerais également savoir si le nommé Lemaitre 
(Gustave), garde au 103* bataillon, se trouve aussi parmi les 
prisonniers. 

Ces renseignements me sont demandés par M. Fournier, 
employé à la Caisse des dépôts et consignations, qui connaît la 
famille de Lemaitre. 

Ci-joint la lettre de M. Fournier. 

Comptant, M. le Préfet, que vous accueillerez favorablement 
cette demandé, je vous prie d'agréer, etc. 

DELAMARGHE. 

Lieutenant-colonel commandant les 
volontaires de Montrouge, retiré 
à Versailles, chez M. Bidault^ rue 
de la Paroisse, S6. 



-2-20 



Versailles, le i^^ mai I87i. 



Extrait d'uae lettre à M. ***, officier aux volontaires 

de Montrouge. 

Mon cher Lieutenant, 

j'avais laissé sur ma solde la somme 

de 340 francs qui ont servi exclusivement au bataillon, et sur 
lesauels il doit vous rester encore 180 francs environ. 

Vous me ferez connaître ce que cette somme est devenue 
et, comme à Versailles, à Brest ou à Belle-Isie, il y a des 
hommes du bataillon qui sont sans ressources, vous m'enverrez 
50 francs dont je disposerai pour faire, à titre d'avance, des 
envois à ces hommes. Quatre parmi eux sont blessés et soignés à 
Thôpital de Versailles. 

Vous informerez Mesdames de la Bachellerie, Trousset et 
DoLLiÉ, que leurs maris ou fils sont à Brest, fort de Quélern, 
que j'ai reçu de leurs nouvelles et qu'ils m'ont dit être aussi 
bien traités que possible, pour leur position. 

Les autres prisonniers sont à Belle Isle et je n'en ai pas eu 
de nouvelles. 

M. Il , lieutenant de brancardiers est à Belle-Isle, avec 

son fils Emmanuel, il m'a écrit. 

Veuillez donc informer sa femme, qui demeure passage 

Kaimbaud, derrière l'église de Montroûge. M. R était 

ambulancier ainsi que son fils ; il n'y a nul doute qu'aussitôt 
l'insurrection termmée, mes démarches ne soient couronnées 
de succès et qu'il soit promptement élargi. Il réclame du 
linge et un peu d'argent. 

Veuillez agréer, etc. 

DEL AM ARCHE. 



Versailles, le i^^ mai 187 i. 
M. R....... prisonnier politique» à Belle-Isle-sur-Mcr. 

Monsieur, 

Je vous envoie ci-jointe une lettre de votre femme deman- 
dant de vos nouvelles. Je lui ai fait parvenir le lieu de votre 
détention et la nature de vos besoins. 

Comme vous ne portiez pas les armes, et que comme ambu- 
lancier, vous donniez des soins aux deux partis» il est probable 
qu'aussitôt l'insurrection vaincue vous serez relaxé. 

Je ferai valoir également en votre faveur vos services pen- 
dant le siège. 

Veuillez agréer, etc. 

DELAMARCllE. 



VersaillzSf le 5 mai 187i. 



M. ***, officier aux volontaires de iMonlrougc. 

Monsieur, 

J'ai eu des nouvelles des prisonniers de BclIc-IslC; par une 
lettre du fourrier ***. 

Ils sont bien traités pour leur position, mais ils auraient 
besoin de linge de rechange et d'un peu d'argent. 

De plus ils sont sans aucune nouvelle de leur famille, c'est 
ce qui les inquiète le plus. 

Je joins à cette lettre la liste nominative do ces prisonniers, 
en vous priant de donner de leurs nouvelles îi leurs familles, 
auxquelles vous ferez également connaître leurs besoins en 
linge et en argent. 

Pour les blessés, le plus jeune des Mettait va bien, il est en 
convalescence, l'aîné n'est pas aussi heureux, sa blessure est 

Ïdus grave et demandera plus de temps à guérir. Informez 
es parents. 
Veuillez agréer, etc. 

DELAM ARCHE. 

19. 



i,^2:î - 



Liste nominative des prisonniers faits à Chàtillon les 3 et 4 avril, 
visités à Versailles le 6 ou le 7 par M. Delamarche, pour les 
secourir, donner de leurs nouvelles à leurs familles et les recom- 
mander à la bienveillance et à la clémence des autorités, en rai- 
son de leur honorable et courageuse conduite pendant le siège 
contre les prussiens. 

Mettau aillé et Mettau jeuiic, Thibaut, Estival, Laniel, 
Lemonnier, Franchot, DelaBachellerie, Sebourque, Sermet, 
iMoTÉ, DoLLiÉ fils, Vaumal, Bugeard, Dillévyns, Joseph, Van- 
nier, Signoret, Hardy, Guergue, Becquet, Niollet, Elgar, 
Thousset, Marius, Gauthier, Félix, Cathelinois, Gauffert, 
Chardon, Stenet, Herbet, Garault, Poirier, Royer, Sena- 
JEON, Pint, Delattre, Cadot, Roger père et fils. 

Sur ce nombre, quatre étaient blessés et soignés dans la salle 
des consignés à Versailles. 

A notre connaissance tous ces hommes, sauf Elgar, mort 
pendant sa détention, Mettau aîné, mort des suites de ses 
blessures et de la Bachellerie, condamné à un mois de prison, 
ont bénéficié d'une ordonnance de non-lieu ; du moins, nous ne 
connaissons aucune exception. M. Delamarche avant revu la 
plupart de ces citoyens, après leur libération en 1871 ou 1872. 

M. Delamarche lit cette visite, sollicité par les familles des 
détenus, et au moyen d'une autorisation que lui accorda M. le 
général Appert, son ancien chef d*état-major, en raison de ce 
(fue le bataillon des volontaires avait été cité à Tordre du 
jour de l'armée, pour sa belle conduite à Buzenval. 

Malgré Tautorisation du général Appert, M. Delamarche fut 
assez mal accueilli par les personnes chargées de la garde des 
prisonniers. 

Dans une deuxième visite, pour éviter ces ennuis, M. Dela- 
marche était accompagné, non par le colonel Gaillard, qu'il 
n'a pas l'honneur de connaître, mais par plusieurs officiers des 
volontaires, et M. T..., alors lieutenant-colonel, maintenant 
général de brigade, q^ui était en résidence à Versailles et n'y 
exerçait aucune fonction. Cet officier supérieur avait connu 
M. Delamarche au 19« régiment de ligne où ils servaient 
ensemble; c'est pourquoi il voulut bien lui prêter ses bons 
offices dans cette circonstance. 



— -223 — 



Ordre de mise en liberté 



Messieurs Roggen père et fils seront mis en liberté, reconnus 
innocents, sous la responsabilité du colonel Delamarche. 

Général LEVASSOR-SOHVAL. 



Extrait d'une lettre du général Levassor-Sorval 

Aix, le W octobre i88S. 

Ma divisioji avait la prévôté réglementaire, l'of- 
ficier de gendarmerie. 

Général LEVASSOR-SORVAL. 



Certificat de résidence 
Bidault aîné, serrurier, rue de la Paroisse, 26 

VersailleSf le iO juin 1871. 

J*ai logé chez moi, depuis le 18 mars à onze heures du soir 
venant de Paris, jusau*au 22 mai inclus, retournant à Paris, 
M. Delamarche (Paul), lieutenanl-colonel de la gardé Nationale, 
chevalier de la Légion d'honneur. 

François DIDAILT. 

r 

Vu pour la légalisation de la signature 
de M. F»»» Bidault, le 10 juin 1871. 
P. le Maire de Versailles, 

BARRIN-PERRAULT. 



— -224 — 



Institution de Ck>mmi88ion8 de secours 



Une commission supérieure est instituée pour la distribution 
des secours, elle sera composée jusqu'à nouvel ordre de 
MM. HÉUGOxV, maire, Delamârghe, lieutenant-colonel, comman- 
dant supérieur de l'arrondissement, et Ricard, chef de comp- 
tabilité. 

Dans chaque ancien bataillon, une commission de .trois mem- 
bres est instituée pour la répartition des secours ; deux em- 
ployés de cette commission feront le travail sous le contrôle 
du chef de bataillon qui correspondra avec la commission supé- 
rieure. 

Chaque commission siégera dans le bureau de l'ancien 
bataillon. 

Les secours consisteront pour le moment en distributions de 
bons de pain et de viande. 

Chaque personne recevra par jour 500 grammes de pain et 
125 grammes de viande. La distribution se fera pour quatre 
jours. 

Pour amener la régularité et l'ordre dans ce service, chaque 
chef de bataillon fera immédiatement dresser un état nomi- 
natif des nécessiteux, sur des états du modèle ci-dessous. 






N- de TA— 



NOMS 

ET 

|Compagnic.;p^^y^^3 



Age. Demeure. 



NOMBRE DE BOUCHES 

Ascendants. 



Mari.. Femme .'Enfants. 



Cet état sera si^ué par les trois membres de la commission 
et remis à la municijpalité. Un double dudit état figurera sur 
la première partie d un registre spécial, lequel sera consacré à 
l'inscription quotidienne des secours donnes dans sa deuxième 
partie. De plus chaaue personne devra émarger sur un état du 
modèle ci-dessous dressé chaque jour et renvoyé à l'autorité 
municipale. 

En outre un carnet sera tenu, sur lequel on inscrira la quan- 
tité de bons par nature et kilo remis à chaque ancien bataillon 
et la quantité distribuée. 



— -2-25 — 

Ce carnet sera arrêté chaque soir et facilitera le contrôle, 
car en rapprochant les totaux du carnet des totaux des états 
remis chaque jour, on pourra faire ressortir une différence eu 
bons qui aevra exister en caisse. 

Jusqu'à nouvel ordre, MM. les chefs de bataillon viendront 
au rapport le matin à neuf heures et le soir à cinq heures. 



JOURNÉE DU 



AU 



«'Ordre 



I 



ÎSOMS 



NOMBRE 

DE 
DOl'CHES 



Nombre de kilogs 



PAIN 



VIANDE 



Émargement 



OBSEnVATlONS 



Ordre est donné à tous les sergents-majors et oflicicrs 

Eayeurs des anciens bataillons, de rapporter à leur chef de 
ataiUon la comptabihté et les reliquats do caisse dont ils sont 
détenteurs. 

Les contrevenants seront déférés aux tribunaux pour vol. Les 
chefs de bataillon rendront compte et fourniront un état des 
sommes remises. 
Ce service a fonctionné du 25 mai au 11 juin 1871. 



Signé : HELIGON. 



Vu pour légalisation de la signature 
de M. HÉLiGON, 

Paris, le iO octobre 1883. 



Le Maire» 
Signé: CAHEN, adjoint. 



— 226 - 

Quantités distribuées 

Extrait de Tétat général et récapitulatif des quantités de 
pain et de viande délivrées pai* la municipalité et distribuées 
par les soins des chefs de bataillon, avec les états émargés 
venant en décharge, en conformité de l'instruction ci -dessus. 

Période du 31 mai au 12 juin. 

Pain 29.387 kilog. 500 grammes. 

Viande 6.448 — 750 — 

Paris, le 16 juin 1871. 

Les Membres du bureau central 
chargé de la répartition des 
bons aux divers oataillons, 

DESGREZ, FINSTERWALD, PASQUIER. 

Les Membres de la commission, 
Eugène RICARD, DELAMARCHE. 

Vu: Le Maire, 
HÉLIGON. 



Extrait du rapport adressé à M. Héligon, maire du XIV* ar- 
rondissement, par M. Eugène Ricard, chef des bureaux de la 
mairie. 

SECOURS 
Secours du 25 mai au 10 août 1871 

L'époque de la période insurrectionnelle, du 24 mars au 25 
mai 1871, n'a laissé aucune trace des secours donnés aux né- 
cessiteux. 

A partir du 25 mai, le bureau de bienfaisance n'étant pas 
encore réorganisé, la situation était des plus graves, un grand 
nombre de chefs de famille étaient prisonniers, tués ou en 
fuite. 

Des femmes et des enfants se trouvaient sans aucune res- 
source. D'un autre côté, il fallait donner à la garde nationale 
des secours en nature, le gouvernement ayant déclaré ne pou- 
voir rétabhr la solde, un service de secours fût immédiatement 
établi ; il comprit d'abord les secours . aux nécessiteux non 
gardes nationaux. 



Il leur fut distribué, du 27 mai au 3 juillet 1871: bons de 
pain de 500 grammes, 1 kilog et 2 kilogs, 250,740, pour une 
somme approximative de 110,000 fr. 

A la garde nationale, du 25 mai au 11 juin, 
comme remplacement de la solde : 

fions de pain de 500 grammes, 1 et 2 kilogs. 
28,280, ou une somme de 15,000 fr. 

Bons de viande de 500 grammes 
à 80 centimes l'un, 13,450, ou. . . 10,760 

Secours en argent 500 

Total pour la garde nationale. 26,260 fr. ci 26,260 fr. 

Total général . . . 136,260 fr. 

Non compris les frais d'impression et autres menus frais. 

Les secours, depuis le 25 mai, auraient donc occasionné une 
dépense d'environ 140,000 francs. 

tlédigé par le soussigné, chef des bureaiL\ de la mairie du 
XIV* arrondissement de Paris, d'après les ordres de M. Héligon, 
maire du XIV* arrondissement. 

Signé : Eugène RICARD. 

Paris, le 9 octobre 1885. 

Certifié conforme : 
HÉLIGON, 
- ancien maire du XIV* arrondissement. 

Paris, le 19 octobre 1885. 

Vu pour légalisation de la signature de M. Héligon, 

apposée ci-dessus, 

Le Maire du XIV* arrondissement» 

DAVID. 



Nota.— Indépendamment de ces secours ennature, la solde apu 
être allouée pendant quelques jours, aux gardes nationaux de 
service à tour de rôle. Les états et registres d'émargement 
produits au procès, indiquent qu'une somme de 1,925 
fr. 25 cent, a été employée à cet usage, sur l'ordre de l'état- 
major de la garde nationale. 



— 228 — 

Ce n'est ((uc vers la lin de mai que le gouvernement fit 
coimaitre sa résolution de ne pas continuer la solde et que des 
secours en nature furent appelés à la remplacer au XIV* arron- 
dissement. 

Les choses ne se passèrent pas de même dans les autres 
quartiers, car, ainsi que l'a déclaré M. Héligon dans sa dépo- 
sition, les secours distribués aux nécessiteux du XIV*, du 25 
mai au lor juillet, représentent environ le tiers des secours 
distribués dans tout Paris pendant la même période. 



Paris, le 13 juin 187i. 



Mon cher Commandant, 



J'ai l'honneur de vous informer que M. le Ministre de l'inté- 
rieur, consulté par moi sur la destination u donner aux 
sommes provenant des caisses de secours des anciens bataillons 
de la fi^arde nationale, a décidé qu'en raison des circonstances 
actuelles, il convient d'en laisser la disposition aux maires des 
arrondissements qui auront à pourvoir à l'existence des anciens 
gardes nationaux. 

Veuillez, en ce qui concerne les bataillons de votre arron- 
dissement, vous conformer à cette décision, mon cher comman- 
dant, et recevoir l'assurance de mes sentiments dévoués. 

Le Lieutenant-Colonel, 
souS'Chef d'état-major général. 

Signé: P.-B. de MORTEMART. 
Monteur Delamarche, ex-commandant du XIV* arrondissement. 



- 221» 



SPÉCIMKNS 

es rapports et certificats établis par M. Delaxnarche 
en fayenr des prisonniers . 

Paris, ij juin i87i. 

Demande tendant à obtenir la mise en liberté des hommes du 
46" bataillon, arrêtés en masse le 21 mai 1871, au chef d'état- 
major de la garde nationale. 

Il résulte de l'enquête que j'ai faite au sujet des compagnies 
(le guerre du 46^ bataillon, d'ancienne formation, que, durant 
toute la période insurrectionnelle, le 46^ hataiUon a été suspect 
aux autorités communales, aux comités, ainsi qu'aux batail- 
lons nouveaux de l'arrondissement. 

Les hommes comprenant ce bataillon sont presque tous 
établis dans l'arrondissement, et jusqu'au dernier moment ils 
ont refusé de marcher pour la Commune. Ce n'est que la veille 
de l'entrée des troupes à Paris, c'est-à-dire le 20 mai, que le 

nouveau commantlant, M. P parvint, se servant de la 

pression exercée par les comités, à entraîner son bataillon du 
côté de Passv. 

Mais loin Ae se battre contre l'armée, les hommes du 46% 
aussitôt qu'ils aperçurent nos soldats, s'empressèrent de se 
rendre à eux et se constituèrent prisonniers sans brûler une 
amorce. 

Aujourd'hui le bataillon tout entier est prisonnier a bord du 
Napoléon, à Cherbourg. 

Prenant en considération la position spéciale qui était faite 
au 46* dans l'arrondissement, les circonstances particulières 
dans lesquelles ce bataillon s'est rendu, et invoquant les 
instructions toutes clémentes que j'ai reçues de M. le 
chef d'état-major au sujet des hommes qui viendraient à nous, 
aussitôt la rentrée de l'armée dans Paris; je viens vous prier, 
mon colonel, de faire. les démarches les plus pressantes 
auprès de l'autorité m,ilitaire et du gouvernement fonr 
obtenir la mise en liberté de ceux des hommes du 4G« battiillon 
sur lesquels ne pèse aucune charge spéciale. 

L'état des esprits dans le \\\^ arrondissement est aussi 
satisfaisant que possible, la population, un instant troublée par 
les mensonges et les calomnies des gens de la Commune, a pu 

20 



- 230 - 

fournir un assez grand nombre de soldats à l'insurrection. 
Mais tous ces hommes sont des ouvriers laborieux que les 
circonstances ont jetés dans de mauvaises habitudes» mais qui, 
désillusionnés d'espérances chimériques et par la rude leçon 
qu'ils viennent de recevoir (1), vont, je n'en doute point, 
reprendre leurs travaux avec ardeur. Comptant sur votre bien- 
veillance et votre justice, je vous laisse, mon colonel^ la suite 
complète à donner à cette demande, laquelle est appuyée des 
vœux de tous les notables du X1V« arrondissement. 
Veuillez agréer, mon colonel, etc. 

Signé : DELAMARCHE. 



Note tendant à faire remettre en liberté tous les hommes arrêtés 
sur le plateau de Chàtillon les 3 et 4 avril, adressée le 15 juin 
1871, au colonel chef d'état-major de la garde nationale. 

L'arrondissement compte un certain nombre de veuves, 
beaucoup de femmes de prisonniers restent avec des enfants 
en bas âge ; la municipalité déjà surchargée de dépenses pour 
secourir la nombreuse population indigente,, serait dans rim- 
possibilité d'aider ces malheureux. 

11 y aurait donc, dans l'intérêt public, afin d'éviter le déve- 
loppement trop considérable du paupérisme, à faire prendre 
des mesures générales au sujet des hommes sur lesquels ne 
pèse aucune charge spéciale, notamment sur les prisonniers 
des 3 et 4 avril et à rendre ces hommes à leurs familles pour 
qu'ils les nourrissent par leur travail. 

DELAMARCHE. 



Certificat ayant pour but de faire remettre en liberté M. de la 
Bachellene, ouvrier maçon^ père de quatre enfants/ ex-sergent 
aux volontaires de Montrouge. 

Je certifie que M. de la Bâchellerie a servi sous mes ordres 
du 6 novembre au 18 mars, avec honneur, courage et dévoue- 
ment. 

(1) Dans la pensée du rédacteur, et ainsi que rindique le sentiment de 
clémence qui a inspiré ce rapport et qui règne dans tout ce document, 
cette phrase doit nre complétée et interprète dans le sens de : « iffon 
reçue des événements, » 



— 231 — 

Je l'ai toujours considéré comme mon meilleur sous-oflîcicr, 
il a fait le service des avant-postes d'une façon distinguée. 

Au combat de Buzenval, devant la Malmaison et sous mes 
yeux, il a enlevé une grille occupée par les prussiens, d'où 
ceux-ci nous fusillaient à bout portant. 

11 est notoire, au XIV' arrondissement, que c'est par miracle 
. qu'il n'a pas été tué dans cette circonstance. 

Pour sa belle conduite, je l'avais porté d'abord pour la 
médaille, puis plus tard pour la croix, et s'il n'a été cité qu'à 
l'ordre de l'armée le 29 janvier, cela résulte d'un travail fait 
trop rapidement à l'état-major. 

J'ajoute que de la Bachellerie était aussi discipliné que 
brave; en un mol, en ce moment de défaillance» je l'ai toujours 
considéré comme un type achevé, représentant à un haut de^ré 
l'honneur et l'obéissance militaires. Pendant la période qui a 
précédé le 18 mars, de la Bachellerie a été à mes côtés pour 
défendre l'ordre. 

Au dernier moment, je dus abandonner la capitale et me 
rendre à Versailles, 

De la Bachellerie ^e trouvant isolé, sans conseil, ayant 
besoin de rester dans la garde nationale pour faire vivre sa 
femme et ses quatre enfants, eût la faiblesse d'accepter le grade 
de capitaine, mais je réponds, sous ma responsabilité person- 
nelle, qu'il a été trompe lorsqu'on l'a fait sortir de Paris, il i)e 
croyait pag, j'en suis convaincu, se heurter à l'armée de la 
France aont il possède les vraies traditions et qu'il a toujours 
aimée au-dessus de tout. 

£n raison de tout ce qui précède, je supplie les juges de 
M. de la Bachellerie d'être cléments et de rendre à son foyer 
un ouvrier laborieux et un vrai soldat, capable jusqu'à son 
dernier souffle de verser son sang pour la France (1). 

J'afGrme en outre que de la Bachellerie n'a pas d'autre 
opinion politique qu'un culte pour la gloire de son pays. 

DËIAMAROHE. 



<l) M. Delamarche, appelé en témoignage, a répété (levant le conseil de 
guerre ce qui est rapporté dans le certificat. 

De la Bachellerie a été condamné à un mois de prison pour usurpation 
de fonctions. 



— 23-2 -. 

r août 1871. 

Sommaire du certificat à Kayl, faisant coniiaitre ses bons 
services pendant le siège . 

Demande aux juges d'être cléments pour lui, au sujet de la 
part qu'il a prise à l'insurrection du J8 mars. 

DELAMARGHE. 



15 août 1871. 

Demande au général Appert pour qu'il fasse mettre MiOT, 
Claude, du 161» bataillon, pris le 4 avril à Châtillon, en 
liberté. 

DELAMARGHE. 



PARTI OUVRIER 

CERCLE COLLECTIVISTE RÉVOLUTION KAIR E 

(lu \iv arrondissement 



Mardi ier Décembre 1885 à 8 heures Ijî.du soir 

^€tlle des nMCille-Coloxxzxes 

20, UuE DE LA Gaité, 20 

GRANDE RÉUNION PUBLIQUE 

sous LA PRÉSIDENCE DU CITOYEN 

E. VAILLANT 

Amit'u membre de la Commune. — Conseiller municipal de Parit. 

ORDRE DU JOUR 

L'affaire Delamarehs devant la justice du Peuple ; 
Les massacres de mai 1871. — Les pourvoyeurs des Cours 
martiales {brassards tricolores, dénonciations, etc.) 

ORATEURS INSCRITS 

Albert GOULLÉ, Jules GUESDE, Paul LAF ARGUE, G. CRÉPIN, 

G. ROBELET, etc. 

PRIX D'ENTRÉE : 30 CENTIMES 

Parait tous les samedis, LE SOCIALISTE, organe du parti 

ouvrier, le N° 10 cent. 



- -233 - 

» 

Paris, le 24 avril 1876. 
Monsieur, 

Je suis heureux d'avoir ù vous informer, au nom de la 
Société Franklin, qu'une médaille d'argent vous a été décernée 
par notre conseil d'administration. 

Vous recevrez par la poste, en même temps que votre mé- 
daille, le numéro de notre bulletin contenant le compte-rendu 
de la séance Solennelle où cette récompense a été publiquement 
proclamée. 

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus 
dislmguéc. 

Le président de la Société Franklin, 

Signé: Ad. d'EICHTHAL. 

Monsieur Pau! Delamarche, secrétaire des amis de l'instruc- 
lion des 111® et XIV® arrondissement, 48, rue de Sévigné, à 
Paris. 

Attestation de Danner, prisonnier 

Danner, caporal à la 8« compagnie du 103» bataillon, actuel- 
lement passage Didot, 8. 

Le 23 mai 1871, je me trouvais boulevard des Fourneaux, 
prisçnnier. Lorsque je vis arriver le citoyen Delamarche suivi 
du citoyen Noizet et autres. 

Il s'en alla à la prévôté, non pour y procéder et encore 
moins y présider la Cour martiale, mais pour y sauver la vie 
des citoyens Roggen père et fils, sergent-major et fourrier de 
la 2« compagnie des volontaires de Montrouge. 

J'affirme que le citoyen Delamarche n'a fait fusiller personne 
boulevard des Fourneaux. 

Danner, caporal, 8® compagnie, 103" bataillon, prisonnier 
de guerre, 8, passage Didot. 

J'approuve Vécriture ci-dessus, 

Signé: DANNER, passage Didot, 2i. 

Paris, le W octobre 1885. 

Vu par noua, maire du XI V^ arrondissement, 
pour la légalisation de la signature de 
Dan: 



[NER, apposée ci-dessus, 

Le Maire, 
Signé: D.WID. 



:o. 



— 234 — 

Je remercie le citoyen Delamarche d'avoir sauvé la vie aux 
citoyens Roggen père et fils, mon sergent-major et mon four- 
rier. 

J'étais leur capitaine. 

Signé: ROLCH. 



Protestation des Volontaires de Montronge 

3i octobre Î88S. 

En réponse à l'article du Cri du Peuple, ayant trait à 
M. Paul Delamarche, lequel Cri du Peuple prie les anciens 
volontaires de Montrouge de lui dcmner tous les rensei^e- 
ments concernant M. Paul Delamarche, ancien chef de bataillon 
des volontaires de Montrouge. 

Les soussignés, tous anciens volontaires, certifient: que 
xM. Paul Delamarche a commandé pendant toute la durée du 
siège, son bataillon et ensuite le 53* régiment, avec loyauté, 
honneur et courage, qu'il s'est toujours montré intègre, ponc- 
tuel et intlexibie sur la discipline. 

Ils certifient en outre qiie la distinction conférée à M. Dela- 
marche par le décret du 29 janvier 1871, n'a été que la juste 
récompense de ses loyaux services. 

ROMIEU, ex-sergent-major, cité à l'ordre du jour de 
Varmée; 

CARLIER, statuaire, blessé à Buzenval, décoré de la 
médaille militaire, chevalier de la Légion d* honneur ; 
ROGGEN, ex -sergent' fourrier ; 

BOUDEVILLE, blessé à Buzenval, décoré de la médaille 
m>ilitaire; 

Docteur LEPIEZ, ex-interne des hôpitaux:, lauréat de 
la faculté de m.édecine, ex-chirurgien-m^ajor du ba- 
taillon des volontaires de Montrouge, chirurgien de 
l'hôpital de Saint-Germain-en-Laye, chevalier de la 
Légion d'honneur; 

ROT Y, ex-caporal; 

ROUCH, ex -capi laine ; 

FOURNIER, ex-sous- lieutenant ; 

COURTEAUX, ex-sergent; 

DIVES, ex-sergent; 



— 235 — 

SEBOÙRQUE, eX' fourrier; 

FRIBOURG, ex'sous-^fficier; 

LEMONNIER, ex-fourrier d'ordre; 

ROUFFIAC, ex-adjudant; 

COLLIN, ex-capitaine ; 

COURTOIS; MECHINE; CHAUVIN; ROUET; PARIGOT; 
REDON ; LALLIER ; DANZEL ; PEPIN ; BARNICOT ; C. GERARD ; 
H. GERARD; PINTEUR; CHAMP; SORET; LEMEURRE, 
BASSET, LEPIN, PERRIN, volontaires. 



31 octobre i88o. 

Les soussignés, volontaires de Montrouge, qui ont servi la 
Commune, et qui, en cette qualité, ont été faits prisonniers et 
conduits au boulevard des Fourneaux dans la journée du 23 
mai 1871 ; déclarent que M. Delamarche, leur ancien comman- 
dant, n*y était pas chef de prévôté, et qu'il n'y est entré un 
moment que pour intercéder en faveur de deux prisonniers, 
dont il a pu ontenir la mise en liberté. 

UOGGEN, rue Couesnon, 12 bis. 
Louis ROTY, rue Lebouis, 10. 



Attestation 

Je considère comme un devoir d'ajouter mou témoignage 
d'e$time pour M. DelamarcHe à ceux qui lui sont donnés à 
l'occasion du procès qu'il intente au journal le Cri du 
Peuple. 

Le 5 Septembre 1870, j'ai reçu du maire de Paris, Etienne 
^RAGO, la délicate mission d'organiser le mouvement répu- 
blicain dans le XIV' arrondissement. Dès les premières heures 
do mon installation à la mairie, M. DelamarChe, que je con- 
naissais pour un républicain solide et convaincu, est venu 
m'offrir son concours précieux dans ces circonstances difOciles. 

L'effervescence des premiers jours un peu calmée, M. Delà- 
marche n'a plus eu qu'une préoccupation : contribuer de toute 
son ardeur et de toute ses forces a la préparation de la lutte 
contre les Prussiens. C'est lui qui, dans une fièvre toute pa- 



- 236 — 

triolique, a organisé le premier bataillon dit des volontaires 
de Montrouge, qui ait été mis à la disposition du gouvernement 
de la défense nationale. Ce bataillon, comme on le sait, s'est 
glorieusement signalé dans plusieurs combats autour de Paris. 
Absent pendant le second siège, je n'ai revu M. Delamarche 
qu'à la fin de 1871, et depuis lors je n'ai cessé de retrouver en 
lui le patriote ardent, le républicain solide et convaincu, 
rhonnétc citoyen que j'avais pu apprécier en septembre 1870. 
Son activité, qui ne s'est jamais démentie, s'est portée tout 
enlicTc alors sur le développement du peuple par rinstruction, 
et dans cette voie, par la création des bibliothèques et des 
conférences libres, il a rendu d'immenses services. 

Paris, le 28 octobre JSSj. 

H. LENEVEIJX, 

ancien conseiller municipal du quartier du Petit- 
Montrouge, ancien conseiller général de la Seine^ 



Polémique avec le journal c Ni Dieu Ni Maître » 



Paris, 23 décembre iS80. 

Au citoyen A. B., rédacteur du Journal Ni Dieu ni Maître. 

Citoyen, 

Vous avez inséré ma réponse aux imputations calomnieuses 
contenues dans votre numéro du l2J décembre courant, je vous 
en remercie. Toutefois, le sens de plusieurs phrases se trouvant 
altéré par l'adjonction ou le retranchement de plusieurs mots, 
je dois en rétablir le texte exact. Je n'ai pas dit que ^j'avais été 
décoré pour ma c belle -» conduite à Buzenval, mais pour ma 
t conauite » ; il eût été outrecuidant de m'exprimer autre- 
ment... 

Vous ajoutez « que j'oublie de dire que jai suivi mes chefs 
réactionnaires à Versailles. » 

Je me retirai à Versailles, non parce que le gouvernement 
y était, je l'ignorais en quittant Paris; mais, parce que les 
prussiens n'y étaient plus et que j'avais dans cette ville des 
amis et des parents qui pouvaient me donner asile. 



- 237 - 

Dans ma lettre du 13 décembre, je vous ai dit quel avait été 
mon rôle pendant la semaine de mai et après ; je n'y reviendrai 
pas. 

Pour conclure, je déclare que, chef du XIV® arron- 
dissement dans des circonstances terribles, au milieu des pas- 
sions déchainées, je crois avoir été Tun des rares hommes qui 
surent conserver leur sang-froid. J'ai accompli, moi, obscur 
citoyen, une tâche qu'aujourd'hui je considérerais peut-être 
comme au-dessus de mes forces, et çiui restera comme la page 
la dus honorable de ma modeste existence. 

En résumé, vos attaques ont-elles pour but d'établir que^'ai 
été opposé à riiisurrection du 18 mars, à la Commune? Qui le 
conteste? Ce n'est certes pas moi; car si j'admets q^u'une partie 
de la population a pu être entraînée par suite des circonstances 
et de Donne foi dans ce mouvement, je déclare que cela ne 
m'était pas permis, attendu que j'avais suivi de près les réu- 
nions pubfiaues sous l'empire, que je connaissais les futurs 
hommes de la Commune et leurs folles théories. Mais, si vous 
voulez aller au delà de cette dissidence pohtique, je dis, halte- 
là, vous me calomniez! je vous rappelle que j'ai été persécuté 
par les vôtres et non leur persécuteur. 

Je mets ait défi quiconque', d'établir que j'ai nui en 
quoi que ce soit a un seul citoyen. Je prouverai au 
contraire que j'ai tendu la main à tous indistincte- 
ment et particulièrement à ceux qui m'avaient me- 
nacé de m,ort et qui avaient répandu sur mon compte 
les bruits les plus calomnieux. 

J'estime, citoyen, que dans les luttes civiles, la générosité 
s'impose à l'égard des vaincus; c'est ce qui vous explique, et 
ma conduite pendant la lutte, ai mes démarches après en 
faveur des victimes de la guerre civile. 

Cette conduite m'a valu les persécutions des deux partis; au 
18 mars, on voulut me tuer, parce que je refusai mon concours 
à rémeute; le 9 juin 1871, j'étais arrêté à la mairie par un 
agent de Versailles. De cette date en 1873, j'eus à subir douze 
à quinze enquêtes de police. Maintenant que la réaction m'a 
quitté, c'est au tour des communalistes à me reprendre; ce qui 
parait donner raison à cet adage, que les extrêmes se tou- 
chent. 

Je puis, citoyen, faire «la preuve de tout ce que j'ai avancé. 
Je dois donc vous informer que je poursuivrai dorénavant 
comme calomniateurs et difl'amatcurs quiconque renouvellerait 
les ignobles attaques dont j'ai été l'objet. Après la publicité 
donnée à cette discussion, et les explications fournies, je 



- 238 - 

n'aurai plus à faire la part de l'ignorance ; je pourrai considérer 
mes détracteurs comme étant de mauvaise foi. 

Je termine en déclarant que, malgré les tracasseries que 
m'ont fait subir les partis extrêmes : bonapartistes et commu- 
nalistes, je resterai fidèle aux convictions de toute ma vie; 
tout dévoué à la patrie, à la république, résolu à Contribuer 
de toutes mes forces au développement normal et régulier de 
nos démocratiques institutions, conquises avec tant de laj^urs 
et de sacrifices. 

Je vous prie, citoyen, et au besoin je vous requiers de faire 
insérer cette lettre dans votre plus prochain numéro. 

Veuillez agréer ma parfaite consiaération. 

Paul DELAMARCHE, 

Ex-colonel des volontaires de 

Montrouge 
et du 53* régiment de Paris. 



Polémique avec le journal « l'Intransigeant » 

Dans son numéro du 19 décembre 1881, le journal Vlntran- 
sigeant, à l'instigation d'un comité électoral, avait cité le nom 
de M. Delamarche avec h qualité de « chef de la prévôté 
du XIV^ arrondissement. 

Bien que cette qualification eût été introduite dans ce journal 
d'une manière incidente, M. Delamarche envoya le même jour 
une lettre de rectification et de protestation, parue dans Vin- 
transigeant du 21 décembre et reproduite aans la plaidoirie 
de M* A. Ledru, pages 96-97. 

Cette lettre ayant été suivie de commentaires désobligeants, 
M. Delamarche "en envoya une autre dès le 21 décembre. Cette 
dcuxièmelettrene fut pas insérée, maisseulementcommeutéeet 
analysée dans le numéro du 24 décembre, ce qui amena dans 
le numéro du 25 une nouvelle lettre de M. Delamarche, datée 
du 23, dans laquelle il se plaignait de ce que l'on n'avait pas 
inséré sa lettre précédente et dans laquelle il résumait ce qu'il 
avait fait lors de la rentrée des troupes. 

Voici cette lettre publiée par V Intransigeant, qui n'en a 
d'ailleurs inséré que les derniers paragraphes. 



- 239 



Paris, 23 décembre iSSi. 



... Comme vous me dites de préciser el que vous me mettez 
i demeure d'accepter la responsabilité de tout ce qui s'est 
issé dans le c ressort de mon commandement, » je vais le 
ire, et en termes brefs... 

J'accepte toute la responsabilité de ce qui s'est passé sous 
on commandement au XIV» arrondissement, dans la 
»h^re de mes attributions. Voici les faits : 
!• 11 n'y a pas eu de prévôté au XlVe arrondissement 
par suite pas d'exécutions à partir de la prise de mon 
•mmandement ; 

2" Durant la même période, il n'y a pas eu d'arrestations 
aérées par les troupes sur lesquelles j'avais autorité; les 
inonciateurs ont été jetés à la porte, les dénonciations au feu; 
3** Des secours en bons de pam et de viande ont été distri- 
lés aux hommes de la garde nationale, en attendant la re- 
ise du travail ; 

4" Certains édifices, tels que l'église de la rue Thibaud pré- 
rés pour l'incendie ont été préservés de la destruction. 
Je m'arrête, ne voulant pas entrer dans plus de détails pour 
moment ni excéder le droit de réponse. 
J'ajoute néanmoins, comme sanction à mes dires, que je 
3ts au défi un être quelconque d'établir que je lui ai causé, 
rectement ou indirectement un dommage. 
Je produirai au contraire, si cela est nécessaire, le témoi- 
age de ceux de mes concitoyens que J'ai aidés à sortir d'em- 
rras, comme c'est le devoir de tout citoyen de le faire dans 
i luttes civiles. 
Veuillez agréer, etc. 

P. DELAMARCHE. 

Le journal ayant fait connaître que le signataire n'avait pas 
t connaître la date de son entrée en fonctions et l'ayant in- 
é à préciser, M. Delamarche répondit dès le 26 décembre ; 
lettre parut le 29 seulement ; elle est ainsi conçue : 



Paris, le 25 décemhrg i88i. 
Monsieur, 

l'ai lieu de me plaindre que vous ayez substitué vos ré- 
Lions au texte de ma lettre du 21 décembre courant, et que 
is ayez retranché de ma lettre du 23 ce qui n'a pas eu 



- 240 — 

ragrémenl de vous convenir, en reléguant la partie insérée 
après les annonces du numéro de votre journal du 25 dé- 
cembre. 

Lorsqu'un journal se fait Técho d'insinuations aussi malveil- 
lantes que celles dirigées contre moi, il semble qu'une place, 
au moins égale à Tattaque, doit être réservée à la défense. 

J'ai le regret de constater qu'il n'en a pas été ainsi ; le 
public appréciera de semblables procédés de discussion. 

Dans les réflexions qui suivent la partie publiée de ma der- 
nière lettre, vous paraissez émettre un Joute sur l'un des 
points aflirmés par moi en demandant la date de mon entrée 
en fonctions. 

Comme je veux qu'il ne subsiste ni équivoque ni obscurité 
dans la question, je déclare que je me suis installé à la mairie 
le 2A mai au matin, et que j'ai aussitôt exercé mon commande- 
ment dans toutes les parties de l'arrondissement évacuées par 
les troupes. 

Maintenant d'ailleurs tous les termes de ma lettre du 23 dé- 
cembre courant, insérée dans le numéro du 25, je réitère qu'il 
n'y a pas eu d'exécution partout où s'est étenàue l'action de 
mon comttaandement. 

Je vous requiers, Monsieur, en conformité de l'article 13 de 
la loi du 29 juillet 1881, d'insérer textuellement la présente 
lettre dans votre plus prochain numéro. 

Je vous salue. 

P. DELAM ARCHE. 

Rue Brézin, 13 (XIV® arrondissement). 

Enfin, celte quatrième lettre ayant encore été suivie de com- 
mentaires que M. Delamârche ne pouvait accepter, et bien que 
son correspondant anonyme eût déclaré la discussion désor- 
mais oiseuse et l'incident clos, il envoya le 28 décembre, une 
cinquième lettre résumant et complétant les précédentes, et 
par ministère d'huissier cette fois. 

Cette lettre fut insérée dans le numéro du 5 janvier 1882; 
son insertion n'étant suivie d'aucune réflexion, la discussion 
cessa; elle avait duré du 19 décembre 1881 au 5 janvier 1882, 
c'est-à-dire dix-sept jours. 

Voici le texte de cette cinqui('Mne et dernière lettre : 

Paris, 28 décembre 1881. 
Monsieur, 

Non, l'incident n'est pas clos comme vous paraissez le croire. 



- 241 - 

U durera tant que persisteront les insinuations dont vous con- 
tinuez à vous faire le complaisant interprète. Cette discussion 
est instructive d'ailleurs; elle prouvera au public, peu habitué 
encore à la pratique de la liberté de la presse, que la réputa- 
tion d'un homme, dont le passé est irréprochable, n'est pas à la 
merd des passions poHliques. 

Un légbte de légendaire mémoire demandait deux lignes de 
l'écriture d'un homme pour le pouvoir faire pendre. Vous, 
Mcmsiettr, il vous suffit de deux de mes phrases, qu'à quatre 
jours de date vous citez incomplètes et en les arrangeaiii à 
votre convenance, pour essayer de déplacer ma responsabilité 
et la faire sortir des limites que loyalement, et en me confor- 
mant aux faits, je lui ai données. 

J'ai dit, dans ma lettre du 23 décembre, insérée dans le 
numéro do. 85 : c J'accepte toute la responsabilité de ce qui 
s'est passé sous mon commandement, au XIV« arron- 
dissement, dans la sphère de m,es attributions, » 

Et invité par vous a donner la date de mon entrée en fonc- 
tions, j'ai répondu dans ma lettre du 26 décembre, insérée dans 
le numéro du 29 : « Je déclare que je me suis installé à la 
mairie le 24 mai, et que j'ai aussitôt exercé mon commande- 
ment dans toutes tes parties de l'arrondissement éva- 
cuées par les troupes. » 

Pourauoi dans l'article inséré dans le numéro précité, au 
lieu de la première phrase avez-vous dit : € Dans toute l'éten- 
due de l'arrondissement » sans ajouter les deux membres de 
phrases complémentaires soulignés plus haut? 

Et dans ma lettre du 26, pourquoi en me citant, ne retenir 
que la date de mon entrée en fonctions, pour en tirer des 
conclusions forcées, et ne pas ajouter la partie soulignée plus 
haut, qui complète ma pensée et circonscrit ma responsabilité 
dans ses limites, réelles? 

Croyez-vous donc, Monsieur, ce qui parait ressortir de vos 
réflexions, que j'avais, moi, garde national, des ordres à donner 
aux généraux? En vérité, vous me permettrez de dire que cela 
ne supporte pas l'examen. 

Pour sortir de cette discussion, qui prend un caractère par 
trop byzantin vraiment, je réitère que j'accepte la responsabilité 
de ce qui -s'est fait € sous mon commandement au XIV» arron- 
dissement, dans la sphère de mes attributions et dans toutes les 
parties de l'arrondissement où s'est exercée mon autorité. » 

Je réitère aussi que je mets au défi qui que ce soit d'établir 
que j'ai causé aucun dommage à un seul citoyen, et, qu'au 
contraire, je produirai, au besoin, le témoignage d'un grand 

21 



— 242 - 

nombre de citoyens que, non sans péril pour moi, j'ai aidés à 
sortir d'embarras. 

Libre à vous, monsieur, de continuer cette discussion qui ne 
peut qu'éclairer lé public; mais soyez assuré d'avance que. 
vous me trouverez imperturbablement devant vous, avec là 
force que donne le bon droit, pour rétablir la vérité chaque 
fois qu elle sera altérée. 

Je vous requiers, en conformité de l'article 13 de la loi dû 
29 juillet 1881, que Je connais bien, d'insérer textuellement 
ma présente lettre dans votre plus prochain numéro. 

Je vous salue. 

P. DELAMARGHE, 

rue Brézin, 13 (XIV« arrondissement). 

On peut apprécier par cette polémique si en effet M. Delà- 
MARCHE « se défendait peu, » comme l'a. dit dans sa dépo- 
sition l'honorable M. Alphonse Humbert, dont les souvenirs, à 
cinq ans de date, ont pu se trouver quelque peu effacés, ainsi 
que d'ailleurs il l'a déclaré. 



LIQUIDATION DU PROCÈS 



L'arrêt de la Cour a reçu son exécution; le texte en a paru 
dans les journaux suivants : 

France, du 6 mars; Événement, du 9 mars; PariSj 
Débats, Rappel, Voltaire, Nation, Mot d'Ordre, 
Radical et Siècle du 10 mars. 



Les 4,000 francs do dommages et intérêts alloués à 
M. Delamarche ont été employés ainsi qu'il est indiqué ci- 
après : 



- 243 - 

Dommages et intérêts 4,000 fr. t 

Honoraires à divers 1 ,350 fr. » 

Frais pour comptes-rendus des 
audiences des 7 novembre et 
5 décembre ; frais judiciaires de 
l'audience du 7 novembre ; co- 

Sies diverses; timbres et frais 
'enregistrement 351 fr. 55 

Frais d'impressions. Compte- 
rendu du procès ; plaidoirie de 
M' Alphonse Ledru 1,600 fr. 

Versé à la caisse des écoles du 
X1V« arrondissement 600 fr. * 

Versé à la caisse de secours des 
anciens volontaires 300 fr. » 

Secours à divers 100 fr. » 

Total. . . 4,301 fr. 55 4,000 fr. » 
Excédent de dépenses 301 fr. 55 



TABLE 



Pages 

Préface 5 

De quelques conséquences imprévues de la Loi 

sur la Presse, du 29 Juillet 1881 7 

Procès 19 

a Requête adressée à M. le président de la 

Cour d'assises et articles incrimines . . 19 

b Préliminaires du procès 27 

c Déclaration de M. Boulabert 30 

cl Audition des témoins du Cri du Peuple . 32 

e Audition des témoins de M. Delâmarche. 52 

/* Plaidoirie de M* Alphonse Ledru .... 77 

g Réquisitoire de M. Tavocat général Ba- 

NASTON 122 

/i Plaidoirie de M« Laguerre 124 

i Réplique de M« Alphonse Ledru .... 126 

j Verdict du jury J29 

A: Arrêt de la Cour 131 

Remarque sur un incident d'audience 136 

Déclaration de M. Delamauche 137 

Revue des journaux des 6-7 décembre 1885. . . 145 

Compte-rendu du banquet offert à M . Delâmarche 1 99 

Documents et pièces justificatives 215 



Paris. — Imp. E. Desgrandchamps, 45, avenue* d'Orléans. 



*v 



/ 



«' 



«5 



# 




STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES 

CECIL H. GREEN LIBRARY 

STANFORD, CALIFORNIA 94305-6004 

(415) 723-1493 

AN books may be recalled after 7 days 

DATE DUE 




\